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Série de témoignages bouleversants

Radio-Canada

L'Autorité des marchés financiers convoque des investisseurs floués comme témoins dans le cadre de sa recommandations sur la peine à imposer à Vincent Lacroix, reconnu coupable de 51 chefs d'accusation.

Au palais de justice de Montréal, quelques-uns des 9000 investisseurs floués par l'ex-PDG de Norbourg, Vincent Lacroix, racontent à tour de rôle les déboires qu'ils vivent depuis que l'argent qu'ils ont investi dans des fonds gérés par l'entreprise leur a été volé.

Ces témoignages, livrés à la demande de l'Autorité des marchés financiers (AMF) dans le cadre des recommandations sur la peine, donnent un visage humain à un procès largement confiné jusque-là à l'aspect technique du stratagème utilisé par Vincent Lacroix pour subtiliser l'argent.

Viviane Ruet, une sexagénaire qui avait pris sa retraite d'Hydro-Québec à l'âge de 50 ans, est notamment venue raconter comment la perte de 30 000 $, soit la moitié de ses économies, est venu bouleverser sa vie depuis que l'affaire a été mise au jour, le 25 août 2005.

Mme Ruest a dû quitter Rimouski, où elle s'était installée, pour aller travailler à Trois-Rivières, loin de sa soeur placée dans un foyer du Bas-Saint-Laurent et qui est dépendante d'elle. « J'ai été obligé de vendre mes meubles, de quitter mon logement, de vendre mon auto. Ça m'a humiliée cette affaire-là, ça m'a gênée. »

Mme Ruest déplore en outre l'attitude de Vincent Lacroix, qui évite de regarder les victimes et qui continue de prendre des notes. « C'est le regard qu'il m'a lancé tantôt après que j'ai eu fini... C'est comme si c'était rien. Il n'a aucune émotion, il ne réalise pas. »

Un autre retraité, Michel Vézina, a pour sa part expliqué que la perte d'une somme de 300 000 $ placée dans les fonds Évolution de Norbourg l'a forcé à reprendre son travail de débosseleur, mais à temps partiel, puisque ses capacités physiques ne lui permettent pas d'en faire plus.

« Même si on me redonnait mon argent demain matin, est-ce que je pourrais en jouir comme j'en aurais joui il y a quelques années? D'aucune façon! » a lancé M. Vézina aux journalistes.

Mardi, Jean-Guy Houle a publiquement déploré la perte de près de 200 000 $ placés dans des fonds gérés par Norbourg au nom de ses deux petites-filles, après que leurs parents eurent été tués dans un accident de voiture.

Vincent Lacroix a été reconnu coupable de 51 chefs d'accusation pour avoir manipulé la valeur des fonds des investisseurs et pour avoir fourni des informations fausses et trompeuses aux autorités réglementaires.

Le juge Claude Leblond, de la Cour du Québec, prononcera la sentence dans les prochains jours. L'AMF réclame une peine exemplaire pour Vincent Lacroix.

Possibles accusations criminelles

Des accusations criminelles pourraient être portées prochainement contre Vincent Lacroix. La télévision de Radio-Canada a appris que l'enquête de la Gendarmerie royale du Canada (GRC) est maintenant terminée et que la preuve se trouve désormais entre les mains des procureurs.

Après plus de deux ans d'une enquête qui aura coûté 2,5 millions de dollars, l'équipe intégrée de la police des marchés financiers de la GRC a terminé de recueillir la preuve dans l'affaire Norbourg. Un premier projet d'accusation de la GRC contre Vincent Lacroix a été déposé, au mois de mars dernier, au bureau du procureur Claude Haccoun, à Montréal.

Un second rapport contre une dizaine de présumés complices de Lacroix a aussi été remis au procureur de la Couronne, il y a trois semaines. Tout le dossier est maintenant entre les mains d'un autre procureur spécialisé dans les causes commerciales. La GRC refuse d'en parler pour le moment.

La criminaliste Isabelle Doray estime que la balle est désormais dans le camp du procureur général. « Les procureurs de la Couronne devront maintenant analyser la preuve et décider si oui ou non ils porteront des accusations criminelles contre Lacroix », explique-t-elle.

Enquête complexe

La télévision de Radio-Canada a aussi appris que les policiers de la GRC ont rencontré Vincent Lacroix dans sa résidence de Candiac, le 27 novembre dernier. Ils l'ont informé que des accusations criminelles allaient être portées contre lui et certains de ses associés.

La GRC a également mentionné à M. Lacroix qu'il serait averti de son éventuelle arrestation quelques heures avant qu'elle ne survienne.

Plusieurs ont critiqué la lenteur de la GRC, mais Mason Poplaw, avocat en droit commercial, explique que ce type d'enquête est très complexe. « Il faut commencer par trouver les documents. Il y a toute la cueillette d'informations et puis il y a l'analyse. Et c'est toujours le même défi qui est de suivre l'argent », souligne-t-il.

La GRC pourrait attendre la sentence dans la poursuite intentée par l'Autorité des marchés financiers contre Vincent Lacroix, avant de l'arrêter. Le cas échéant, ses présumés complices devront aussi répondre de leurs actes.