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Mulroney épargné, Charest embarrassé

Radio-Canada
Prenez note que cet article publié en 2007 pourrait contenir des informations qui ne sont plus à jour.

L'homme d'affaires Karlheinz Schreiber affirme que l'argent versé à l'ex-premier ministre Brian Mulroney n'avait rien à voir avec l'affaire Airbus et dit avoir donné 30 000 $ pour la campagne de Jean Charest à la direction du Parti conservateur, en 1993.

Le lobbyiste germano-canadien Karlheinz Schreiber a témoigné pour la deuxième fois, mardi, devant le comité de l'éthique des Communes pour faire la lumière sur ses relations avec l'ancien premier ministre Brian Mulroney.

Au cours de son témoignage, il a déclaré avoir versé de l'argent pour la campagne de Jean Charest à la direction du Parti progressiste-conservateur en 1993. La course opposait alors M. Charest à Kim Campbell.

M. Schreiber a précisé que le frère de M. Charest, Robert, l'avait rencontré à Ottawa, à l'édifice de la Confédération, pour lui demander s'il pouvait contribuer à la campagne de son frère. M. Schreiber a déclaré qu'il serait ravi de contribuer à cette campagne et lui aurait alors versé 30 000 $ en argent comptant.

M. Schreiber a ajouté qu'il espérait que M. Charest devienne premier ministre et qu'il se souviendrait alors qu'il l'a aidé. Il a aussi précisé que cette contribution n'apparaissait pas dans les livres.

Invité à réagir, le premier ministre du Québec, Jean Charest, a déclaré que son frère, qui agissait comme bénévole à l'époque, a précisé que c'était plutôt 10 000 $ en argent comptant que Karleinz Schreiber lui avait versé. M. Charest a aussi ajouté que c'était à la demande du ministre conservateur Elmer MacKay que son frère avait recu l'argent, même s'il n'était pas responsable de sa collecte de fonds.

M. Charest ne se souvient pas avoir rencontré l'homme d'affaires germano-canadien et nie avoir voulu le favoriser en retour, malgré l'importance de la somme reçue. Il a ajouté que c'était la première fois qu'il entendait parler de cette affaire.

Rien à voir avec Airbus

Répondant aux questions des députés, M. Schreiber a également affirmé qu'il n'avait pas été question d'argent au moment de sa rencontre avec Brian Mulroney, le 23 juin 1993, au lac Harrington. À cette date, M. Mulroney était encore premier ministre.

M. Schreiber assure qu'ils se sont simplement entendus pour faire des affaires ensemble, plus tard. Ce n'est qu'au mois d'août qu'il aurait versé une première somme de 100 000 $ comptant à M. Mulroney lors d'une rencontre dans un hôtel de Mirabel. M. Mulroney n'était alors plus premier ministre.

L'homme d'affaires germano-canadien a dit très clairement que les 300 000 $ versés à M. Mulroney n'avaient rien à voir avec la vente d'avions d'Airbus. Cet argent était plutôt destiné à faire progresser le dossier Bear Head, un projet de fabrication de blindés légers de la firme allemande Thyssen qui devait s'implanter en Nouvelle-Écosse et éventuellement au Québec.

À ce sujet, le quotidien Globe and Mail a révélé que le libéral André Ouellet a lui aussi défendu le projet Bear Head pendant qu'il était ministre des Affaires étrangères. Le projet a finalement été rejeté par le ministre de l'Industrie de l'époque, John Manley.

Plus tôt, M. Schreiber avait affirmé qu'il aurait tellement de choses à raconter lors de la deuxième partie de son témoignage sur ses liens avec l'ancien premier ministre Mulroney que ce sera un peu « comme Noël » pour le comité de l'éthique de la Chambre des communes. Il doit poursuivre son témoignage jeudi prochain.

Remise en liberté sous caution

C'est plutôt M. Schreiber qui a reçu un cadeau de Noël, mardi matin. La Cour d'appel de l'Ontario lui a en effet permis de retrouver sa liberté, moyennant une caution de 1,31 million de dollars et un engagement à respecter diverses conditions. L'homme d'affaires a lui-même avancé 650 000 $, le reste étant fourni par d'autres personnes, dont l'ancien ministre libéral Marc Lalonde, qui a déboursé 100 000 $.

Karlheinz Schreiber avait très peu répondu aux questions des membres du comité de l'éthique, la semaine dernière, alléguant qu'il n'avait pas accès à ses documents. Il avait tout de même affirmé qu'il devait verser 500 000 $ et non 300 000 $ à l'ancien premier ministre Mulroney.

Depuis cette première comparution devant le comité, M. Schreiber a pu se rendre à sa maison d'Ottawa pour y prendre les documents qu'il voulait. Il a pu consulter ses documents toute la fin de semaine à la prison d'Ottawa-Carleton, en attendant de comparaître.

Avant d'y être transféré pour son témoignage devant le comité de l'éthique, Karlheinz Schreiber était détenu dans une prison de Toronto. Il devait initialement être extradé samedi vers l'Allemagne, où la justice veut l'accuser de corruption, de fraude et d'évasion fiscale.

D'autres témoignages à venir

De son côté, la CBC a mis la main sur une liste partielle de témoins potentiels qui pourraient succéder à Karlheinz Schreiber devant le comité de l'éthique. Outre Brian Mulroney lui-même, que le comité souhaite entendre avant les fêtes, la liste comprend les noms de son ancien porte-parole Luc Lavoie et des anciens ministres John Crosbie et Elmer Mackay, père de l'actuel ministre de la Défense, Peter MacKay.

Le réalisateur Harvey Cashore de l'émission The Fifth Estate de CBC, par laquelle une bonne partie du scandale est arrivée, pourrait également être appelé à témoigner, tout comme les auteurs William Kaplan et Stevie Cameron, qui ont travaillé à débusquer certaines facettes de cette histoire dont de nombreux aspects demeurent nébuleux.

Rappel des faits

Les membres du comité de l'éthique veulent interroger M. Schreiber au sujet d'affirmations faites récemment dans une déclaration sous serment déposée devant un tribunal ontarien. Le lobbyiste y déclarait que M. Mulroney avait accepté d'être payé 300 000 $ pour des services de démarchage lors d'une rencontre tenue en juin 1993, avant qu'il ne démissionne de ses fonctions de premier ministre. Ces allégations de Schreiber n'ont jamais été prouvées en cour.

Au cours des dernières semaines, l'ancien premier ministre a reconnu avoir accepté 300 000 $ de Karlheinz Schreiber, mais le moment où l'entente a été conclue demeure mystérieux. À la fin du mois de novembre, Brian Mulroney a admis par la voix d'un porte-parole qu'il avait accepté un versement de 100 000 $ en août 1993, alors qu'il était toujours député.

Cette somme n'avait pas été mentionnée par M. Mulroney lors de l'enquête de la GRC portant sur des pots-de-vin qu'il aurait reçus relativement à l'achat d'appareils Airbus par Air Canada, à la fin des années 80. Incapable de prouver quoi que ce soit, la GRC a finalement mis un terme à cette enquête. En 1997, le gouvernement fédéral a conséquemment dû verser 2,1 millions de dollars à M. Mulroney en guise de compensation.

Affaire Mulroney-Schreiber: les conservateurs n'en pâtissent pas

L'intense couverture médiatique de l'affaire Mulroney-Schreiber ne semble pas avoir nui à la cote de popularité des conservateurs.

Un sondage La Presse canadienne-Décima/Harris indique que les conservateurs de Stephen Harper maintiennent toujours une avance de huit points sur les libéraux de Stéphane Dion, comme il y a deux semaines.

D'après le nouveau sondage, les conservateurs récoltent 36 % des intentions de vote à l'échelle nationale, contre 28 % pour les libéraux, 16 % pour le Nouveau Parti démocratique et 11 % pour le Parti vert.

Au Québec, le Bloc québécois obtient 35 %, les conservateurs 23 %, les libéraux 18 %, le NPD 14 % et les Verts 8 %.

Le sondage a été mené auprès de 1000 Canadiens entre le 29 novembre et le 2 décembre. Sa marge d'erreur est de 3,1 %, 19 fois sur 20.

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