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1,10 $US

Radio-Canada

La hausse du prix du pétrole brut et la possibilité que la Réserve fédérale abaisse de nouveau ses taux donnent des ailes au huard qui s'éloigne de plus en plus de la devise américaine.

Le dollar canadien a franchi un autre plateau symbolique, mercredi. À la clôture des marchés mardi en Amérique du Nord, le huard valait 1,0852 $US, soit une hausse de 1,34 ¢US par rapport à son niveau à la fermeture des marchés, lundi. Mercredi, le dollar a atteint 1,10 $US.

Comme les derniers jours, cette situation s'explique notamment par le prix du baril de pétrole brut. Il a lui aussi atteint un sommet mardi. Le prix du baril a progressé de 2,72 $US pour atteindre 96,70 $US à la clôture du marché new-yorkais. En cours de séance, il a même atteint les 97,10 $US, un record. Et il a finalement dépassé les 98 $US, mercredi, dans les échanges électroniques en Asie.

Progression de l'euro

Pendant que le huard progresse, le dollar américain n'en finit plus de chuter face à l'euro. Mercredi matin, la devise européenne est à son plus haut depuis son lancement en 1999 atteignant 1,47 $US. Depuis deux ans, l'euro s'est apprécié de 25 % par rapport à la devise américaine.

Les analystes s'attendent à ce que les inventaires de brut américain baissent de nouveau, ce qui fait craindre une situation de pénurie à l'approche de l'hiver. Certains s'attendent même à ce que le prix du baril franchisse la barre des 100 $US cette semaine.

Une nouvelle baisse attendue du taux directeur de la Réserve fédérale américaine est également responsable de cette montée en flèche du dollar.

La forte progression enregistrée par le huard ces derniers mois, voire ces dernières années, contribue à relancer le débat sur l'adoption d'une monnaie unique en Amérique du Nord.

Compétitivité bafouée

Le président de Jarislowsky Fraser, Stephen Jarislowsy, est au nombre de ceux qui préconisent cette solution. Le fait que le huard soit passé de 62,5 ¢US à 1,08 $US par rapport à la devise américaine en quatre ans mine la compétitivité de nos entreprises.

Vous voyez là une augmentation de la monnaie de 73 %. [...] En d'autres mots, ça veut dire que les salaires canadiens, en comparaison avec les salaires américains [...] se sont accrus de 73 % en 4 ans.

Stephen Jarislowsky

La hausse vertigineuse de la valeur du huard, dit-il, nuit considérablement à des pans entiers de notre économie. Il mentionne notamment les difficultés de l'industrie forestière, du secteur automobile et même du secteur pétrolier. « C'est bien sûr que le Canada, aujourd'hui, quand il vend du pétrole, la profitabilité est beaucoup moindre qu'avec un dollar à 63 sous », indique M. Jarislowsky.

Le président de Jarislowsky Fraser croit qu'il faudra à terme imiter la voie choisie par les Européens, soit celle de la monnaie unique et du marché commun. « Je suis convaincu qu'à long terme, il n'y a pas d'autre solution. Parce que la Banque du Canada et le gouvernement, on voit qu'ils ne savent pas quoi faire avec le dollar. »

« Les Américains ont baissé leur taux d'intérêt de 0,75 point de pourcentage dans une période où, nous, on l'a monté de 0,5 point. C'est logique que toute la spéculation mondiale se lance derrière le dollar canadien! » lance-t-il.

Stephen Jarislowsky admet toutefois qu'une initiative visant à doter l'Amérique du Nord d'une monnaie unique ne pourra se concrétiser tant que la vigueur actuelle du dollar se maintiendra. Le prix du pétrole et des métaux devra d'abord redescendre, estime-t-il.

Une question de souveraineté

Cette opinion est toutefois loin de faire l'unanimité. D'autres économistes ont d'ailleurs lancé des mises en garde à ce sujet au cours des dernières semaines. Une monnaie unique, disent-ils en somme, nécessiterait une politique monétaire unique et celle-ci serait inévitablement décidée aux États-Unis.

La politique monétaire de la Banque du Canada est déjà compliquée par les disparités régionales. Elle refuse de baisser ses taux pour ne pas stimuler davantage une économie dopée par l'industrie pétrolière en Alberta et pousser du coup l'inflation à la hausse. Or, l'inflation est à peu près inexistante pour tout l'est du pays, où les industries manufacturières éprouvent de sérieuses difficultés.