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Un enjeu de pouvoir

Radio-Canada

Des politiciens et des fonctionnaires d'Ottawa et de Québec se servent de leur ordinateur de fonction pour trafiquer des données dans Wikipédia, une encyclopédie sur Internet à laquelle tout le monde peut contribuer.

Des bureaux d'élus et de fonctionnaires de Québec et d'Ottawa modifient des données dans Wikipédia, une encyclopédie sur le web à laquelle tout le monde peut contribuer.

Il est désormais possible d'identifier les auteurs de ces modifications à l'aide d'un autre site web appelé Wikiscanner. Ainsi, cet été, le quotidien La Presse s'en est servi pour découvrir l'origine des propos offensants qui ont été écrits sur Frank Zampino, président du comité exécutif de la Ville de Montréal, dans l'encyclopédie virtuelle.

Mais ce type de modifications seraient également effectuées au sein de l'appareil gouvernemental fédéral et provincial, selon les recherches de Radio-Canada.

À Ottawa

Ainsi, on pouvait lire sur le site Wikipédia, le 7 février 2006, que Paul Martin était le pire premier ministre de l'histoire canadienne. Cette affirmation était l'oeuvre d'un internaute anonyme. Mais une série de quatre chiffres, l'adresse IP, permet de savoir à partir de quel ordinateur la page de Paul Martin a été vandalisée.

Dans ce cas-ci, l'adresse 192.197.82.153 fait partie d'une série d'adresses IP réservées à l'usage exclusif de la Chambre des communes, à Ottawa. C'est donc un employé des Communes, un élu ou un membre de son personnel politique qui a fait cette modification dans Wikipédia.

D'autres politiciens, comme Jack Layton, ont aussi été attaqués. Le chef néo-démocrate a déjà été décrit comme une girouette aux idées farfelues.

Sur une autre page web, on affirmait aussi qu'un ministre du gouvernement Harper était homosexuel.

En mars dernier, un autre internaute de la colline du Parlement, à Ottawa, s'est amusé à modifier le contenu de trois pages traitant du mouvement souverainiste en y insérant l'affirmation « Vive la nation québécoise au sein d'un Canada uni ».

À Québec

Il semble aussi y avoir eu des interventions sur le site de Wikipédia à partir de la colline du Parlement de Québec.

En 2005, par exemple, un passage critique sur le premier ministre Jean Charest a été effacé. L'adresse IP de l'ordinateur à partir duquel cette modification a été faite appartient à une série réservée par le gouvernement québécois. Le même ordinateur a servi à retirer les prénoms anglais de M. Charest.

Dans les jours qui ont suivi l'effondrement du viaduc de la Concorde, la page du ministre des Transports d'alors, Michel Després, a été modifiée plusieurs fois. Quelqu'un, à Transports Québec, a retranché des passages critiques sur l'ex-ministre.

Redéfinir notre relation au savoir

Les politiciens sont très sensibles à ces modifications car Wikipédia contient plus de 8 millions d'articles, dans plus de 250 langues. Cette encyclopédie en ligne est parmi les 10 sites les plus consultés dans le monde.

Selon Jean-Michel Salaün, chercheur et directeur à l'École de bibliothéconomie et des sciences de l'information de l'Université de Montréal, Wikipédia redéfinit carrément notre relation au savoir et à la vérité.

« C'est devenu un enjeu de pouvoir, clairement, pour toute une série de professions dont l'exposition est essentielle, donc, ça peut être tous les gens du showbusiness, ça peut être tout ce qui concerne la politique, le sport », explique-t-il.

Ceci dit, toutes les modifications discutables ont rapidement été effacées par d'autres internautes, ce qui tend à démontrer que les tentatives de désinformation sur Wikipédia sont rapidement repérées et corrigées.