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Les moines bâillonnés

Radio-Canada

L'armée birmane boucle des centaines de moines dans leurs monastères de Rangoon pour les empêcher de se joindre aux manifestations. Le premier ministre britannique Gordon Brown craint que le nombre de morts soit plus élevé que ce qui est annoncé.

Au Myanmar, la dictature semble décidée à décapiter le mouvement de contestation civile en interdisant aux moines, véritable autorité morale des Birmans, de prendre part aux manifestations qu'ils dirigeaient jusqu'à tout récemment.

Ainsi, un imposant dispositif militaire s'est déployé, dans la nuit de jeudi à vendredi, autour de quelques-uns des principaux monastères de la région de Rangoon, pour interdire à la fois aux manifestants de s'en servir comme point de ralliement et aux moines qui s'y trouvaient d'en sortir.

Selon plusieurs observateurs, cette stratégie d'isolement des protestataires pourrait bien avoir porté ses fruits, presque aucun moine n'étant visible dans les manifestations de vendredi.

Un leader étudiant a d'ailleurs appelé ses collègues à prendre le relais des moines et à continuer de faire face à l'un des régimes les plus répressifs du monde. En 1988, lors des dernières grandes manifestations prodémocratiques qui ont fait 3000 morts, les étudiants, alors appuyés par les moines, s'étaient imposés comme les véritables moteurs de l'insurrection, avant d'être durement réprimés.

La répression s'est poursuivie pour une troisième journée consécutive, vendredi, les policiers et les militaires déployés en grand nombre dans les rues de Rangoon n'hésitant pas à charger à coup de bâton et de gaz lacrymogènes la foule de manifestants qui bravait pour une 10e journée la junte militaire.

Le bilan des victimes s'est établi officiellement à 13 morts et plusieurs dizaines de blessés depuis le début des manifestations, mais de nombreux observateurs craignent que le bilan réel soit beaucoup plus lourd.

Le régime a entrepris d'accroître son emprise sur le pays et sur l'information qui en émane en coupant la principale liaison Internet du pays. Officiellement, un responsable local des télécommunications a attribué la rupture à un « câble sous-marin endommagé ».

Les militaires sont au pouvoir dans ce pays depuis 1962.

Washington sévit

Les États-Unis ont décidé d'être fermes face aux dirigeants birmans. Ils ont interdit la délivrance de visas à une quarantaine de membres de la junte militaire au pouvoir au Myanmar ainsi qu'aux membres de leurs familles.

Jeudi, le Trésor américain avait annoncé le gel de toute transaction financière avec 14 principaux dirigeants birmans. Tous les avoirs que ces derniers possèdent aux États-Unis sont par ailleurs gelés

Ailleurs dans le monde

La répression des manifestations pacifiques continue de mobiliser la diplomatie internationale.

Le premier ministre britannique, Gordon Brown, a dit craindre vendredi que « les pertes de vie soient nettement plus importantes que ce qui est rapporté ».

M. Brown a fait ses commentaires au terme de discussions téléphoniques avec le premier ministre chinois Wen Jiabao et le président américain George W. Bush.

Le premier ministre britannique condamne le comportement des forces de l'ordre birmanes et a demandé à l'Union européenne et aux Nations unies de prendre des sanctions plus fermes à l'encontre de la junte.

Le président russe, Vladimir Poutine, a pour sa part déclaré à des médias locaux vendredi qu'il regrettait les morts, mais qu'il était néanmoins prématuré de parler de l'imposition de sanctions.

Jeudi, la Chine a demandé à son tour à la junte de faire preuve de modération, tout en affirmant qu'elle n'appuyait pas l'imposition de sanctions.

D'autre part, la junte birmane a accepté de rencontrer l'émissaire spécial de l'ONU qui devrait être à Rangoon samedi. Le Conseil des droits de l'homme de l'ONU se réunira mardi à Genève pour en discuter.

Au Japon, le premier ministre, Yasuo Fukuda, a exclu, vendredi, toute sanction immédiate contre le Myanmar à la suite de la mort d'un journaliste nippon, Kenji Nagai, lors d'une manifestation. Tokyo demande toutefois à la junte militaire d'expliquer les circonstances de sa mort, jeudi, lors des manifestations hostiles au régime qui ont fait au moins dix victimes.

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