•  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  

La leçon de Jeanson

Radio-Canada

Impossible de rester de glace devant le désarroi de Geneviève Jeanson dans la suite du reportage à l'émission Enquête.

Alors rebelle et un brin arrogante, la jeune femme se montre maintenant fragile et vulnérable.

Non, ça n'excuse pas ce qu'elle a fait. Plusieurs la condamnent d'avoir volé des victoires, des podiums et par conséquent de l'argent à ses rivales, mais toutes expriment une certaine sympathie à son égard, contentes qu'elle se soit enfin libérée de ce lourd secret. Même Anne Samplonius, qui a souvent manifesté son mécontentement au fait que Jeanson s'en tirait toujours à bon compte.

Geneviève reconnaît qu'elle a triché. Mais dans son cheminement, elle n'est pas encore rendue à prononcer le mot « tricheuse », le mot est encore trop fort. Elle reconnaît par contre que si les gens la traitent de tricheuse, ils ont raison.

Elle aurait pu refuser de prendre de l'EPO. Elle ne l'a pas fait pour de multiples raisons, dont la crainte de rendre ses proches malheureux si elle n'enchaînait pas les victoires. Pourtant, elle, elle était malheureuse. Une abnégation un peu forte pour une fille d'à peine 20 ans.

Comment ses parents ont-ils pu fermer les yeux? Pourquoi ne se sont-ils pas informés davantage sur l'utilisation, les conséquences de l'EPO? Comment ont-ils pu ne pas constater le désarroi grandissant de leur fille unique? Comment les gens de RONA n'ont-ils pas été éveillés par les soupçons de dopage après l'hématocrite élevé de Hamilton et l'affaire Duquette? Comment un entraîneur a-t-il pu profiter, sans scrupule, de la naïveté d'une jeune fille de 16 ans?

Les questions demeurent nombreuses, mais le discours de son père me déculotte. « Je ne pouvais pas dénoncer mon enfant. Jamais de la vie un parent ne va dénoncer son enfant. » Pardon? Vous soupçonnez votre fille de se doper et vous ne faites rien? D'accord, je n'ai pas d'enfant, je ne « devrais » pas juger, mais bon Dieu que j'aurais remué ciel et terre pour la sortir de ce bourbier.

C'est ce qu'a fait Alain Roy, le père d'Émilie. Voyant qu'en 2004 sa fille suivait les traces de Geneviève, on ne parle pas ici de l'EPO, mais de la détresse psychologique, de l'épuisement, M. Roy a réagi comme un père consciencieux. Il n'a pas hésité à briser le contrat de sa fille avec l'équipe RONA après seulement trois mois et à lui assurer un suivi psychologique. Émilie aura pris des mois à se remettre sur les rails.

J'espère que l'histoire de Geneviève servira de leçon. Aux jeunes athlètes. À leurs parents. Suivez l'entraînement de vos enfants. Impliquez-vous. Notez tout changement. Et les jeunes, n'acceptez pas n'importe quoi. Si vous avez des doutes sur certaines méthodes, certains agissements, parlez-en.

Parce qu'il faut éviter qu'un tel gâchis se reproduise.

Aucun thème sélectionné