•  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  

« Il m'a injecté plus d'une fois » - Jeanson

Radio-Canada

Geneviève Jeanson confirme que le Dr Maurice Duquette lui a administré de l'érythropoïétine (EPO) au début de sa carrière. Elle confie également que son entraîneur l'a déjà frappée.

Le Dr Maurice Duquette a bel et bien administré de l'érythropoïétine (EPO) à Geneviève Jeanson.

Après avoir plaidé coupable à une accusation d'avoir administré, une fois à des fins diagnostiques, de l'EPO à Jeanson, le Dr Duquette s'est ensuite rétracté lorsqu'il a reçu une mise en demeure de l'avocat de la cycliste québécoise.

Dans la deuxième partie du reportage sur Jeanson à l'émission Enquête, jeudi soir, la principale intéressée confirme que le chirurgien orthopédiste montréalais lui a injecté de l'EPO.

« Pas juste une fois. Il m'a injecté plus qu'une fois », a révélé la jeune femme de 26 ans qui vit maintenant à Phoenix en Arizona.

Cette première fois, c'était en 1998. Jeanson avait 16 ans. Elle souffrait d'anémie.

« J'étais tellement fatiguée. Il y avait deux options: prendre une saison pour me refaire une santé ou prendre de l'EPO et se clairer de ça. »

Avant de tout nier en bloc, Aubut a admis avoir accompagné Jeanson parce qu'ils voulaient connaître les avantages de l'utilisation de l'EPO. Ensuite, lui et Geneviève prendraient une décision.

« Je ne pouvais dénoncer mon enfant »

Mais André Aubut n'était pas seul avec sa protégée dans le bureau du Dr Duquette. Yves Jeanson, le père de Geneviève, était également présent.

« Je n'ai pas demandé si c'était dangereux. Je voulais qu'elle prenne du poids et qu'elle ne fasse plus d'anémie. Je ne savais pas que le Dr Duquette lui avait injecté de l'EPO plus qu'une fois », a dit M. Jeanson.

Pourtant, selon les médecins interrogés par l'équipe d'Enquête, l'EPO n'est pas du tout appropriée comme traitement pour soigner l'anémie.

Comme tout le monde, son père a soupçonné la « consommation » de sa fille après son exclusion de la course sur route des Championnats du monde à Hamilton, en 2003, pour avoir présenté un hématocrite plus élevé que la normale de 47 fixée par l'Union cycliste internationale (UCI).

« Elle nous a juré à ma femme et moi que si elle en avait pris, elle n'en prendrait plus. [...] Je ne pouvais pas dénoncer mon enfant. Jamais de la vie un parent ne va dénoncer son enfant », déclare Yves Jeanson.

La cycliste explique que le Dr Duquette lui a donné de l'EPO pendant une courte période au début de sa carrière, mais elle n'a pas voulu préciser comment elle s'en procurait par la suite, notamment aux États-Unis, se contentant de dire que c'est facile d'en trouver sur Internet ou dans les salles d'entraînement.

Elle a aussi admis que sa tente hypoxique lui servait d'alibi et qu'elle n'avait pas couché dedans depuis les Jeux olympiques de Sydney en 2000.

Sous l'emprise d'Aubut

Tout au long de l'émission, Jeanson martèle qu'elle savait que l'EPO était un risque pour sa santé, mais face à cet engrenage infernal qu'est la gloire, la victoire, l'argent, la reconnaissance, elle n'était pas armée pour s'en sortir.

« J'avais peur de m'endormir et de ne jamais plus me réveiller. Des fois, quand j'étais couchée le soir, mon coeur ne battait pas vite, mais il était tellement puissant que ça me donnait un coup. Je n'étais pas capable de dormir, il fallait que je me lève », raconte la championne junior sur route et du contre-la-montre en 1999.

Cette vie, Jeanson n'en voulait plus depuis longtemps. Dès 2001, elle voulait arrêter le cyclisme. Elle détestait l'emprise qu'Aubut exerçait sur elle.

« Je ne voulais plus être avec lui. J'étais malheureuse. J'étais tannée de me faire contrôler. Je n'avais pas le guts de m'en aller. »

Après l'épisode de Hamilton, elle était prête à ranger son vélo. Mais Aubut a de nouveau réussi à la convaincre de continuer.

« Tu ne peux pas arrêter. Tout le monde va penser que t'es dopée. Tu ne peux pas arrêter, on fait de l'argent », dit Jeanson en citant son entraîneur.

Un oeil au beurre noir

Dans un moment fort du reportage, Jeanson confie que leur relation n'était pas que violente verbalement. Une fois, Aubut n'aurait pas hésité à la frapper parce qu'elle avait mis pied à terre, n'ayant plus la force de pédaler, de compléter les 160 km prévus au programme de la journée.

« Il m'a amenée dans le désert (ils étaient en Arizona) et m'a fessée dessus. J'avais un oeil au beurre noir. J'avais le visage tellement enflé que je n'étais pas capable de mettre mes lunettes. »

Deux personnes ont confirmé à l'équipe de Radio-Canada avoir vu cet oeil au beurre noir. Aubut nie catégoriquement avoir été violent à l'égard de Jeanson. Il prétend être victime d'un règlement de compte parce que, dit-il, il aurait refusé de l'entraîner pour qu'elle revienne à la compétition. C'est faux, réplique Jeanson.

Aujourd'hui, Jeanson regrette. Elle reconnaît ses responsabilités, elle sait qu'elle a triché. Elle avait le choix de dire non ou de dire oui.

« C'est facile avec des yeux de 25 ans de me critiquer. Je le regrette. Je me demande comment je me suis rendue là, comment tout est arrivé. Maintenant, je connais beaucoup plus de choses, je comprends plus de choses. Quelqu'un qui me proposerait de la drogue... Ça ne vaut tellement pas la peine. »

Jeason porte certes une grande partie du blâme, elle aurait pu refuser de prendre de l'EPO. Mais elle s'est également retrouvée au centre d'un système qui privilégie la victoire, les records, les performances.

Commentaires fermés

L’espace commentaires est fermé. Considérant la nature sensible ou légale de certains contenus, nous nous réservons le droit de désactiver les commentaires. Vous pouvez consulter nos conditions d’utilisation.