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Dopée, mais courageuse

Radio-Canada

Ben oui, Geneviève s'est dopée. Une surprise? Non. Une déception? Non plus. Faudrait être naïf pour croire qu'elle est la seule du peloton féminin à se doper.

Et de toute façon, le cyclisme et le sport nous ont habitués à ces décevantes histoires de dopage. Tyler Hamilton, Floyd Landis, Alexandre Vinokourov, Ben Johnson, la liste est longue.

Le dopage, je m'en fous. C'était sa vie, son corps, sa santé.

Mais quand elle dit à Enquête que « de 15 à 23 ans, elle était morte ». Quand dans une entrevue accordée au site Internet cyclingnews en novembre, elle affirme: « Je détestais ma vie, je détestais la personne que je devais être. » Ayoye! Ça fesse.

Et c'est ce qui m'attriste dans toute cette histoire, c'est de constater que personne, je veux dire aucun adulte dans son entourage n'a perçu les signes de cette détresse. Des signes tellement évidents que pas besoin d'un doctorat en psychologie pour en faire le constat.

Étaient-ils aveuglés par les succès de Geneviève? Par l'influence de son entraîneur André Aubut?

Parfois, en entrevue, on percevait la Geneviève allumée, ricaneuse, joviale... le temps d'un instant. Puis, soudain, le rideau se refermait. Le regard devenait sombre, distrait, ennuyé... triste.

Pourtant, tous les athlètes que je connais, je pense à Jennifer Heil, Érik Guay, Alexandre Despatie, font du sport pour le plaisir, pour s'épanouir. Et ça paraît. Mais pas Geneviève. Elle n'avait aucune vie en dehors du vélo. Jamais de souper au resto ou de soirées au cinéma avec des copines. Pas d'équilibre.

Geneviève m'avait confié il y a plusieurs années qu'elle ne sortait pas beaucoup quand elle revenait à Montréal parce qu'elle n'avait plus beaucoup d'amis. Elle n'avait pas su maintenir les liens, trop occupée par son entraînement.

Mais même avec ses coéquipières, elle s'isolait. Lors des mois d'entraînement, elle vivait avec Aubut dans un condo, les autres filles dans un autre condo et les filles ne fréquentaient pas l'autre condo.

Lors d'une entrevue en novembre 2003, son ancienne coéquipière Catherine Marsal m'avait raconté que le dernier souper d'équipe remontait à la fin mai, lors de sa deuxième victoire sur le mont Royal.

D'ailleurs, son agent Daniel Larouche m'avait reproché ce reportage avec Marsal lors de la conférence de presse de la Coupe du monde en 2004. Quand je lui avais dit que je ne voulais pas parler aux nouvelles coéquipières de Geneviève, il avait eu comme réponse: « C'est sûr, ces filles-là ne bitchent pas. »

Je m'étais retenue pour ne pas lui répondre. Geneviève était à mes côtés. Voilà ce que je voulais lui dire: Tu ne comprends pas. En écrivant un tel papier, je souhaite seulement que quelqu'un, quelque part, se réveille et sorte Geneviève de ce milieu malsain. Pas le vélo. Son entourage.

Lors de cette conférence de presse, elle était seule à affronter la situation après avoir omis de se présenter à un test antidopage à la Flèche wallonne. Quelques mois plus tôt, elle avait dû se défendre, encore seule, contre les allégations du Dr Maurice Duquette qui affirmait lui avoir donné de l'EPO. Même chose à Hamilton, aux Championnats du monde. En huit mois à peine, elle avait fait face à trois histoires de dopage.

Lourde commande pour une jeune fille de 22 ans. Jamais Aubut n'était à ses côtés. JAMAIS. Aucun appui public, aucune déclaration. RIEN.

J'espère qu'après cette sortie, Geneviève va avoir quelqu'un à ses côtés pour l'aider à traverser cette période sombre, qu'elle ne portera pas tout le blâme seule. Parce que malgré ses apparences rebelles, elle est fragile.

Son secret était lourd à porter, mais elle a trouvé le courage de dire la vérité. Ceux qui lui lanceront la pierre en ont beaucoup moins.

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