•  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
Prenez note que cet article publié en 2014 pourrait contenir des informations qui ne sont plus à jour.

« J'en ai pris. À Hamilton, sur le mont Royal, presque à l'année longue. T'as juste à ne pas en prendre cinq jours avant, pis t'es correct. »

Geneviève Jeanson, l'un des plus beaux joyaux du cyclisme canadien, s'est bel et bien dopée... à l'érythropoïétine (EPO), la drogue la plus communément utilisée dans le monde du cyclisme. Et ce, dès l'âge de 16 ans.

Ces révélations-chocs, la Québécoise de 26 ans les a faites à mon collègue Alain Gravel à l'émission Enquête diffusée jeudi soir.

« Je savais que ce n'était pas bien. Je me suis fait prendre dans l'engrenage. Je ne savais pas quoi faire, je ne savais pas comment m'en sortir », avoue Jeanson qui vit maintenant, à Phoenix, en Arizona.

Pourtant, pendant plus des trois quarts de l'émission, Jeanson est dans l'absolu déni.

À plusieurs reprises, elle martèle qu'elle n'a jamais pris d'EPO, une substance qui améliore la capacité cardiovasculaire, qu'elle n'a jamais reçu de transfusions.

Même qu'à la Coupe du monde de 2004, à Montréal, elle a voulu se venger de ses détracteurs.

« En 2004, c'est ma plus belle victoire sur le mont Royal. Je ne voulais plus prouver que j'étais la meilleure au monde, je voulais prouver que je n'étais pas dopée. C'était une question de survie, une question de vengeance. »

Deux mois auparavant, elle avait omis de se présenter à un test à la Flèche wallonne. Lors de la conférence de presse, deux jours avant la course montréalaise, elle avait été assaillie par de nombreux médias, à un point tel qu'elle avait fondu en larmes devant les caméras.

La descente aux enfers

Sa descente aux enfers a commencé aux Championnats du monde de Hamilton, en septembre 2003, lorsqu'elle a été exclue de la course sur route. Elle présentait alors un hématocrite plus élevé que la normale de 47 fixée par l'Union cycliste internationale (UCI).

Après Hamilton, le scandale se poursuit avec le plaidoyer de culpabilité du Dr Maurice Duquette devant le Collège des médecins. Il était accusé de lui avoir administré de l'EPO une fois à des fins diagnostiques. Vingt-quatre heures plus tard, il se rétracte après avoir reçu une mise en demeure de l'avocat de Jeanson.

Avril 2004, le contrôle raté à la Flèche wallonne. Puis, juillet 2005, un test positif, toujours à l'EPO, au Tour de Toona. En novembre 2006, elle accepte une peine réduite de deux ans de l'Agence antidopage américaine (USADA). Encore là, si Jeanson reconnaît le résultat positif du test, elle prétend toujours n'avoir jamais consommé d'EPO.

C'est son hématocrite trop élevé à Hamilton en 2003 qui la force à passer aux aveux. Talonnée par l'équipe d'Enquête sur ce fameux taux, elle parle d'abord d'un chiffre de 54. Elle revient ensuite avec un 55-56. La vérité, c'est 56, un taux beaucoup trop élevé pour la simple utilisation de la tente hypoxique, selon tous les experts interrogés.

Jeanson affirme que c'est son entraîneur qui l'a incitée à se doper, ce qu'Aubut a nié catégoriquement. Dans une conversation téléphonique, il a soutenu que la décision a été prise d'un commun accord. Deux semaines plus tard, il se rétractait par courriel, écrivant qu'il ne savait pas que la cycliste de Lachine utilisait de l'EPO.

Jeanson-Aubut: une relation parfois violente

L'ancienne porte-couleurs de l'équipe RONA parle également de sa relation avec son entraîneur André Aubut, qu'elle a épousé en avril 2006 pour divorcer six mois plus tard. Les deux confirment qu'ils se sont mariés par affaires (pour gérer un établissement de restauration rapide), mais ils ne se parlent plus depuis six mois.

Au plan sportif, leur relation était parfois violente verbalement. « Je gagnais des courses pour qu'il se ferme la gueule », affirme Jeanson. Mais, auparavant, elle l'avait défendu en disant qu'elle lui demandait de le pousser.

D'anciennes coéquipières confirment également les agissements violents d'Aubut. « Il a pris l'assiette de bouffe de Geneviève et l'a lancée sur le mur », soutient la Canadienne Amy Moore qui a passé les saisons 2001-2002 avec RONA.

À des années-lumière de la petite blondinette un peu timide qui assommait ses rivales dans la montée Camilien-Houde, Jeanson se donne maintenant des allures de rebelle avec ses cheveux punk teints au gré de ses humeurs, en rouges, noirs ou multicolores.

Maintenant libérée de l'emprise d'Aubut, elle doit guérir ses blessures morales. Elle a d'ailleurs commencé une thérapie.

« Ce qui fait le plus mal, c'est d'avoir menti aux gens qui me croyaient. »

Dans cette première partie de l'émission, Jeanson est passée aux aveux. Dans la deuxième partie, diffusée jeudi prochain, le 27 septembre, Enquête tentera de répondre à d'autres questions. Qui lui a fourni l'EPO? Comment a-t-elle réussi à échapper aux contrôles? Jusqu'où a été l'emprise d'Aubut?

Commentaires fermés

L’espace commentaires est fermé. Considérant la nature sensible ou légale de certains contenus, nous nous réservons le droit de désactiver les commentaires. Vous pouvez consulter nos conditions d’utilisation.