•  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  

Secoués, mais déterminés

Pendant que la population observe une journée de grève en mémoire du député Antoine Ghanem, les politiciens jaugent l'impact qu'aura son assassinat sur le bras de fer qui oppose prosyriens et antisyriens.

La classe politique libanaise tente tant bien que mal de se remettre de l'assassinat du député antisyrien Antoine Ghanem, tué avec six autres personnes, mercredi, lorsqu'une forte explosion s'est produite au passage de sa voiture, en plein coeur du quartier chrétien de Beyrouth.

Les banques, les écoles et les bureaux gouvernementaux sont fermés jeudi, à l'occasion d'un appel à la grève générale lancé par le Parti phalangiste, la formation politique d'Antoine Ghanem. Les écoles sont aussi fermées et le resteront d'ailleurs vendredi, jour des funérailles.

Tous les partis politiques libanais, les journaux et les analystes estiment que le plus récent d'une série d'attentats politiques, que d'aucuns attribuent d'emblée à la Syrie, ne peut que perturber encore davantage le processus visant à élire un nouveau président. Les parlementaires doivent se réunir à compter de mardi pour discuter de la question.

Le président, qui doit être un chrétien maronite en vertu de la Constitution, doit être choisi d'ici le 24 novembre par les deux tiers des 128 députés au premier tour, et à une majorité simple de 65 députés aux tours subséquents. La mort d'Antoine Ghanem porte la majorité de la coalition antisyrienne à 68 députés.

Les efforts du président de la Chambre Nabih Berri pour en arriver à un compromis entre antisyriens et prosyriens sont perturbés par ce nouvel attentat. Des rencontres avec le chef de la majorité antisyrienne Saad Hariri et le patriarche maronite, le cardinal Nasrallah Sfeir, ont été annulés.

Le premier ministre Fouad Siniora se montre déterminé à ce que le processus politique aille de l'avant. « La main de la terreur ne gagnera pas et ne réussira pas à nous faire taire. Les Libanais ne vont pas retraiter et auront un nouveau président élu par les législateurs, peu importe l'ampleur de la conspiration. »

Saad Hariri, fils de l'ancien premier ministre Rafic Hariri, assassiné en février 2005, s'en est violemment pris au régime syrien, qu'il accuse d'être derrière la série d'attentats qui secouent le Liban depuis la mort de son père. « Je n'ai jamais connu un régime aussi lâche que celui de Bachar-Al-Assad », a-t-il affirmé. La Syrie a officiellement condamné l'attentat.

Le président Émile Lahoud, pourtant prosyrien, a admis que le fait que quelqu'un était tué chaque fois qu'un développement positif survenait « n'était pas une coïncidence ».

Le parti islamiste Hezbollah, proche de Damas, a aussi condamné l'attentat et a demandé aux partis politiques d'y aller d'une démonstration d'unité. L'assassinat d'Antoine Ghanem, dit-il dans un communiqué, constitue « un coup dur pour la sécurité et la stabilité du pays, ainsi que pour toute tentative de réconciliation et à l'espoir de parvenir à un consensus politique ».

Députés en exil

Des voix s'élèvent entre-temps au Liban pour que le Parlement se réunisse à l'étranger, sous l'égide du Conseil de sécurité de l'ONU, afin de se pencher sur le choix du futur président.

Depuis la vague d'attentats qui frappe des personnalités antisyriennes, des dizaines de députés de la majorité s'exilent à l'étranger ou ont renforcé leur sécurité.

Antoine Ghanem n'était d'ailleurs revenu au Liban que depuis deux jours lorsqu'il a été assassiné. Il se trouvait aux Émirats arabes unis depuis deux mois. Il voyageait d'ailleurs dans un véhicule qui ne portait pas l'immatriculation réservée aux parlementaires pour plus de discrétion.

Le premier ministre Siniora a par ailleurs demandé au Nations unies d'élargir le mandat de sa commission d'enquête sur l'assassinat de Rafic Hariri afin que le meurtre d'Antoine Ghanem y soit inclus.

Aucun thème sélectionné