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Bagdad veut revoir le statut des mercenaires

La présence de dizaines de milliers de mercenaires sur le sol irakien sera reconsidérée par le gouvernement irakien après un incident au cours duquel des soldats privés américains ont abattu plusieurs civils.

Le gouvernement irakien ne décolère pas, deux jours après qu'une fusillade impliquant des mercenaires américains eut fait sept morts et de nombreux blessés en plein coeur de Bagdad.

En effet, selon un porte-parole du gouvernement irakien, le premier ministre Nouri Al-Maliki compte « reconsidérer, en conformité avec la loi, les activités de toutes les sociétés de sécurité étrangères et irakiennes opérant en Irak ».

Déjà, Bagdad a annoncé qu'elle comptait retirer à la société Blackwater, impliquée dans l'incident de dimanche, son permis de pratique. Cette décision pourrait nettement compliquer la tâche de centaines de fonctionnaires et de hauts responsables américains qui dépendent des mercenaires de Blackwater pour assurer leur protection en Irak.

Il semblerait cependant que les responsables de Blackwater n'ont toujours rien reçu du gouvernement irakien et que des discussions sont actuellement en cours, à Bagdad, entre l'Irak et les États-Unis pour trouver une solution à la crise.

La secrétaire d'État américaine, Condoleezza Rice, qui compte largement sur les employés de Blackwater pour servir de garde du corps à ses fonctionnaires en mission, a personnellement contacté le premier ministre Al-Maliki pour lui présenter les regrets du gouvernement américain.

Lundi, le ministère irakien de l'Intérieur a promis d'ouvrir une enquête criminelle contre les responsables de la tuerie.

Plusieurs témoins ont rapporté à la presse que des mercenaires chargés d'assurer la sécurité d'un convoi de fonctionnaires américains ont ouvert le feu à l'aveuglette après avoir été visés par deux obus de mortier. Outre les sept Irakiens tués dans la fusillade, 13 personnes ont été blessées par balle.

De tels incidents sont de plus en plus fréquents et font ressortir le vide juridique tout autour d'une force de mercenaires qui compte en Irak des dizaines de milliers de combattants.

Des combattants au-dessus des lois

En effet, les compagnies privées de sécurité, qui emploie des dizaines de milliers de mercenaires souvent mieux équipés que les soldats américains, bénéficient en Irak d'une immunité quasi complète. Si les soldats américains sont soumis à un strict code de justice militaire qui les oblige à rapporter le moindre incident, les employés d'entreprise comme Blackwater, eux, ne sont régis que par des règles de conduite maison.

Ainsi, si plus de 60 militaires américains ont été traduits depuis 2003 devant la cour martiale pour le meurtre d'Irakiens, aucun mercenaire n'a été poursuivi ou inculpé pour de tels actes.

Les forces d'occupations américaines en Irak ont d'ailleurs obtenu du gouvernement irakien l'introduction d'une disposition juridique spéciale qui fait en sorte que les soldats opérant sous leur commandement, que ce soit des soldats américains ou des mercenaires sous contrat, ne peuvent être poursuivis par Bagdad pour des crimes commis dans ce pays.

Blackwater compterait sur environ un millier d'employés en Irak et aurait reçu au moins 800 millions de dollars américains en contrats de Washington. Le Pentagone a même retenu les services de mercenaires pour assurer la sécurité du général David Petraeus, le commandant des forces américaines en Irak.

La seconde force en Irak

S'il est difficile, voire impossible, d'établir avec précision le nombre de mercenaires actuellement à l'oeuvre en Irak, la plupart des observateurs s'entendent sur un chiffre avoisinant les 100 000, peut-être même 180 000 selon la BBC. Toutefois, tout comme dans l'armée américaine, une majorité de ceux-ci se consacrent à diverses tâches, allant de l'intendance à la construction d'infrastructures, qui ne sont nullement des opérations armées.

Le nombre de mercenaires impliqués dans de telles opérations en Irak, à l'heure actuelle, serait d'un peu moins de 50 000, ce qui en ferait tout de même le second plus important groupe de combattants étrangers déployés dans ce pays après l'armée américaine.

Et certains croient que leur nombre devrait augmenter sans cesse au cours des prochains mois, au fur et à mesure, que s'accroît la pression sur le gouvernement américain pour diminuer le nombre de soldats « officiels » en Irak.

Lors d'une entrevue accordée au magazine américain Mother Jones, un ancien ambassadeur américain en Colombie a expliqué que l'usage par Washington de soldats privés lui permettait de prendre part discrètement à des opérations qui, si elles impliquaient des forces gouvernementales, attireraient sur elles davantage d'attention de la population et de l'opposition américaine.

Jusqu'à présent, les compagnies privées de sécurité (CPS), un terme qu'elles préfèrent nettement à celui de mercenaires, ont reçu du gouvernement américain quelque 4 milliards de dollars américains contre leur présence en Irak. En contrepartie, comme l'a démontrée une étude du Mother Jones, ces entreprises peuvent se montrer très généreuses pour les élus américains.

Ainsi, depuis 1999, 17 des plus grandes compagnies privées de sécurité ont contribué à la hauteur de 12,4 millions de dollars dans les campagnes présidentielles et sénatoriales. En 2001 seulement, les sommes consacrées en lobbying par les 10 plus grandes CPS américaines ont dépassé, toujours selon le même magazine, les 32 millions de dollars.