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Radio-Canada
Prenez note que cet article publié en 2007 pourrait contenir des informations qui ne sont plus à jour.

Michel Labrecque et Danny Braun se sont rendus en Chine au printemps dernier pour prendre le pouls de cette grande puissance à un an des Jeux olympiques de Pékin. Comment les Chinois se préparent-ils à accueillir le monde?

La scène était surréaliste: dans une ville grise, perdue au centre de la Chine, mon collègue Danny Braun se faisait couper les cheveux par un jeune coiffeur au style ultrabranché. La présence d'un étranger était l'événement du jour ici. Le contraste entre la grisaille de la ville industrielle et la modernité colorée du salon était saisissant.

Ce n'était pas par coquetterie que Danny avait opté pour la coupe de cheveux en plein après-midi. Nous avions tenté cette manoeuvre pour déjouer la surveillance des officiels du gouvernement local, qui ne cessaient de nous coller aux talons. Danny devait les entraîner à sa suite, tandis que notre interprète et moi-même en profiterions pour partir seuls de notre côté.

La diversion a échoué, le « comité d'accueil » ayant posté de charmants représentants à toutes les entrées de notre hôtel. J'ai dû aller retrouver Danny, mais j'ai laissé tomber la coupe de cheveux.

Ce fut un des rares moments où nous nous sommes sentis surveillés durant ce périple de trois semaines en Chine. Cette surveillance était plutôt gentille et pas très efficace. Le lendemain, nous avons réussi à fausser compagnie à nos hôtes officiels et à recueillir des témoignages très francs des citoyens sur les problèmes de pollution qu'ils vivent. Même si le journalisme reste difficile à pratiquer dans ce pays autoritaire qu'est la Chine, les étrangers peuvent désormais circuler et parler aux gens plus facilement.

L'obsession olympique

Danny et moi avons séjourné au printemps dernier dans cette puissance économique émergente qui ne cesse d'évoluer et d'alimenter l'actualité de la planète, pour le meilleur et pour le pire. La radio de Radio-Canada fait régulièrement des incursions en Chine depuis trois ans pour y visiter différentes régions et aborder différents aspects de la société. Nous avons tous deux une grande expérience du reportage terrain, mais, pour Danny, c'était un premier séjour en Chine. De mon côté, c'était une quatrième visite.

Cette fois, nous avions pour mandat de voir où en était Pékin dans son énorme métamorphose à un peu plus d'un an des Jeux olympiques de 2008 et d'observer quelle importance revêtent ces Jeux pour un pays obsédé par son image à l'étranger et qui s'apprête à accueillir le monde.

Nous avons aussi voulu comprendre deux immenses problèmes de ce pays: l'énorme défi de la pollution et de l'environnement, et l'épouvantable situation dans les mines, où 15 personnes en moyenne meurent chaque jour dans des accidents de travail. Nous avons choisi comme terrain la province du Shanxi, coeur de l'industrie du charbon.

Il ressort de ces trois semaines une foule d'images fascinantes et de contradictions: à un an des Jeux, Pékin devient une ville moderne et cosmopolite. Dans certains bars, on se croirait à New York ou sur le Plateau Mont-Royal. Mais dans cette même ville, des travailleurs migrants gagnent à peine quelques dollars par jour et des promoteurs immobiliers saccagent le patrimoine historique sans que les autorités fassent respecter les lois.

Cauchemar environnemental

Les installations olympiques ont déjà fière allure et les Chinois veulent éblouir le monde par leurs réussites architecturales et sportives. Les Jeux représentent pour les Pékinois que nous avons rencontrés une sorte de sprint final vers une société meilleure. Mais il y a de nombreux revers à cette médaille.

Dans la province centrale du Shanxi, à deux heures d'avion, on est dans un autre monde: c'est un paysage dévasté par les cheminées d'usine et les montagnes noires. C'est le royaume du charbon, la source d'énergie principale de la croissance économique chinoise.

Ce charbon est autant une source de problèmes qu'une source d'énergie. Les villes du Shanxi sont asphyxiées par la pollution de l'air et le taux de maladies respiratoires et de cancers y est catastrophique. La soif de charbon suscite toutes les convoitises: des hommes d'affaires sans scrupules défient toutes les lois, souvent avec la complicité des autorités locales.

Dans les nombreuses mines illégales, des paysans travaillent dans des conditions abjectes. Des propriétaires roulent en Mercedes blanche sur des routes de terre noire, pendant que des mineurs vivent dans des bidonvilles sordides. Lorsqu'il y a des accidents, les lois sont contournées sans aucune difficulté.

Un défi à relever

Mais les Chinois sont de plus en plus conscients de ces défis. Nous avons été frappés par la franchise de nombreux citoyens du Shanxi, qui n'ont plus peur de dénoncer la pollution. Nous avons notamment rencontré un ancien policier qui défend les droits des mineurs et qui réclame de justes compensations pour les familles qui ont perdu leurs proches.

À Pékin, des gens comme Catherine Xia dénoncent la destruction systématique des ruelles uniques de la vieille ville, tout en tentant de maintenir un dialogue avec les autorités. Des environnementalistes surveillent désormais les actions ou les inactions gouvernementales.

Les autorités reconnaissent désormais les problèmes, et, encore une fois, les Jeux olympiques sont une sorte de déclencheur. À Pékin, on fait des efforts pharaoniques pour réduire la pollution. Même au Shanxi, les officiels disent que, si rien ne change, leurs villes atteindront un niveau de dégradation inacceptable. Mais il est très difficile de changer rapidement une logique de croissance économique à tout prix.

Dans nos reportages, vous ferez connaissance avec des Chinois amoureux de leur pays et avec des étrangers de chez nous ou d'ailleurs qui l'ont adopté. Rien de tout cela n'aurait été possible sans l'aide essentielle de nos fixers, les guides-interprètes chinois qui nous ont accompagnés sur le terrain et permis de déchiffrer une culture parfois encore bien différente de la nôtre. Yang-Yang, Ling Pei et Lu Bo, un grand merci à vous!

Michel Labrecque

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