•  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  

Ottawa nullement impressionné

Radio-Canada
Prenez note que cet article publié en 2007 pourrait contenir des informations qui ne sont plus à jour.

Des explorateurs russes ont plongé à 4200 mètres directement sous le pôle Nord pour y laisser un drapeau russe, une manoeuvre politico-scientifique raillée par le ministre MacKay qui y voit une tactique digne du 15e siècle.

Le ministre canadien des Affaires étrangères, Peter MacKay, a estimé, jeudi, que la mission russe au cours de laquelle des explorateurs ont planté un drapeau russe directement à la verticale du pôle Nord, est une manoeuvre digne du 15e siècle.

« Nous ne sommes plus au 15e siècle. Nous ne pouvons plus voyager à travers le monde, planter des drapeaux et proclamer que ce territoire nous appartient », a raillé le ministre MacKay, précisant que cette mission, qu'il décrit comme « un spectacle de la Russie », ne menace nullement la souveraineté canadienne dans l'Arctique.

Le premier ministre Stephen Harper a été moins cinglant que son ministre. Sans vouloir dénoncer le geste russe, M. Harper a dit ne pas trop savoir comment en évaluer la signification. Il a indiqué que cela montrait toutefois l'importance que prend l'Arctique, d'où l'importance pour le Canada d'y assurer sa souveraineté.

La semaine dernière, quelque 70 géologues russes de retour d'une longue mission scientifique dans l'Arctique ont annoncé une « sensationnelle découverte » qui prouverait qu'une chaîne de montagnes sous-marine, la dorsale de Lomonosov, relierait directement le pôle Nord au territoire russe.

Jeudi, une nouvelle équipe d'explorateurs, membres d'une ambitieuse expédition à laquelle prend part le fleuron de la flotte de navires scientifiques russes, l'Akademik Federov, et le brise-glace à propulsion nucléaire Rossiya, sont descendus à 4261 mètres sous la calotte glaciaire, directement à la verticale du pôle Nord.

Après avoir pris des échantillons de la flore et de la faune sous-marines, les occupants des deux sous-marins de poche ont largué une capsule de titane renfermant un drapeau de la fédération russe.

Ce dernier geste, très symbolique, a essentiellement pour but de renforcer les prétentions de Moscou sur un pôle Nord qui est, avec le retrait graduel de la banquise, de plus en plus intéressant économiquement.

Une dorsale très convoitée

Tout l'argumentaire russe, en fait, se base sur la géologie de la dorsale de Lomonosov, une chaîne de montagnes sous-marine qui s'étend sur 2000 kilomètres, en passant par le pôle Nord, d'îles de la Sibérie russe à l'île canadienne d'Ellesmere.

En juillet dernier, des géologues russes de retour du pôle Nord ont soutenu détenir des preuves scientifiques selon lesquelles la dorsale de Lomonosov ne serait que l'extension géologique du territoire russe. Et en vertu du droit maritime international, Moscou pourrait réclamer des droits sur les territoires sous-marins situés au-delà de 200 miles marins (près de 400 kilomètres) de sa côte s'il démontre que les fonds convoités sont une prolongation naturelle de son territoire.

Ce n'est d'ailleurs pas la première fois que Moscou tente de faire valoir ses droits sur la dorsale de Lomonosov. En 2002, la Russie avait été déboutée devant la Commission des Nations unies sur les limites continentales, les Nations unies demandant à Moscou d'apporter davantage de preuves scientifiques pour appuyer ses prétentions.

Et pendant que la Russie revendique la souveraineté du pôle Nord, des scientifiques canadiens et danois tentent de faire valoir, eux, que la dorsale de Lomonosov est plutôt la continuité de l'île canadienne d'Ellesmere ou encore du Groenland danois.

Pour Moscou, aussi bien que pour Ottawa et Copenhague, l'inclusion dans leur territoire national des vastes zones arctiques litigieuses pourrait s'avérer formidablement lucrative.

Actuellement, le droit maritime international reconnaît aux cinq nations qui possèdent des territoires à l'intérieur du cercle arctique (le Canada, les États-Unis, la Russie, la Norvège et le Danemark) une zone souveraine qui s'avance à 200 milles marins de leurs côtes respectives.

Des milliards de tonnes de pétrole et de gaz

Pendant des années, il ne s'est guère trouvé que la Russie pour faire valoir ses droits sur le point le plus septentrional du globe, la communauté internationale n'y voyant que peu d'intérêt économique. Toutefois, depuis l'épuisement d'une bonne partie des réserves mondiales de gaz et de pétrole et, surtout, depuis que la fonte de la calotte glaciaire rend le pôle Nord un peu moins hostile, c'est tout un potentiel qui se découvre peu à peu.

Les 1,2 million de kilomètres carrés litigieux renfermeraient, selon les estimations des scientifiques, au moins 9 milliards de tonnes de gaz et de pétrole. Et c'est sans compter sur le fait que ce secteur pourrait bien devenir, grâce au réchauffement climatique, l'une des principales routes maritimes internationales, une sorte de canal de Panama du Grand Nord.

En mai dernier, le président russe Vladimir Poutine affirmait qu'il comptait bien préserver « les intérêts stratégiques, économiques, scientifiques et de défenses de la Russie » dans l'Arctique. Peu après, le premier ministre canadien Stephen Harper annonçait, pour sa part, la construction prochaine, au coût de 7,5 milliards de dollars, de huit brise-glace destinés aux patrouilles dans l'Arctique canadien.

Jeudi, une autre équipe de scientifiques russes a entamé une nouvelle mission polaire dans des eaux de plus en plus convoitées.

Commentaires fermés

L’espace commentaires est fermé. Considérant la nature sensible ou légale de certains contenus, nous nous réservons le droit de désactiver les commentaires. Vous pouvez consulter nos conditions d’utilisation.