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Rapport accablant

La Commission des droits de la personne du Québec conclut que les jeunes Inuits victimes d'abus sont abandonnés. Ils ne bénéficient pas des services de protection auxquels ils ont droit.

Les enfants et les adolescents inuits qui sont victimes d'abus au Nunavik sont complètement laissés à eux-mêmes, et ils ne bénéficient pas des services de protection qu'ils sont en droit de recevoir en vertu de la Loi sur la protection de la jeunesse.

C'est ce qu'indique un rapport d'enquête de la Commission des droits de la personne et des droits de la jeunesse du Québec publié mercredi.

La conclusion de l'enquête est accablante pour les services gouvernementaux québécois. Elle révèle que les services sociaux de première ligne sont quasi inexistants, faute de personnel, et les organisations du réseau de protection de la jeunesse sont continuellement en mode de gestion de crise.

L'étude, qui a été menée durant une période de quatre ans auprès des services de la protection de la jeunesse dans la baie d'Ungava et la baie d'Hudson, fait également part des problèmes sociaux que le peuple inuit vit depuis les dernières décennies: violence familiale, consommation abusive d'alcool, toxicomanie, chômage, surpeuplement des logements et taux de suicide élevé.

Selon la Commission, cette situation fait en sorte que les moins de 18 ans, qui représentent environ la moitié de la population du Nunavik, vivent souvent dans des conditions de vie tout à fait inadaptées à leurs besoins de protection et de sécurité.

Ainsi, un nombre important d'enfants est victime de maltraitance physique, psychologique et sexuelle. En outre, 25 % des enfants nés entre 2000 et 2004 ne vivent pas avec leurs parents, mais ont été adoptés selon le mode d'adoption traditionnel, sans aucun contrôle ou soutien de l'État. Une partie d'entre eux sont fréquemment déplacés d'une famille à l'autre. Le rapport cite le cas d'un enfant qui a fait l'objet de 14 déplacements.

« L'analyse des dossiers et les entrevues réalisées nous ont permis d'apprécier une détérioration importante, une aggravation des programmes sociaux, d'où l'importance d'agir rapidement », a affirmé la vice-présidente de la Commission, Sylvie Godin.

Appel au premier ministre Charest

Devant de tels constats, la Commission a présenté 21 recommandations à l'intention des services concernés et a demandé l'intervention personnelle du premier ministre du Québec, Jean Charest, pour qu'il se saisisse du dossier et qu'il assure la coordination des actions gouvernementales. Elle a aussi lancé un appel urgent à la mobilisation de tous les membres de la communauté au Nunavik afin d'assurer la protection et la sécurité de ses enfants.

La Commission s'est engagée à faire un suivi pour évaluer la mise en oeuvre de ses recommandations dans un an.

Ce n'est pas la première fois que les piètres services sociaux donnés aux jeunes du Nunavik sont dénoncés. Deux rapports publiés en 1996 et en 1998 déploraient la consommation de drogue, les agressions physiques ou sexuelles et les nombreux suicides sur le territoire.

Réaction du ministre Pelletier

Le ministre responsable des Affaires intergouvernementales canadiennes, des Affaires autochtones et de la région du Nord-du-Québec, Benoît Pelletier, a qualifié la situation d'« horreur ». Il a affirmé que le gouvernement donnera suite, de concert avec les autorités locales, aux recommandations présentées par la Commission.

Afin d'apporter les correctifs qui s'imposent à l'application de la Loi sur la protection de la jeunesse, les accompagnateurs mandatés par le ministère de la Santé et des Services sociaux ont effectué 10 visites au Nunavik entre octobre 2005 et mai 2007, a-t-il précisé. « Cette mesure d'exception se poursuivra; elle sera dorénavant liée à une nouvelle série de mesures », a déclaré M. Pelletier.

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