•  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  

Le Canada veut donner le ton

Radio-Canada

Stephen Harper appelle la communauté internationale à adopter, pour l'après-Kyoto, une approche de réduction des gaz à effet de serre basée sur la réduction de l'intensité des émissions, ce qui soulève un tollé de l'opposition à Ottawa.

Le premier ministre du Canada, Stephen Harper, est à Berlin pour le Sommet du G8, qui s'ouvrira mercredi en Allemagne.

L'environnement devrait y tenir une place de choix, et le premier ministre entend bien jouer un rôle de premier plan dans les débats, malgré la méfiance qu'il suscite chez ses vis-à-vis européens pour avoir fait une croix sur l'atteinte des objectifs de la première phase de Kyoto.

Tandis que persistent les divergences entre l'Europe et les États-Unis sur les moyens à prendre pour lutter contre les changements climatiques, le premier ministre canadien a tenté de se poser en conciliateur entre les deux parties.

Dans un discours devant la Chambre de commerce canado-allemande à Berlin, M. Harper a appelé les pays à s'entendre rapidement sur les suites à donner au protocole de Kyoto, lorsqu'il viendra à échéance, en 2012. Pour ce faire, M. Harper a esquissé des pistes de solution qui, selon lui, permettraient de rassembler tous les pays.

Ainsi, selon le premier ministre, tout plan international, pour rallier un consensus et être plus efficace, devrait se baser « sur les points de départ [d'émissions de GES] et des circonstances propres à chaque pays », tout en obligeant les pays à atteindre des objectifs « absolus et ambitieux » de réduction de GES.

Changement de ton

Le premier ministre affirme pour la première fois que les pays qui n'ont pas ratifié Kyoto, comme les États-Unis, doivent avoir des objectifs précis et contraignants. Rappelons que les États-Unis proposent de fixer des cibles non contraignantes.

M. Harper est même allé jusqu'à appuyer la position allemande, qui veut réduire de 50 % les émissions de GES d'ici 2050. Toutefois, s'éloignant de la position européenne, il a pris bien soin de préciser que toute action devait inclure les pays qui émettent le plus de GES et qui n'ont pas ratifié Kyoto, ce qui comprend, outre les États-Unis, la Chine et l'Inde.

Comme il se positionne entre l'Europe et les États-Unis, plusieurs pensent que le premier ministre cherche ainsi à éviter de se retrouver isolé à la fin de la conférence, alors que son propre plan vert est de plus en plus contesté, tant au Canada qu'ailleurs.

Stephen Harper soutient qu'au contraire, le plan du Canada est viable et qu'il pourrait même servir d'exemple pour parvenir à une entente mondiale, car il se base sur la réduction de l'intensité des émissions de GES et n'empêche donc pas l'expansion industrielle, notamment le secteur pétrolier.

L'opposition en colère

À Ottawa, les partis d'oppositions sont unanimes à décrier le plan de réduction des GES proposé aux pays du G8. Ils estiment qu'il comporte la même erreur fondamentale que celle contenue dans le plan vert du gouvernement, soit de privilégier une réduction de l'intensité des émissions plutôt qu'une réduction absolue. Une telle approche laisse le champ libre à une augmentation de la pollution, dénoncent-ils.

« Seulement un leader faible proposerait ce chemin défaitiste », a lancé le leader parlementaire de l'opposition officielle, Michael Ignatieff.

Pas plus les libéraux que les bloquistes et les néo-démocrates ne semblent croire possible d'atteindre une réduction de moitié des GES d'ici 2050 avec une telle approche.

De leur côté, les groupes environnementalistes dénoncent aussi les propos du premier ministre. En conférence de presse, la porte-parole de l'Organisation mondiale de défense de l'environnement (WWF), Julia Langer, a qualifié la sortie de Stephen Harper d'« embarrassante », l'accusant de tenter de « vendre quelque chose qui ne marche pas ».

Pour l'Institut Pembina, un groupe de réflexion sur l'environnement, le plan du gouvernement est rempli de failles, de sorte que même modestes, ses cibles ne pourront pas être atteintes.

Mardi, M. Harper s'entretiendra à Paris avec le nouveau président français. Stephen Harper et Nicolas Sarkozy profiteront de cette première rencontre à l'Élysée pour échanger sur le sommet du G8.

Le sommet du G8 se tient à Heiligendamm, du 6 au 8 juin.