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Sur le web

Radio-Canada

Incontournable. Pour les politiciens, le web est devenu un média avec lequel il faut composer. En période électorale, c'est une vérité encore plus criante, notamment en France, sans contredit l'un des pays où la blogosphère est la plus active. Si au Québec, il y a quelques semaines, la campagne sur le web a fait ses premiers pas, dans l'Hexagone, où le nombre d'internautes atteint 27 millions, la deuxième génération du web est à l'honneur, et le virage du triple w est engagé à la vitesse grand V. Le bassin de population et les moyens financiers sont supérieurs, faut-il préciser...

« L'influence du web sur la campagne présidentielle est difficile à mesurer, nous dit en entrevue Benoît Raphaël, journaliste au Dauphiné libéré et également blogueur. « Je ne sais pas si Internet révolutionne la campagne présidentielle, dit-il. J'ai plutôt l'impression que c'est la campagne présidentielle qui est en train de révolutionner Internet. »

Le journaliste, responsable de Quelcandidat.com, une section que sa rédaction a lancé à l'occasion de cette campagne, dit y observer « que les internautes français ont un vrai besoin de s'informer, de s'approprier le débat, et, donc, de prendre la parole. » Restreints depuis des années à suivre le débat à la télévision sans pouvoir y participer, les citoyens ont l'impression qu'on leur a « un peu volé la parole », croit-il. Selon lui, Internet leur sert un peu de contrepoids et d'exutoire.

Les candidats et Internet

Sections utilisant Google Maps pour montrer les cartes géographiques d'événements ou de supporters, YouTube (site de partage de vidéos) et son pendant français Dailymotion, Flickr (site de partage de photos), espace personnel sur MySpace: on est souvent loin de la banale retranscription des communiqués du jour ou de la simple mise en valeur de la plateforme électorale lorsqu'on navigue sur les sites des candidats.

« C'est assez inégal en fait, commente M. Raphaël. Vous avez des candidats qui sont très web. Et après, vous avez des candidats qui sont plus ou moins doués. »

Parmi les meneurs, le site Désirs d'avenir de Ségolène Royal propose des clavardages quotidiens, sollicite la « communauté des e-créateurs », chargée d'illustrer la campagne sur le Net, et a un « Segoland », carte qui situe les blogues géographiquement. « Son site revendique 50 000 visiteurs uniques par jour et propose aussi énormément de débats », fait remarquer le journaliste.

François Bayrou a sa WebTV, Nicolas Sarkozy (de l'UMP) a sa NSTV, qui regroupe plusieurs dizaines de vidéos regroupées par thèmes, dont une section « Questions », auxquelles répond par vidéo le candidat. Autre façon de répondre aux questions des électeurs ou des militants: la section Debat-Sarkozy.fr, où Nicolas Sarkozy ou un membre de son équipe répond à une question par jour qui a été soumise par les internautes.

« Internet, finalement, est un espèce de faux rapport direct avec l'électeur, où on peut se passer des journalistes, note M. Raphaël. C'est peut-être aussi une des raisons pour lesquelles les politiques ont surinvesti sur Internet, se disant si je suis maltraité par les médias, au moins, par Internet, j'ai un lien direct avec les électeurs »!

Cela dit, le site du candidat de l'UMP se démarque vraiment. « Sarkozy, aidé de Loïc Lemeur, un des blogueurs les plus lus en France, a pu mettre en place une véritable machine de guerre sur Internet, commente M. Raphaël. Mais le personnage Sarkozy n'est pas forcément celui qui est le plus sur le web ».

« Le plus internaute des candidats » est sans doute François Bayrou, juge-t-il. « Très tôt, il s'est investi dans Internet. C'est le premier vraiment à avoir eu une démarche web en disant qu'Internet, c'est la démocratie et qu'il faut utiliser ce moyen de débat. François Bayrou plaît d'ailleurs beaucoup aux internautes, remarque-t-il à la lumière des sondages faits sur le web.

Quand les candidats ont une deuxième vie...

Cerise sur le sundae du www: les militants de certains candidats peuvent se donner rendez-vous sur... Second Life, un monde virtuel où peuvent évoluer les internautes. Premier parti à le faire, le Front national de Jean-Marie Le Pen y a ouvert un quartier général (« QG », comme disent les Français), suivi par Ségolène Royal et par Nicolas Sarkozy, qui après avoir exprimé des réticences, y a créé son île... Quatre autres candidats y ont aussi établi le leur: François Bayrou, Marie-George Buffet, José Bové et Dominique Voynet. Leurs équipes organisent même des débats... auxquels participent les militants des partis adverses!

Les manifestations se sont elles aussi transportées dans ce monde virtuel, où des opposants à Jean-Marie Le Pen se sont massés devant son QG, brandissant des pancartes... Un site comme Écrans, du quotidien Libération, y a même dépêché un envoyé spécial. Cela n'arrête pas là: par exemple, l'association Les Humains associés possède également une île virtuelle, L'île verte, où sont organisés des événements spéciaux. « Par exemple, nous a dit cette semaine Natacha Quester-Simeon, on organise une conférence sur le « néthique » avec le responsable de la netcampagne de Ségolène Royal, qui va venir dans Second Life. On diffuse la conférence en stream vidéo et en stream audio, on a un écran dans Second Life, que voient les avatars [des personnages virtuels créés par les internautes] et ils peuvent poser des questions au conférencier en temps réel. On en fait une deuxième cette semaine avec le responsable de l'UMP. La semaine passée, c'était avec Quitterie Delmas, de l'UDF. »

La blogosphère

Quant à la blogosphère, elle se distingue par son dynamisme et sa diversité: parmi les sites de politiciens ou de journalistes, cybermilitants et citoyens engagés multiplient eux aussi les commentaires et les analyses.

Ils n'offrent pas tous la même qualité, mais plusieurs, maintenant reconnus, se démarquent. Quelques exemples: les Nicolas Vanbremeersch (Versac), Loïc Lemeur (un des blogueurs français les plus lus, il soutient Nicolas Sarkozy) ou Nicolas Voisin, pour ne citer qu'eux, sont devenus pour plusieurs des incontournables des blogophiles français.

Preuve de leur influence, plusieurs blogueurs sont même officiellement invités aux points de presse des candidats! Signe des temps, le portail MSN a créé une section, Le blog de la chaîne présidentielle, qui met à la disposition de certains blogueurs un espace pour écrire des billets consacrés à la campagne jusqu'au premier tour, pendant une semaine chacun. En prévision de sa soirée électorale, lors du premier tour, la chaîne France 24 a même invité des blogueurs.

L'avis d'un blogueur franco-québécois

Le blogueur Philippe Martin (Nouvelle fenêtre) navigue sur les sites des grands quotidiens, mais il aime consulter des sites plus alternatifs, qui lui permettent de suivre à distance ce qui se dit, d'un bout à l'autre du spectre politique. Il apprécie particulièrement le média citoyen AgoraVox, nous explique-t-il, parce qu'il « offre une bonne synthèse des billets publiés sur la campagne présidentielle »; le vlogue de Nicolas Voisin Politic'Show, autre bon exemple de journalisme citoyen; la télé sur le web LaTéléLibre.fr; Quelcandidat.com, une section spéciale du quotidien Le Dauphiné libéré (voir plus bas) pour son interactivité; le blogue de Netpolitique; et enfin, le blogue du journaliste de 20 minutes Guy Birenbaum, pour ses éditoriaux.

Du côté des blogueurs « indépendants », le choix est difficile pour Philippe Martin, mais il apprécie particulièrement Quitterie Delmas, Jean Veronis, Agnès Maillard, Clémentine Autain, Nicolas Vanbremeersch (Versac), Laurent Gloaguen (Embruns), qui est tout simplement « sans pitié et qui se fout de la gueule de tout le monde! »

Initiative qui ne manque pas d'originalité, le site La campagne à vélo, du reporter Raphael Krafft, qui parcourt son pays à bicyclette pour offrir « un récit de voyage dans une France qui va voter ». Domicilié sur le site du quotidien Libération, le blogue Nos voisins nous ont à l'oeil, qui réunit quatre blogueurs européens de cafebabel.com, offre un regard allemand, espagnol et italien sur la campagne présidentielle.

Et, pour ceux qui croient aux revenants, François Mitterrand livre ses réflexions sur la campagne. Pour les plus sceptiques, disons alors qu'un blogueur s'amuse à écrire au nom de l'ancien président socialiste...

Cela dit, les blogueurs exercent-ils un impact réel au cours de cette campagne? La blogueuse Natacha Quester-Simeon, qui nous a accordé une entrevue, semble sceptique. « Il y a plus eu des choses impromptues, mais je pense qu'on peut dire qu'on en attendait plus du Net. Dans les QG de campagne, il y a un timing, un agenda mis en place par les équipes de communication des partis, avec un rythme précis et, en même temps, il y a le rythme des médias. Le Net aurait pu troubler ce jeu habituel, organisé, en interrompant le flot normal de la campagne. Ce n'est pas beaucoup arrivé. Certaines vidéos diffusées sur le site Dailymotion, comme une vidéo de Ségolène Royal juste avant les primaires socialistes, ont eu un impact réel, mais ce ne sont pas des blogueurs qui ont bousculé la campagne. »

« Les blogues en France sont très liés à des personnalités et sont très individualistes, poursuit-elle. Il n'y a pas encore une vraie cohésion. Je pense qu'on ne pourrait même pas dire qu'il y a une blogosphère. Dans son blogue, Francis Pisani propose un nouveau terme: « blogalaxie ». Je pense que ça correspond plus à la réalité qu'une « blogosphère » qui a une unité.

La campagne en vidéos

Blogues vidéos (vlogues), web-télés, podcasts... « On a vu apparaître au cours de cette campagne de nouveaux médias, des citoyens qui se sont improvisés journalistes, souvent avec talent, commente Benoît Raphaël, qui aime particulièrement les reportages de Nicolas Voisin. Avec son Politic'Show, celui-ci réalise des entrevues d'une heure ou deux avec certains des candidats présidentiels. « Je trouve ça intéressant parce qu'on a quelqu'un qui n'est pas du tout professionnel qui s'improvise journaliste et qui finalement donne beaucoup de leçons de journalisme. »

Karlzero.tv, sur lequel d'autres internautes peuvent poster des vidéos, ou LaTéléLibre.fr, de l'ancien journaliste John Paul Lepers, sont eux aussi reconnus.

Il y a aussi un site comme Mémoire Vive , des frère et soeur Sacha et Natacha Quester-Simeon. La blogueuse (aussi derrière le site Les Humains associés) précise que toutes ses entrevues vidéos sont réalisées grâce à la technologie du téléphone cellulaire, sans montage. « Récemment, on a même commencé à faire du blogue vidéo en temps réel, lors de certains événements politiques. »

Il faut également mentionner le site iPol, qui se définit comme un « magazine politique tout en images », réalisé par des journalistes et des professionnels de l'audiovisuel.

Moins connu mais coloré, Camille dans l'isoloir: le réalisateur Samuel Tasinaje pose sa caméra sur sa voisine, une dame de 99 ans qui livre ses commentaires quotidiens.

Le site Votez 100 jours propose de son côté autant de documentaires sur des enjeux de la campagne.

Impossible de passer sous silence Dailymotion et YouTube, qui reprennent des reportages ou entrevues télévisés, des vidéos de campagne... sans oublier des vidéos controversées, comme celle ayant capté Ségolène Royal à Sciences Po, à Paris, proposant que les professeurs soient présents 35 heures à l'école, ce qui avait suscité un tollé.

L'article se continue sur la page suivante: Quelques initiatives dignes de mention; Médias citoyens et médias traditionnels; Le grand débat qui n'a pas eu lieu; Le combat sur le web; Un peu d'humour... et Vers une démocratie 2.0?

Vous trouverez les hyperliens des sites mentionnés, de même que ceux d'autres sites, dans la section Hyperliens.

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