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La revanche des régions

Radio-Canada

La vague de fond adéquiste pressentie par les observateurs tout au long de la campagne s'est finalement concrétisée, hier soir, redessinant du coup la carte politique québécoise et ébranlant libéraux et péquistes.

Au terme d'une soirée électorale riche en rebondissements, les libéraux de Jean Charest se retrouvent à la tête d'un gouvernement minoritaire et très affaibli, qui a perdu plus de 13 points par rapport aux élections de 2003.

Pour les péquistes, le portrait est encore plus sombre. La formation indépendantiste a non seulement connu ses pires résultats depuis 1970, mais elle se retrouve maintenant reléguée au troisième rang, laissant l'opposition officielle à la formation de Mario Dumont.

En fait, la carte politique de la province a été profondément altérée, marquant avec plus d'insistance encore le fossé qui semble séparer depuis fort longtemps Montréal du reste du Québec.

L'Action démocratique, que les analystes ne croyaient destinée qu'aux régions traditionnellement plus conservatrices et plus à droite, comme la région de la Capitale-Nationale ou encore la Beauce, a littéralement balayé le 450.

Lanaudière, ancien château fort péquiste, a vu 5 circonscriptions sur 8 tomber aux mains des adéquistes; dans les Laurentides, c'est 5 circonscriptions sur 6 qui sont aujourd'hui du côté de l'ADQ; en Montérégie, sur la Rive-Sud de Montréal, les citoyens de 8 circonscriptions sur 21 ont choisi de faire confiance à Mario Dumont.

Ailleurs au Québec, les gains adéquistes sont tout aussi considérables, la formation de droite remportant 7 des 9 circonscriptions de la Mauricie et du Centre-du-Québec. Dans Chaudière-Appalaches et dans la région de la Capitale-Nationale, 15 circonscriptions sur 19 se retrouvent, sans grande surprise, dans le giron adéquiste.

Un jugement sévère pour Jean Charest

« Les Québécois ont décidé d'écrire une page d'histoire ce soir. J'accepte ce défi, a lancé Jean Charest dans son discours prononcé devant les militants libéraux de sa circonscription de Sherbrooke. Nous serons dignes de cette confiance. »

Le chef libéral a reconnu qu'il devra continuer à diriger le Québec, mais avec une forte opposition. « Nous travaillerons avec tous les partis pour donner aux Québécois un Parlement stable. C'est un grand défi de cohésion », a-t-il ajouté.

Par contre, jamais je ne baisserai les bras.

Jean Charest

Selon lui, le Québec entre dans une ère nouvelle. Et M. Charest a promis que le Parti libéral et lui-même devront en tirer des enseignements. « Le Québec est divisé, et il appartiendra aux élus de refaire l'unité », a-t-il dit, soulignant que cela exigerait de la maturité et un sens du devoir.

Le « début d'un temps nouveau » pour Mario Dumont

Auréolé d'un succès inespéré, le leader du Parti démocratique du Québec (ADQ), Mario Dumont, a été manifestement ravi de la performance de son parti.

Lors d'une allocution devant ses militants à Rivière-du-Loup, M. Dumont, après avoir remercié tous ceux qui ont contribué à la spectaculaire percée de l'ADQ, a parlé de « victoire historique » qu'il attribue à tous ceux qui désirent un réel changement.

Les Québécois ont écrit une page d'histoire.

Mario Dumont

Pour le chef adéquiste, il s'agit maintenant de « bâtir la nouvelle voix politique », car dans cette victoire il entend « un cri du coeur ». Il est convaincu que « les résultats marquent le début d'un temps nouveau pour le Québec » et que « le vote exprime un profond désir de changement ».

Mario Dumont estime que les Québécois veulent « un bon gouvernement qui s'occupe de la vie quotidienne des gens ». Mieux, il a décrit l'issue de cette élection comme une nouvelle « page d'histoire » tournée par les Québécois.

S'adressant à ceux qui lui ont fait confiance, le leader de l'ADQ a assuré que « la famille, la classe moyenne et les aînés trouveront leur compte », et il a d'emblée promis de réclamer une enquête sur les conditions de vie des personnes âgées.

Enfin, Mario Dumont, dont le parti « vient de franchir une victoire historique », a donné rendez-vous à ses militants pour une prochaine étape.

André Boisclair abattu

C'est un André Boisclair visiblement assommé qui s'est présenté devant les militants du Parti québécois, à Montréal, lundi soir.

« Les Québécois souhaitent être écoutés », a-t-il déclaré en parlant de ce premier gouvernement minoritaire, libéral, depuis 1878 au Québec. « Il nous faut gouverner d'une autre façon », a-t-il résumé, ajoutant que la nouvelle Assemblée nationale serait « en toute circonstance, sous haute surveillance. »

« Quelques sièges uniquement nous séparent du pouvoir », a ajouté le chef péquiste, dont le leadership au sein de son parti a souvent été remis en question depuis son accession à la tête du PQ, le 15 novembre 2005.

M. Boisclair a d'abord remercié, trois fois plutôt qu'une, les militants péquistes pour leur appui. Il a aussi remercié chacun des électeurs s'étant déplacé pour aller voter, avec un salut spécial à ceux de sa circonscription de Pointe-aux-Trembles. Selon le chef péquiste, le PQ a mené une campagne responsable et a misé sur la confiance.

M. Boisclair a aussi lancé un appel à poursuivre le combat souverainiste pour les familles, les entrepreneurs, ainsi que les milieux syndicaux et communautaires. « Pour honorer ces gens qui croient que nous pouvons, chez nous, encore parler avec fierté de notre originalité, de notre distinction, de notre force », a dit M. Boisclair. « Ces flammes ne sont pas éteintes, même si elles brillent moins », a-t-il ajouté.

Il a conclu par un appel aux souverainistes qui ressemblait au « à la prochaine fois » de René Lévesque, après la défaite référendaire de 1980. « Nous sommes des millions à avoir ces rêves et ces projets. Bientôt, nous nous reverrons », a dit André Boisclair.

Ministres libéraux réélus:

  • Jacques Dupuis dans Saint-Laurent
  • Lawrence S. Bergman dans D'Arcy-McGee
  • Yvan Marcoux dans Vaudreuil
  • Nathalie Normandeau dans Bonaventure
  • Lise Thériault dans Anjou
  • Monique Jérôme-Forget dans Marguerite-Bourgeoys
  • Yvon Vallières dans Richmond
  • Julie Boulet dans Laviolette
  • Geoffrey Kelley dans Jacques-Cartier
  • Raymond Bachand dans Outremont
  • Laurent Lessard dans Frontenac
  • Henri-François Gautrin dans Verdun
  • Philippe Couillard dans Jean-Talon
  • Monique Gagnon-Tremblay dans Saint-François
  • Line Beauchamp dans Bourassa-Sauvé
  • Jean-Marc Fournier dans Châteauguay
  • Claude Béchard dans Kamouraska-Témiscouata
  • Michelle Courchesne dans Fabre
  • Benoît Pelletier dans Chapleau

Les ministres Pierre Corbeil dans Abitibi-Est, Michel Després dans Jean-Lesage, Françoise Gauthier dans Jonquière et Carole Théberge dans Lévis n'ont pas réussi à se faire réélire.