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Boisclair prête main-forte à Philpot

Radio-Canada

Le chef péquiste a défendu son candidat Robin Philpot qui s'est retrouvé au milieu d'une controverse sur ses écrits traitant du génocide au Rwanda et dans lesquels il aurait, selon La Presse, minimisé cette tragédie.

C'était au tour d'André Boisclair, en ce 16e jour de campagne, de voler au secours d'un de ses candidats, Robin Philpot, pris au milieu d'une controverse sur ses écrits en lien avec le génocide rwandais de 1994. Il est notamment accusé d'avoir minimisé cette tragédie.

Le chef du Parti québécois (PQ) s'en est pris au quotidien La Presse, dont la manchette de jeudi affirmait: « Un candidat du PQ nie le génocide rwandais ». Il a qualifié ce titre de « trompeur ».

M. Boisclair s'est montré « très satisfait des explications » fournies par son candidat dans Saint-Henri-Sainte-Anne, et a dit considérer le dossier comme clos.

Il s'est interrogé par ailleurs sur le fait que cette histoire ressorte maintenant, en pleine campagne électorale, alors qu'elle est connue depuis longtemps.

M. Boisclair s'est aussi dit étonné du fait que la journée même de la parution de l'article, dans une lettre ouverte, l'anthropologue Pierre Trudel l'interpelle personnellement pour lui demander d'intervenir. « C'est une drôle de coïncidence », relève-t-il.

Selon le chef péquiste, toute la controverse est une question d'interprétation et relève d'après lui de débats entre historiens.

Robin Philpot s'explique

M. Philpot a été l'auteur d'articles sur le génocide rwandais dans les journaux. Il a aussi publié un livre, en 2003, intitulé Ça ne s'est pas passé comme ça à Kigali, dans lequel il dénonce la version officielle voulant que 800 000 Rwandais, principalement des Tutsis, ont été victimes d'un génocide aux mains des milices hutues.

En 2004, M. Philpot réaffirmait sa position en écrivant: « Je rejette catégoriquement l'utilisation abusive du terme génocide. »

En entrevue jeudi à RDI, il a nié les soupçons qui pèsent sur lui et a déclaré que « le génocide rwandais est parmi les tragédies les plus importantes du 20e siècle. »

M. Philpot affirme avoir étudié la question rwandaise pendant plus de 10 ans et soutient qu'il a toujours dit qu'il y avait bel et bien eu des massacres au Rwanda. Il a répété à plusieurs reprises qu'il n'avait jamais remis en question le génocide dans ce pays d'Afrique centrale.

Le candidat péquiste a précisé toutefois que certaines personnes peuvent abuser du terme génocide pour occulter une partie de l'histoire du Rwanda.

Indignation

En réaction à ce qui a été rapporté par le quotidien montréalais, L'Association des parents et amis des victimes du génocide au Rwanda a indiqué que la thèse défendue par M. Philpot était « une insulte à la mémoire des victimes et à la dignité des milliers de rescapés qui portent encore des séquelles physiques et psychologiques graves ». Elle lui a demandé de se retirer de la campagne électorale.

Invité à réagir sur RDI, le président de l'association, Callixte Kabayiza, s'est dit « blessé et insulté » par le fait qu'un candidat d'un parti politique québécois nie le génocide rwandais.

Il rappelle que des organisations comme l'ONU, le Tribunal pénal international pour le Rwandais ou encore Amnistie internationale ont toutes reconnu et condamné le génocide. Il note aussi que la Chambre des communes du Canada et l'Assemblée nationale du Québec avaient aussi fait de même.

M. Kabayiza fait aussi valoir qu'on imaginerait mal un candidat qui nierait l'holocauste.

S'exprimant également sur les ondes de RDI, l'anthropologue et professeur au cégep du Vieux-Montréal, Pierre Trudel, a dénoncé la position de M. Philpot. Il a indiqué que tous les faits étaient là pour qu'on puisse bien parler d'un génocide. À ses yeux, M. Philpot veut nier ce qui s'est passé en mélangeant les concepts de crimes contre l'humanité et de génocide.

Il a rappelé lui aussi que plusieurs organisations internationales, dont l'ONU, ont reconnu le génocide et que personne ne pouvait le nier.

Du pain béni pour les adversaires

Le chef libéral a réagi à la controverse en disant que cela « paraît inconcevable qu'une personne puisse nier le génocide en 2007 ». Jean Charest ajoute que « si M. Philpot persiste dans la négation de ce génocide, je pense, à mes yeux à moi, que cette personne ne devrait pas être candidate pour un parti politique. »

Le chef de l'Action démocratique du Québec a rappelé de son côté que le génocide rwandais « n'est pas un événement banal avec son million de morts. De grandes instances internationales ont tranché. Quelqu'un qui remet en question cette thèse du génocide n'est pas qu'un peu à contre-courant de la réalité. Je vais laisser André Boisclair porter un bon jugement dans ce dossier », a-t-il dit.

Pour sa part, la porte-parole de Québec solidaire estime que le candidat péquiste, dans ses déclarations, semble « minimiser les viols à répétition qui se sont produits au Rwanda. Or, c'est documenté. »

« Ce que j'ai trouvé extrêmement troublant personnellement - et en ce 8 mars, je tiens à le dire -, c'est d'avoir vu M. Philpot sur une photo tirée de son livre, où il serre la main d'un génocidaire rwandais condamné pour meurtres et pour viols », a indiqué Françoise David.

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