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La Belgique sous le choc

Radio-Canada
Prenez note que cet article publié en 2006 pourrait contenir des informations qui ne sont plus à jour.

Une émission de la RTBF annonçant la proclamation de l'indépendance de la Flandre crée une commotion non seulement dans la population, mais aussi dans la classe politique et dans les médias.

Une émission de la Radio télévision belge francophone a semé la consternation en Belgique, et principalement en Wallonie.

« Bonsoir à tous! L'heure est grave. Excusez-nous pour cette interruption. Événement exceptionnel: la Flandre va proclamer unilatéralement son indépendance. En clair, la Belgique en tant que telle n'existerait plus. »

Une citation de :François de Brigode

Il est 20 h 21. François de Brigode, le présentateur du journal télévisé de la chaîne d'État francophone, lance une « émission spéciale ». Il annonce que le cauchemar anticipé des Wallons d'expression française s'est réalisé comme le rêve de la communauté flamande: la Flandre a déclaré son indépendance. Le roi a pris la fuite et se serait réfugié dans l'ancienne colonie congolaise (République démocratique du Congo).

Rares sont les spectateurs qui ont remarqué le bandeau annonçant avant l'émission: « Ceci n'est peut-être pas une fiction ». Rares aussi sont ceux qui sont allés vérifier l'information sur les autres chaînes belges qui ont poursuivi la diffusion de leur programmation habituelle. En conséquence, 89 % des téléspectateurs francophones ont cru pendant une quarantaine de minutes que c'était la réalité.

Il faut dire que les concepteurs de l'émission avaient tout mis en branle pour qu'on y croie.

François de Brigode interrogeait en direct des journalistes de la RTBF sur le terrain, et des hommes politiques avaient accepté de jouer le jeu de la politique-fiction.

Des extraits vidéo montraient une foule de nationalistes flamands célébrant l'événement dans la rue, en réalité des images d'archives d'une célébration sportive; des figurants agitant le drapeau belge devant le palais royal.

De plus, on parlait:

  • d'avions détournés de Bruxelles vers d'autres villes belges et même allemandes;
  • d'immenses bouchons autour de Bruxelles;
  • du gouvernement réfugié dans l'Atomium;
  • d'agents de police exigeant des passeports flamands le long de la frontière.
  • de la reconnaissance du nouveau pays par les États-Unis.

Tout avait l'aspect de la réalité.

Jusqu'à 20 h 50. Quand un encart est apparu à l'écran: « Rien n'est vrai ».

Explications de la RTBF

Les responsables de la RTBF ont expliqué qu'à six mois d'une renégociation possible des pouvoirs entre néerlandophones et francophones, ils avaient voulu relancer le débat sur l'avenir du pays dans la population. Selon eux, ce sujet passionne énormément les politiciens, mais pas le grand public.

Les concepteurs de l'émission se sont inspirés du canular historique d'Orson Welles. L'acteur avait annoncé à la radio américaine, en octobre 1938, l'invasion de la Terre par des Martiens. L'annonce avait déclenché un mouvement de panique.

Réactions de la population

Les téléspectateurs francophones se sont montrés inquiets dans un premier temps.

Dans un deuxième temps, quand ils ont appris qu'il s'agissait d'un canular, ils ont pris d'assaut les lignes téléphoniques de la RTBF et son site Internet pour manifester leur colère.

Mais cette réaction n'était pas unanime.

Sur les blogues, on a salué l'audace des journalistes et loué le didactisme de leurs reportages parce qu'ils cernaient les enjeux et difficultés que provoquerait un éclatement de la Belgique.

La classe politique

La classe politique aussi bien flamande que wallonne a crié à la blague de mauvais goût. Le chef du gouvernement de la Flandre, Yves Leterme, s'est dit très fâché que la télévision publique monte les Wallons contre les Flamands.

De son côté, le chef du gouvernement de la Belgique, Guy Verhofstadt, a déclaré: « À un moment où notre pays est secoué par des volontés séparatistes, il est irresponsable et incivique de faire croire que les Flamands ont voté leur indépendance ».

Les médias

Les médias pour leur part étaient partagés au lendemain de cet exercice de réflexion, comme l'ont qualifié les responsables de la RTBF. Le quotidien populaire La Dernière Heure a dénoncé la démarche. Cette dernière a été jugée salutaire par La Libre Belgique à cause des réactions qu'elle a provoquées. Un troisième journal, Le Soir , a publié deux éditoriaux: l'un félicitant l'émission d'avoir provoqué un choc salutaire; l'autre dénonçant un procédé qualifié d'affolant de bêtise.

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