Les propriétaires veulent un moratoire
Prenez note que cet article publié en 2006 pourrait contenir des informations qui ne sont plus à jour.
La Corporation des propriétaires immobiliers du Québec demande au gouvernement de cesser de financer la construction de logements à prix modiques et de donner directement aux familles pauvres. Le FRAPRU répond que les propriétaires font fausse route.
Au moment où la Société canadienne d'hypothèques et de logement confirme que le taux d'inoccupation a augmenté dans plusieurs régions de la province, les propriétaires demandent à Québec d'imposer un moratoire sur la construction de nouveaux logements sociaux.
La Corporation des propriétaires immobiliers du Québec (CORPIQ) estime qu'il y a maintenant suffisamment de logements disponibles pour que le gouvernement cesse son initiative. « Le gouvernement a investi pour construire 10 000 logements sociaux, le point d'équilibre [du niveau d'inoccupation] est atteint. Il faut que le gouvernement se retire de ce domaine-là » soutient Luc Courtemanche, président des affaires publiques de la Corporation des propriétaires immobiliers du Québec.
Les propriétaires craignent de revivre la période creuse du début des années 90, où le taux d'inoccupation était relativement élevé, ce qui a entraîné des pertes de revenus importantes pour eux.
M. Courtemanche ajoute que si Québec veut aider les gens à faible revenu, le gouvernement devrait consacrer directement l'argent aux familles et non aux projets immobiliers.
Plus de logements inoccupés au Québec
La requête des propriétaires immobiliers survient au moment où la Société canadienne d'hypothèques et de logement (SCHL) dévoile les résultats de son enquête annuelle sur les logements locatifs.
Les chiffres de la SCHL confirment que le taux d'inoccupation a augmenté dans plusieurs régions du Québec. Dans la région de Montréal, le taux d'inoccupation a augmenté de 0,7 point pour atteindre 2,7 %. À Québec, le taux a progressé de 0,1 point pour se situer à 1,5 %. C'est dans la région de Gatineau que le taux d'inoccupation a fait le bond le plus important. D'octobre 2005 à octobre 2006, il est passé de 3,1 à 4,2 %.
La SCHL explique cette hausse du taux d'inoccupation par la faiblesse des charges de remboursement hypothécaire qui a continué d'inciter des ménages locataires québécois à accéder à la propriété. Ce facteur, conjugué aux occasions d'emploi peu nombreuses chez les jeunes, a eu pour effet de contenir la demande locative. Les achèvements de logements locatifs pour aînés ont aussi contribué à la progression des taux d'inoccupation dans certains centres du Québec.
Au Canada en général, le taux a effectué un léger repli de 0,1 point pour s'établir à 2,6 %. L'économiste en chef au Centre d'analyse de marché de la SCHL, Bob Dugan attribue cette diminution à la forte création d'emplois et la progression appréciable du revenu. Ces facteurs ont contribué à stimuler aussi bien la demande d'habitations pour propriétaire-occupant que celle de logements locatifs.
En 2006, les taux d'inoccupation les plus élevés dans les grands centres urbains ont été observés à Windsor (10,4 %), Saint-Jean (N.-B.) (6,8 %) et St. John's (T.-N.-L.) (5,1 %), et les plus bas, à Calgary (0,5 %), Victoria (0,5 %) et Vancouver (0,7 %).
Le FRAPRU s'inquiète
Le Front d'action populaire en réaménagement urbain (FRAPRU) s'est montré plutôt prudent face aux chiffres présentés par la SCHL qui confirment une augmentation du taux d'inoccupation des logements locatifs.
Selon le FRAPRU, l'augmentation du taux d'inoccupation n'aidera en rien les locataires à faible revenu puisque les logements qui sont disponibles sont habituellement ceux qui sont inabordables. « Dans la région métropolitaine de Québec, une famille qui se cherche un logement de trois pièces à coucher et qui ne peut pas payer plus que 550 dollars par mois, le taux d'inoccupation est de zéro. Alors que pour les logements de 1000 dollars ou plus le taux d'inoccupation est d'environ 5 % » dit François saillant, coordornateur au FRAPRU.
M. Saillant a aussi réagi aux demandes des propriétaires d'imposer un moratoire sur la construction de logements sociaux. Il soutient que s'il n'y avait pas eu de construction de logements à prix modiques au cours des dernières années, la situation des familles les moins bien nanties seraient catastrophique « Et c'est ce qu'on voudrait du côté de la CORPIQ, que la situation soit dramatique comme ça » dit-il.
François Saillant a aussi rejeté l'idée véhiculée par les propriétaires que Québec donne l'argent directement aux familles pauvres plutôt que d'investir dans la construction de logements. Selon lui, ces initiatives n'ont pas été concluantes dans le passé et les propriétaires en font la promotion simplement parce qu'il y a maintenant plus de logements de disponibles et qu'ils veulent les louer.
François Saillant soutient qu'il y aurait de meilleures alternatives pour les locataires à faible revenu, parmi celles-ci il mentionne notamment les coopératives d'habitation, des logements sans but lucratif et les HLM. « Il n'y a aucun HLM qui a été construit à Montréal depuis 13 ans et il y a 24 000 ménages sur les listes d'attente » conclut-il.
