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Le projet Varela, l'appel à la démocratie

Radio-Canada

En 2002, une pétition lancée par de simples citoyens demande le respect des libertés fondamentales: signée par 11 020 personnes.

Elle est déposée le 10 mai au Parlement par Osvaldo Paya, le plus connu des dissidents cubains, au nom du Movimiento cristiano Liberacion, auquel il appartient, et de la coalition Todos unidos.

La pétition tire son nom de celui d'un prêtre de l'île ayant vécu au 19e siècle, Felix Varela, grande figure du patriotisme cubain.


Une procédure bien légale

Le lancement de cette pétition a suivi une procédure légale, prévue par la Constitution cubaine. Un article de cette dernière indique en effet que l'initiative des lois n'est pas un monopole du Parlement, du Conseil d'État ou du Conseil des ministres, mais peut revenir également aux citoyens en âge de voter s'ils sont au nombre de 10 000.

La pétition Varela réclame que le peuple se prononce par référendum sur l'établissement:

  • du droit de libre association de chacun selon ses intérêts et ses idées;
  • des droits à la liberté d'expression et de la presse;
  • d'une amnistie pour tous les prisonniers politiques dont les actions n'ont pas menacé la vie d'autres personnes;
  • du droit de créer des entreprises privées;
  • du droit d'association politique;
  • d'élections libres après la mise en place de ces dispositions
  • .

    Restée marginale à Cuba, car elle est passée sous silence par le gouvernement et dans les médias officiels, la pétition Varela a très vite un grand retentissement à l'étranger. Elle reçoit un appui inattendu et, du même coup, un grand coup de publicité localement, lors de la visite de l'ancien président américain Jimmy Carter à Cuba en mai 2002. Jimmy Carter vante publiquement les mérites de la pétition.

    Inquiet des velléités libertaires des signataires de la pétition Varela, le Lider Maximo décide de conforter son pouvoir et de « boucler » la Constitution. Au printemps 2002, il soumet au référendum sa première riposte au projet Varela: inscrire de façon irrévocable le socialisme, qu'il estimait menacé, dans la Constitution cubaine.

    Une vaste vague d'intimidation et de propagande, à coups de manifestations populaires obligatoires, accompagne la campagne référendaire. Le peuple approuve massivement le texte. En tout, 8 millions de Cubains, dont les signataires du projet Varela, signent la pétition lancée par Fidel Castro lui-même. Le Parlement peut ainsi déclarer le socialisme « irrévocable ».

    Quelques jours après, l'Assemblée nationale cubaine rejette le projet Varela, invoquant son caractère inconstitutionnel.

    Après une rafle spectaculaire d'arrestations, en mars, et une série de procès expéditifs dont les jugements ont été rendus du 3 au 5 avril 2003, les autorités condamnent à de très lourdes peines de prison les opposants (dont une cinquantaine étaient à l'origine du projet Varela), mettant ainsi fin à tout espoir de démocratisation du régime castriste.

    Durant les procès, ni la presse internationale ni les diplomates étrangers en poste à La Havane n'ont accès aux salles d'audience.

    Au total, 75 opposants, dont 24 journalistes, écopent de 6 à 28 ans d'enfermement. Ils sont accusés d'avoir porté atteinte à la sécurité de l'État et sont qualifiés de « mercenaires qui ont trahi leur pays pour les privilèges ou l'argent des États-Unis ».