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Fidel Castro, l'homme

Radio-Canada

Impossible de dissocier Fidel Castro de l'histoire du pays qu'il a dirigé pendant près d'un demi-siècle. Mais qu'en est-il de l'homme derrière le dirigeant? Portrait d'une figure marquante du 20e siècle, un dirigeant controversé, mais incontournable. 

Impossible de dissocier Fidel Castro de l'histoire du pays qu'il a dirigé pendant près d'un demi-siècle. Mais qu'en est-il de l'homme derrière le dirigeant? Portrait d'une figure marquante du 20e siècle, un dirigeant controversé, mais incontournable. 

Je comprends maintenant que mon destin n'était pas de venir au monde pour me reposer à la fin de ma vie.

Fidel Castro, mars 2003

Sa jeunesse

Fidel Castro (haut, centre) et Raul Castro (bas) en 1957 durant la guerre de guérilla menée contre le dictateur cubain Fulgencio Bastista.Fidel Castro (haut, centre) et Raul Castro (bas) en 1957 durant la guerre de guérilla menée contre le dictateur cubain Fulgencio Bastista. Photo : AFP / ARCHIVO BOHEMIA

Fidel Castro Ruz naît le 13 août 1926 à Biran, dans la province d'Oriente. Fils d'Angel Castro Argo, grand propriétaire terrien originaire d'Espagne, et de Lina Ruz Gonzalez, il a cinq frères et soeurs ainsi qu'une demi-soeur et un demi-frère.

Comme tout fils de bonne famille, il est envoyé chez les jésuites de l'île. En 1942, il entre au collège de Belén à La Havane. On parle de lui comme d'un élève brillant, qui veut à tout prix être à l'avant-scène.

En 1945, il obtient son « bachielerato ». Il entre ensuite à la faculté de droit de la capitale, où il se plonge ardemment dans la politique. Il se joint au groupe de militants pour la justice sociale, les « Manicatos » (les Vaillants), et commence à dénoncer les injustices. En 1947, il fonde le Parti orthodoxe pour appuyer la population havanaise dans ses revendications touchant le coût de la vie.

En 1949, il part à Bogota comme délégué de la Fédération des étudiants universitaires pour l'Assemblée interaméricaine. À la suite de l'assassinat d'un politicien libéral, le peuple se soulève. Castro participe au mouvement. Cette même année, après avoir obtenu trois doctorats en droit, il quitte l'université et ouvre un cabinet d'avocat à La Havane. Il se consacrera à la défense des pauvres.

Père, amant et mari

Entrée triomphale de Fidel Castro à Cienfuegos, 4 janvier 1959Entrée triomphale de Fidel Castro à Cienfuegos, 4 janvier 1959 Photo : AFP / Prensa Latina

En 1948, il épouse Mirta Diaz-Balart, fille d'une famille puissante liée à la dictature de Batista. Il a alors 22 ans. Ils auront un fils, Fidelito, seul enfant légitime de Fidel Castro. Le couple divorce en 1955, alors que le jeune révolutionnaire est emprisonné. Castro obtiendra la garde de leur fils, dont il s'occupera avec constance, l'envoyant dans les meilleures écoles et l'emmenant en voyage avec lui.

En 1956, sa maîtresse Natalia Revuelta, une bourgeoise dont il est tombé amoureux quatre ans plus tôt, accouche de leur fille, Alina. (Après avoir accusé son père de la séquestrer, elle s'exilera en Espagne en 1993.)

Avec sa compagne depuis 1961, Dalia Soto des Valle, Castro a cinq autres fils: Alexis, Alexander, Alejandro, Antonio et Angel. Le couple ne fera toutefois vie commune qu'en 1980, après la mort de Celia Sanchez, conseillère et proche confidente de Castro. Par la suite, Castro démentira les rumeurs de leur mariage.

Fidel Castro a multiplié les conquêtes. Plusieurs femmes occidentales ont affirmé avoir eu un enfant de lui.

Un homme de paroles

Le premier ministre canadien Pierre Elliott Trudeau rencontre Fidel Castro lors d'une visite à La Havane en 1976Le premier ministre canadien Pierre Elliott Trudeau rencontre Fidel Castro lors d'une visite à La Havane en 1976 Photo : La Presse canadienne / FRED CHARTRAND

Tout jeune, déjà, il déclamait des textes appris par coeur devant sa glace. Castro ne prise guère la parole écrite; il lui préfère nettement l'expression orale. Ses grands discours ont marqué les étapes importantes de la révolution cubaine. Ils sont pratiquement toujours prononcés en public, plutôt que seulement télévisés.

Depuis ses débuts comme révolutionnaire, Castro a prononcé un nombre incalculable de discours, souvent longs de plus de cinq heures. Certaines estimations rapportées par l'un de ses biographes donnaient, en 1985, plus de 2500 discours, un chiffre qui excluait les allocutions de moindre importance.

Épris de contradiction et de paradoxe, Castro aime défendre une théorie pour mieux la détruire ensuite, dans ses discours interminables ou avec des amis.

Il vit assez modestement, même à l'échelle cubaine, et a même un mode de vie à la spartiate... à part peut-être son amour des femmes et de la gastronomie. En 2006, le magazine américain Forbes a évalué sa fortune à 900 millions de dollars américains. Piqué au vif, Castro a déclaré à la télévision qu'il démissionnerait si les États-Unis donnaient la preuve de ces allégations. La preuve n'a d'ailleurs jamais été faite.

C'est un bourreau de travail, qui a besoin de très peu de sommeil. Noctambule, il réunit souvent ses hommes de confiance jusqu'au petit matin.

Fidel Castro en 1974, fumant le cigareFidel Castro en 1974, fumant le cigare Photo : La Presse canadienne / AP

C'est un boulimique de lectures et d'informations de toutes les origines. Fervent admirateur d'Ernest Hemingway, il a dit regretter de ne pas l'avoir fréquenté avant son suicide, le 2 juillet 1961. Fidel Castro était aussi avide de plongée sous-marine et d'autres sports.

Lui qui arborait le cigare comme un symbole de sa puissance a cessé de fumer au milieu des années 80. Mais sur le plan vestimentaire, il est resté un adepte de l'uniforme.

Colérique et imprévisible

Ses proches le décrivent comme un personnage extrêmement imprévisible et colérique. Son caractère est à l'origine de certaines décisions jugées arbitraires (renvoi de conseillers proches par exemple). Selon son biographe, Tad Szulc, l'impétuosité de Castro est à la source du manque de cohérence de certaines de ses lignes politiques, en particulier dans le domaine économique. Bien qu'il ait tenté d'adopter le modèle soviétique de plans quinquennaux alors que les relations entre les deux puissances étaient étroites, Castro n'a pu supporter de s'en tenir à ce plan trop rigide et prévisible. Il préférait improviser, changer en cours de route.

Le Lider maximo déteste partager le pouvoir. C'est un véritable autocrate qui, au fil des années, a plus ou moins tout rassemblé dans son giron. Par contre, il était rarement seul. Une cour fluctuante de proches ou de conseillers le suit sans cesse. Mais selon ceux qui l'ont côtoyé, il émane de lui une impression de solitude. La plupart de ses amis proches des premières années sont morts. Malgré les années de lutte commune, il n'est pas très intime avec son frère Raul.

Une santé en déclin

À la fin des années 1990, Castro montre des signes d'essoufflement. En 1997, des rumeurs sur son état de santé ont commencé à circuler, mais le Lider maximo a voulu y mettre un terme en se montrant plus que jamais en public.

Le 23 juin 2001, pour la première fois depuis son entrée au pouvoir, Fidel Castro est victime d'un malaise pendant un discours prononcé devant près de 60 000 personnes. Trois ans plus tard, il fait une chute en descendant de l'estrade au terme d'une allocution. Il se relève aussitôt, mais sa chute a été transmise en direct à la télévision cubaine.

Fin juillet 2006, à la suite d'une hémorragie gastro-intestinale, il subit une opération qui l'éloigne « temporairement » du pouvoir.

À la suite de ce retrait, son frère, Raul Castro, âgé aujourd'hui de 81 ans, a assuré l'intérim à la tête de l'État. Il a définitivement succédé à Fidel à la présidence de Cuba deux ans plus tard.

Une photo de Fidel Castro publiée par le site Internet Cubadebate.Une photo de Fidel Castro publiée par le site Internet Cubadebate. Photo : AFP / HO

Ces dernières années, les présidents vénézuélien Hugo Chavez et bolivien Evo Morales ont visité à plusieurs reprises Castro en convalescence. Ce dernier a fait des apparitions ponctuelles à la télévision, où on le voit toujours plus affaibli, et a continué à écrire ses « Réflexions », publiées dans la presse officielle. Il aime également se servir de sa plume pour alimenter le journal officiel du Parti communiste cubain Granma, comme en 2013 lorsqu'il met en garde le régime de Pyongyang des risques d'une guerre dans la péninsule coréenne.

En 2012, année de son 86e anniversaire, Fidel Castro apparaît au mois de mars en compagnie du pape Benoît XVI, alors de passage à Cuba.

En octobre de la même année, le leader rompt son silence pour nier les rumeurs prédisant sa mort imminente. Il publie alors un article dans le Granma, où il en profite pour qualifier de « mensonges constants » les rumeurs de sa mort ou de son agonie. « Je leur offre les photos qui accompagnent cet article », ajoute-t-il, faisant allusion aux images qui le montrent debout, tenant une édition récente du journal.

En février 2013, les Cubains revoient le Lider Máximo lors des élections législatives. L'homme de 86 ans s'est rendu au bureau de vote numéro 1 de la place de la Révolution, à La Havane, où il a toujours voté jusqu'en 2006. 

Un mois plus tard, la mort du président vénézuélien Hugo Chavez, le 5 mars 2013, réussit à faire sortir Fidel Castro de sa retraite. L'ancien leader écrit alors dans le Granma que Cuba a perdu son « meilleur ami » avec la mort du président Chavez. Ce dernier a souvent fait référence à Fidel Castro comme étant une figure paternelle, un mentor et un ami proche.

Sa vie en bref

  • 13 août 1926 : Naissance de Fidel Alejandro Castro Ruz, fils d'Angel Castro Argo, grand propriétaire terrien originaire d'Espagne, et de Lina Ruz Gonzalez.
  • 1947 : Participe au mouvement révolutionnaire contre le gouvernement de la République, puis à celui du général Batista.
  • 1950 : Obtient un diplôme en droit de l'Université de La Havane et commence à pratiquer.
  • 1953 : Dirige l'assaut contre la caserne de la Moncada à Santiago de Cuba en juillet, échoue et est condamné à 15 ans de prison.
  • 1955 : Libéré le 15 mai grâce à une amnistie politique générale. S'exile au Mexique, puis à New York.
  • 1956 : De retour à Cuba avec son frère Raul et Ernesto Che Guevara. Ils s'attaquent au gouvernement Batista, le faisant tomber le 1er janvier 1959.
  • 1959 : Devient premier ministre en février.
  • 1959 : Visite à Montréal
  • 1976 : Élu à la tête du Conseil d'État, cumulant les fonctions de chef de gouvernement et de chef de l'État.
  • 1979 : Élu président du Mouvement des non-alignés.
  • 1992 : En juillet, une réforme de la Constitution renforce notamment les pouvoirs du président du Conseil d'État.
  • 2001 : Victime d'un malaise, Castro s'évanouit en public.
  • 2004 : Fait une chute, en direct à la télévision cubaine, après un discours. En plus d'avoir un genou brisé et un bras fêlé, il doit subir une intervention chirurgicale.
  • 2005 : Dément des informations attribuées à la CIA et publiées par le Miami Herald, selon lesquelles il serait atteint de la maladie de Parkinson.
  • Mai 2006 : Le magazine américain Forbes évalue à 900 millions de dollars américains la fortune de Fidel Castro, le plaçant dans les 10 monarques ou dictateurs les plus riches du monde.
  • 31 juillet 2006 : Fait annoncer qu'il passe « provisoirement » les principaux pouvoirs à son frère Raul à la suite d'une opération chirurgicale aux intestins.
  • Février 2008 : Annonce qu'il quitte le pouvoir après 49 ans à la tête du pays, en raison de sa santé fragile. L'Assemblée nationale populaire confirme que son frère Raul lui succède à la présidence du Conseil d'État.
  • Août 2010 : Participe à une séance spéciale du Parlement, sa première apparition à un événement politique officiel depuis plus de quatre ans. Il ne parle qu'une dizaine de minutes pour évoquer le danger que le bras de fer entre les États-Unis, Israël et l'Iran résulte en une guerre nucléaire dévastatrice.
  • Mars 2012 : Le pape Benoît XVI, de passage à Cuba, rend visite à Fidel Castro.
  • Octobre 2012 : Publie un article dans le journal Granma afin de faire taire les rumeurs entourant sa mort imminente.
  • Février 2013 : Vote aux élections législatives.
  • Mars 2013 : Écrit un hommage à son ami Hugo Chavez quelques jours après sa mort.
  • Avril 2013 : Met en garde le régime de Pyongyang contre la situation « absurde » dans la péninsule coréenne.

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