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Le Bloc québécois fait volte-face

Radio-Canada

Après avoir lancé de hauts cris, Gilles Duceppe indique que son parti va finalement appuyer la motion du gouvernement Harper reconnaissant que les Québécois forment une nation au sein d'un Canada uni.

Le chef du Bloc québécois, Gilles Duceppe, a annoncé vendredi qu'il appuiera la motion du gouvernement conservateur visant à reconnaître les Québécois comme une nation à l'intérieur d'un Canada uni.

Il a fait cette déclaration au moment où commençait le débat sur la motion aux Communes. « Notre motion n'aurait pas passé. Il importait d'abord et avant tout que la nation soit reconnue. Stratégiquement, c'est une arme de plus », a déclaré M. Duceppe, qui a dit agir dans l'intérêt des Québécois.

« Maintenant que la nation québécoise est reconnue, nous allons demander des comptes à Ottawa sur cette base. Quand tous les partis fédéraux se commettent, ils ne peuvent plus reculer. Nous allons nous en servir pour avancer nos demandes », a dit M. Duceppe.

Le chef du Bloc s'attend à ce que la motion soit plus que symbolique. « Ils [les conservateurs] devront prouver qu'elle a une portée. S'ils sont de bonne foi, cela aura des conséquences. Nous verrons par exemple si, à l'avenir, le Québec pourra parler de sa propre voix dans les forums internationaux. »

M. Duceppe a conclu son point de presse en affirmant qu'il s'agissait d'un revirement majeur, et que le parti devait se réjouir d'une telle avancée. « Nous allons nous battre pour notre option - le Québec est une nation - et ils se battront pour leur option - un Canada uni. Mais les deux options reconnaissent maintenant que le Québec est une nation. Elles doivent désormais se fonder là-dessus. »

En entrevue à RDI, il a réfuté les accusations selon lesquelles la position de son parti est instable. Contrairement aux analystes qui soulignent que M. Duceppe s'est opposé mercredi, a tergiversé jeudi et s'est rallié vendredi, le chef du Bloc a affirmé que le caucus avait prévu que leur motion n'allait pas être acceptée telle quelle.

« On savait qu'elle allait être modifiée ou qu'on allait en proposer une autre. Là où on a été pris de court, c'est que le chef conservateur m'a donné sa position 15 minutes avant d'entrer en Chambre, mais qu'il l'a modifiée par la suite. »

Un geste de réconciliation, dit Harper

De passage à Montréal, vendredi matin, le premier ministre Stephen Harper a ironisé sur la volte-face de Gilles Duceppe, soulignant qu'il s'agissait du troisième point de vue différent du Bloc en trois jours.

M. Harper estime que l'existence du Bloc québécois est une fois de plus remise en question à la suite de cette décision. « Maintenant qu'il reconnaît ça [que le Québec est une nation dans un Canada uni], M. Duceppe devra justifier sa présence à la Chambre des communes », a dit le premier ministre.

Il a ajouté que sa première responsabilité était d'assurer l'unité du Canada. Il a tenu à rappeler que sa motion abordait la réalité de la nation québécoise, mais aussi celle de l'identité canadienne. « C'est un geste symbolique, de réconciliation, a-t-il dit. C'est pour l'unité nationale. C'est important de changer cette impression que le reste du Canada rejette la nature des Québécois. »

Le PQ se rallie

Le chef du Parti québécois, André Boisclair, se réjouit de la décision de Gilles Duceppe de voter dans le même sens que le gouvernement Harper dans le dossier de la nation québécoise.

M. Boisclair a insisté sur les conséquences positives de la reconnaissance du fait que les Québécois forment une nation au sein d'un Canada uni. Il a dit que « cette transformation va être inscrite dans le code génétique des Canadiens ».

En matinée, le PQ a semblé momentanément pris au dépourvu. Lors d'un point de presse, la députée péquiste Louise Harel, qui avait commencé à tourner en dérision la motion du gouvernement Harper, a été abasourdie d'apprendre de la bouche des journalistes que les bloquistes avaient changé leur fusil d'épaule.

« J'ai beaucoup de respect pour mes collègues souverainistes qui siègent à Ottawa: ils le font dans des conditions d'adversité souvent extrêmes. Alors, je m'incline devant les stratégies... ils sont plus en mesure que moi en fait de les décider », a laissé tomber Mme Harel.

Le vote sur la motion du Parti conservateur se tiendra lundi.