•  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  

De l'appât du gain à la santé publique

Radio-Canada

La consommation de vin a fortement augmenté au Québec, tout comme les coûts sociaux liés à l'alcool. Dans un reportage d'Enjeux diffusé mercredi, des chercheurs doutent des bienfaits tant vantés du vin, et certains estiment que la SAQ ne pense qu'au profit.

Au Québec, la consommation de vin par habitant a augmenté de 50 % en 15 ans. Nous sommes passés de 1,4 litre en 1992 à 2,1 litres en 2005, selon les chiffres de l'Institut national de santé publique du Québec.

Ces données sont corroborées par les nouvelles analyses d'Andrée Demers, directrice du Groupe de recherche sur les aspects sociaux de la santé et de la prévention (GRASP) de l'Université de Montréal. La chercheuse confirme que de plus en plus de Québécois prennent de l'alcool, et qu'ils en boivent plus souvent qu'avant.

Cette forte hausse va de pair avec celle des coûts sociaux liés à l'alcool, selon une étude canadienne. Ces coûts - comme les dépenses en soins de santé ou les pertes de productivité au travail liées à l'alcool - se chiffraient à 7 milliards de dollars en 1992 au Canada. Elles ont atteint 14,5 milliards en 2002.

Le mythe du vin-médicament

Au cours des dernières années, de nombreuses études ont loué les bienfaits pour la santé d'une consommation modérée de vin. Ainsi, l'alcool réduirait les risques de maladies cardiovasculaires.

Mais des chercheurs remettent maintenant en question ces bienfaits tant vantés du vin. Les auteurs d'une importante étude sur les facteurs de risques liés à l'infarctus du myocarde, réalisée auprès de 30 000 personnes dans 52 pays, en arrivent à des conclusions très prudentes sur les effets positifs de l'alcool.

Le Dr Salim Yusuf, coauteur de l'étude et chercheur à l'Université McMaster, à Hamilton, souligne qu'il y a certains avantages à boire modérément, mais que d'autres facteurs, comme le fait de ne pas fumer, de bien s'alimenter ou de faire de l'exercice, jouent un rôle beaucoup plus important dans la prévention de maladies cardiovasculaires.

Un chercheur de la Colombie-Britannique, Tim Stockwell, a analysé des dizaines d'études favorables au vin. Son équipe a découvert d'importantes erreurs de méthodologie dans la majorité des 54 grandes études qu'elle a révisées. Tim Stockwell et ses confrères concluent qu'on a peut-être exagéré les bienfaits du vin sur la santé.

Les responsabilités sociales de la SAQ

Gaétan Frigon, ex-PDG de la SAQ, de 1998 à 2002, reconnaît que la Société des alcools du Québec a profité des études sur le vin-médicament pour faire de la promotion et augmenter ses ventes.

Sans mandat de santé publique, le monopole d'État fait strictement dans le commerce du vin. Son rôle social se limite à verser à Éduc'alcool, conjointement avec l'industrie, 1 cent par bouteille de vin vendue, et 3 cents par bouteille de spiritueux. Certains estiment que la SAQ devrait se soucier davantage de santé publique.

En Suède, Systembolaget est un monopole d'État, comme la SAQ, qui contrôle la vente d'alcool. Mais Systembolaget a un mandat de santé publique. Dans certains points de vente, les clients n'ont pas accès aux bouteilles, comme cela se faisait au Québec autrefois. Systembogalet restreint aussi l'accès à ses magasins en limitant les heures d'ouverture le week-end.

Le gouvernement suédois perd de l'argent, mais il gagne au change, en misant sur une réduction des coûts de santé liés à la consommation d'alcool.

Pour Anitra Steen, PDG de Systembolaget, les pratiques commerciales de la SAQ - pousser les consommateurs à acheter de l'alcool avec des rabais et des promotions - sont irresponsables.

La SAQ engrange d'énormes revenus pour garnir les coffres de l'État, mais les abus d'alcool coûtent cher. Ainsi, en 2004-2005, le gouvernement empochait près de 1 milliard de dollars provenant des ventes d'alcool. En 2002, il payait 3 milliards de dollars en coûts sociaux liés aux abus d'alcool.

À la SAQ, on ne nie pas les chiffres sur l'augmentation de la consommation d'alcool et des coûts sociaux. Mais la SAQ souligne que le Québec se caractérise par un modèle de modération avec « des consommations moins nombreuses en une même occasion ».

Commentaires fermés

L’espace commentaires est fermé. Considérant la nature sensible ou légale de certains contenus, nous nous réservons le droit de désactiver les commentaires. Vous pouvez consulter nos conditions d’utilisation.