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Contrat lucratif en France

Le transporteur devra construire au moins 172 rames automotrices pour les trains de banlieue de la région parisienne et peut-être 200 de plus. Tout le matériel sera fabriqué en France.

Comme prévu, Bombardier a décroché le lucratif contrat de remplacement des trains de banlieue de la région parisienne, qui pourrait atteindre 3,9 milliards de dollars.

Le transporteur canadien devra construire au moins 172 rames automotrices pour le réseau de la Société nationale des chemins de fer (SNCF), ce qui lui rapportera 1,96 milliard.

Les rames devront être livrées à partir de décembre 2009 et jusqu'en 2015. Le contrat est assorti d'une clause d'extension pour 200 rames supplémentaires, à être livrées à compter de 2016, qui pourrait rapporter presque 2 milliards de plus à Bombardier.

Le président de la région Île-de-France, Jean-Paul Huchon, a indiqué mercredi que des négociations menées sous l'égide de la SNCF auraient lieu dans les semaines qui viennent en vue d'un partage de la charge de travail avec Alstom.

Interrogée à ce sujet, la présidente de la SNCF, Anne-Marie Idrac, s'est montrée plus évasive, se contentant d'affirmer que les constructeurs européens se donnent habituellement des coups de main et utilisent les capacités industrielles des uns et des autres.

Dans un communiqué, Bombardier a pour sa part indiqué que le train sera conçu, industrialisé et réalisé à l'usine de Crespin, près de Valenciennes, dans le nord de la France, où travaillent 1600 personnes. Alstom était le principal concurrent de Bombardier en vue de l'obtention de ce contrat, l'autre soumissionnaire étant l'allemande Siemens.

Une décision décriée

Avant même qu'elle ne soit officiellement annoncée, la décision de la SNCF a entraîné des grincements de dents des syndicats et a soulevé la colère d'un député de l'Union pour un mouvement populaire (UMP), Bernard Carayon, qui a dénoncé une forme « d'antipatriotisme économique ».

Un des responsables de la Fédération des travailleurs de la métallurgie, Bernard Devert, n'a pas caché sa déception. Les syndiqués, dit-il, sont inquiets de l'impact de cette décision pour l'emploi en France et en Europe.

« À l'heure actuelle, je peux vous aviser qu'il n'y aura pratiquement aucun impact, que ce soit du côté de Bombardier et encore moins du côté d'Alstom, en terme d'emplois en France. Nous allons assister avec ce contrat à une délocalisation des activités, dans des pays comme la Pologne, la République tchèque ou ailleurs », déplore-t-il.

M. Devert affirme qu'Alstom va utiliser la perte de ce contrat pour adopter des plans de licenciement. Il soutient que 40 % du contrat pourrait être remis en sous-traitance à Alstom, mais que les prix demandés par Bombardier ne sont pas concurrentiels en France.

Le député Bernard Carayon, auteur du livre Patriotisme économique, de la guerre à la paix économique, s'étonne « qu'une entreprise publique, au mépris du réalisme et du simple bon sens, puisse privilégier un groupe qui bénéficie d'un marché domestique verrouillé, le gouvernement canadien ayant refusé de signer l'accord OMC sur les transports ».

Selon M. Carayon, cette option est « une très mauvaise nouvelle pour les usagers des trains de banlieue » et « une mauvaise nouvelle également pour l'emploi et l'innovation en Europe ».

Au cours des derniers mois, Bombardier a décroché le contrat de remplacement de 336 wagons du métro de Montréal et de 234 autres wagons du métro de Toronto sans appel d'offres. Cela avait soulevé la colère d'Alstom, qui était en lice pour ce contrat.

Dans une entrevue accordée au journal Le Monde, le PDG d'Alstom, Patrick Kron, se dit effectivement inquiet de l'impact que cette décision aura sur l'emploi et s'est plaint d'être victime d'une concurrence déloyale.

Il croit que Bombardier bénéficie de subventions déguisées des autorités canadiennes, ce qui lui permet de soumissionner à des prix plus faibles ailleurs. Les contrats pour les métros de Toronto et de Montréal sont évalués à 1,81 milliard de dollars.

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