•  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  

Des résultats scolaires désastreux

Radio-Canada

Les 144 enfants du mouvement chrétien, implanté dans la région de Joliette, reçoivent leur éducation à la maison avec l'aval du ministère de l'Éducation du Québec.

Les enfants du groupe La Mission de l'Esprit-Saint, dans la région de Joliette, reçoivent leur éducation à la maison. Mais Radio-Canada a appris que leurs résultats scolaires étaient désastreux.

Depuis 30 ans, la Mission de l'Esprit-Saint souscrit à l'eugénisme et enseigne à ses 400 membres qu'ils font partie d'une race d'élite. La famille Francoeur, qui dirige ce groupe chrétien, refuse tout contact avec les médias.

« Les fondements mêmes de la pensée de la Mission de l'Esprit-Saint, c'est de détester la société. La société est perçue comme le mal et l'incarnation du mal, c'est Satan. Donc l'élu, l'enfant qui naît dans le groupe, doit apprendre à haïr tout ce qui est extérieur au groupe », explique Eugène Bérubé, ex-membre de ce groupe religieux.

La Mission de l'Esprit-Saint s'était dotée d'une école, l'Institut Laflèche, qui fonctionnait sans permis du ministère de l'Éducation. Dix parents bénévoles y faisaient la classe, sans respecter les programmes du ministère, mais en vénérant le fondateur du groupe, Eugène Richer, considéré comme l'esprit saint. Le ministère de l'Éducation a finalement obligé l'école à fermer ses portes, en 2004.

Une mère de famille qui a récemment quitté la Mission de l'Esprit-Saint vit dans la crainte de représailles. « La peur est tellement profonde, tellement ancrée, que c'est pratiquement impossible de mettre un enfant à l'école. On leur dit que les écoles publiques, c'est des poubelles », explique-t-elle.

L'a dernier, le ministère de l'Éducation a choisi la voie du compromis. Il a suspendu le procès contre la Mission de l'Esprit-Saint en échange d'un engagement de son chef: 144 enfants du groupe pouvaient être éduqués à la maison par leurs parents, mais à la condition de suivre un programme approuvé par la Commission scolaire Des Samares. La loi permet en effet l'école à la maison si les enfants sont évalués chaque année.

Radio-Canada a obtenu les résultats des tests des 200 enfants suivis par la commission scolaire, dont les trois quarts sont membres de la Mission de l'Esprit-Saint. Le taux de réussite est de 59 % en mathématiques au niveau primaire, mais chute à 27 % au niveau secondaire. Pour la lecture, il est de 61 % au niveau primaire, et de 48 % en français au niveau au secondaire.

Toutefois, il n'est pas question d'obliger ses enfants à réintégrer l'école publique, dit la commission scolaire. « Il faut avoir une approche négociée avec les parents plutôt que d'y aller en mode répressif. On n'a pas les pouvoirs légaux de faire des visites surprises sur les lieux », explique Yves Marcotte, porte-parole de la Commission scolaire Des Samares.

Mais plusieurs parents qui ont fui le mouvement religieux voudraient que le gouvernement soit plus ferme. « Je peux mal concevoir ce qu'on peut leur enseigner à ces enfants-là, à part des préjugés face à tout, affirme M. Bérubé. On leur enseigne que la Terre est toute seule dans l'univers, que le Soleil est une illusion qui représente Satan. »

De plus, les jeunes filles qui sont membres de cette communauté se marient souvent à l'âge de 14 ans et abandonnent l'école pour faire des enfants et s'occuper d'eux. « Les filles se marient vraiment à 14 ans, j'en ai vu. Et une fois mariées, elles ne vont plus à l'école », assure une ex-membre.

Les membres de la Mission de l'Esprit-Saint doivent verser 10 % de leurs revenus au mouvement.