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Une leçon si vite apprise

Une expérience hors du commun démontre de façon troublante que la discrimination peut s'installer très rapidement dans un groupe d'enfants. Une équipe d'Enjeux a filmé le tout.

Une enseignante de l'école Saint-Pierre, à Saint-Valérien-de-Milton, en Montérégie, s'est livrée à une expérience unique pour sensibiliser ses élèves à la discrimination.

Pendant deux jours, Annie Leblanc a fait vivre la discrimination aux élèves de sa classe de troisième année. Pourquoi faire cela? Bien sûr, pour former les citoyens de demain, mais, surtout, pour sortir la discrimination, quelle qu'elle soit, de sa classe.

Cet exercice inusité s'appuie sur des bases scientifiques solides. Depuis une cinquantaine d'années, des chercheurs étudient les relations entre les groupes. L'enseignante s'est notamment inspirée d'une expérience réalisée en Iowa, aux États-Unis, dans les années 70. On avait alors divisé une classe en deux groupes, selon la couleur des yeux. En favorisant systématiquement un des groupes, l'institutrice avait instauré, instantanément, un climat de ségrégation dans sa classe. L'exercice a duré seulement deux jours. Toutefois, 14 ans plus tard, les élèves, devenus adultes, ont confié avoir été profondément influencés par cette expérience.

Le poids du dossard

Après avoir obtenu l'accord de tous les parents, de la commission scolaire et de la directrice de l'école, Annie Leblanc a donc décidé d'aller de l'avant. Elle a bien avisé les enfants, dès le début, qu'il s'agissait d'une expérience sur la discrimination. Elle a divisé son groupe sur la base de la taille. Elle a dit aux enfants que des études scientifiques prouvaient que les petits étaient généralement intelligents et créatifs et que les grands étaient maladroits et paresseux. Ainsi, les élèves mesurant moins de 1,34 m ont eu droit à des privilèges de toutes sortes. Quant aux autres, ils ont dû porter un dossard rouge toute la journée, et l'enseignante n'a pas perdu une occasion d'expliquer leur moindre erreur par le fait qu'ils étaient grands.

Le lendemain, Annie Leblanc a inversé les rôles, prétextant avoir reçu un appel du patron de la commission scolaire. L'enseignante a raconté aux élèves que son patron, un homme très grand, était mécontent de l'expérience menée en classe et qu'il l'avait convaincue que, finalement, les grands étaient supérieurs aux petits. Ces derniers ont dû, à leur tour, porter le dossard pour la journée.

Des résultats terriblement concluants

L'exercice a fonctionné de façon sidérante. Dès le premier jour, dès les premières heures. En enfilant le dossard rouge, certains se sont sentis amoindris et ils ont vivement éprouvé les injustices dont ils étaient la proie. Plusieurs élèves ont pris goût aux privilèges et à cette impression d'être supérieur.

La plupart des enfants se sont lancés à fond dans l'expérience, comme victime ou comme bourreau, selon celui qui portait le dossard. Et, le premier jour, lorsque les enfants sont revenus de la récréation, au lieu de former un seul rang, comme d'habitude, ils se sont spontanément séparés en deux groupes. D'un côté les petits, de l'autre, les grands.

Un grand gagnant dans cette histoire

La leçon de discrimination semble avoir porté ses fruits. Les élèves ont compris qu'on pouvait faire un parallèle entre cette expérience et le traitement réservé à un de leur camarade obèse, Pierre-Luc.

Si Annie Leblanc a fait cette expérience, c'est en grande partie à cause de Pierre-Luc. Après l'exercice, sa vie à l'école s'est améliorée.

Une équipe d'Enjeux a filmé la leçon de discrimination. Trois semaines plus tard, elle est retournée voir l'enseignante et ses élèves.

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