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Benoît XVI se dit désolé

Radio-Canada
Prenez note que cet article publié en 2006 pourrait contenir des informations qui ne sont plus à jour.

Par l'intermédiaire d'un porte-parole, le pape dit regretter que des passages d'un récent discours aient pu offenser les musulmans.

Après avoir provoqué une vague d'indignation dans tout le monde musulman, le pape Benoît XVI et le Vatican ont fait un mea culpa, samedi.

Lors d'une conférence devant des universitaires et des chercheurs à l'Université de Ratisbonne, en Allemagne, cette semaine, le chef de l'Église catholique romaine a implicitement dénoncé le rapport de l'islam à la violence. Il a notamment cité des paroles d'un empereur byzantin du 14e siècle associant le prophète Mahomet à « des choses diaboliques et inhumaines ».

Le secrétaire d'État du Vatican, Tarcisio Bertone, a déclaré que le pape était « absolument désolé que certains passages de son discours aient pu paraître offensants pour la sensibilité des croyants musulmans et aient été interprétés d'une manière qui ne correspond d'aucune façon à ses intentions. »

Des voix importantes s'élèvent

La vague de réactions aux propos controversés de Benoît XVI sur l'islam ne cessait en effet de prendre de l'ampleur. Des voix importantes du monde musulman se sont élevées, samedi.

En Égypte, la plus haute autorité sunnite dans le monde islamique, le cheikh d'al-Azahr, s'est dit indigné par les propos du pape. Il a soutenu que les propos de Benoît XVI traduisaient une ignorance de l'islam.

En Iran, le porte-parole des Affaires étrangères a qualifié les propos de Benoît XVI de grande erreur. Il a condamné ce qu'il a appelé « des interprétations politiques de la religion divine », a rapporté l'agence officielle Irna.

En Arabie saoudite, siège des lieux saints de l'islam à La Mecque et Médine, le grand mufti a exprimé son indignation au quotidien Al-Riyadh. « C'est un mensonge. L'islam n'a rien à voir avec le terrorisme », a-t-il dit.

Le roi Mohammed VI du Maroc a décidé de rappeler son ambassadeur au Vatican.

La presse arabe a condamné unanimement les propos de Benoît XVI, tout comme le quotidien The New York Times, qui a lancé un appel pour des excuses « profondes et convaincantes ».

« En tant que conservateur doctrinaire, sa plus grande peur semble être la perte d'une identité catholique uniforme, ce qui n'est pas exactement le meilleur tremplin vers la tolérance et le dialogue interconfessionnel », écrit le quotidien new-yorkais.

En Cisjordanie, un groupe nommé « Les lions du monothéisme » a revendiqué des tirs de cocktails Molotov sur des églises anglicane et grecque orthodoxe à Naplouse. Le groupe a parlé d'un geste de protestation contre les propos de Benoît XVI.

Samedi soir, le ministre palestinien de l'Intérieur, Saïd Siam, a annoncé des mesures de sécurité autour des églises de Gaza et de Cisjordanie.

En Irak, une bombe a explosé devant une église à Bassorah, au sud de Bagdad. Dans un communiqué, le groupe armé Jaïch al-moujahidine a menacé de s'en prendre directement au Vatican.

Des défenseurs

Ailleurs, certains ont voulu défendre ou du moins donner un autre sens aux propos du pape. En Grande-Bretagne, les éditoriaux du Guardian et du Daily Telegraph ont parlé de mauvaise interprétation et de propos pris hors contexte.

« Le pape a vécu une vie cloîtrée, a rarement été exposé aux nuances de la politique mondiale. Il a besoin de conseillers autour de lui qui l'ont été. Cependant, le Vatican s'est excusé. Cela devrait être suffisant pour ce qui n'était certainement pas beaucoup plus qu'une remarque mal avisée », souligne le Guardian.

De son côté, le Telegraph a estimé que les propos du pape visaient à condamner l'usage de la violence pour des motifs religieux et qu'ils avaient été sortis de leur contexte. « Plutôt qu'agrandir le fossé entre les sociétés islamique et occidentale, le discours du pape devrait inciter à approfondir le dialogue », écrit le journal.

La chancelière allemande Angela Merkel a soutenu que le discours du pape était une invitation à un dialogue urgent et nécessaire. « Ce sur quoi Benoît XVI a insisté, c'est le renoncement résolu et convaincu à toute forme de violence au nom de la religion », a déclaré Mme Merkel.

En Autriche, pays très catholique, la presse a défendu le discours du pape, mais a du même coup apporté de l'eau au moulin de l'extrême droite. Le chef du parti FPÖ, Heinz-Christian Strache, a dit que le discours de Benoît XVI confortait la position critique de sa formation face à l'islam. Le FPÖ accuse une grande partie des musulmans d'Autriche de ne pas vouloir s'intégrer à la société.

Cet incident à la fois diplomatique et religieux survient à moins de deux mois de la première visite du pape en Turquie, un pays majoritairement musulman.

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