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Benoît XVI crée la controverse

Radio-Canada

Les propos du pape sur l'islam et son rapport à la violence et à la raison suscitent la controverse dans le monde musulman. Plusieurs dirigeants musulmans réclament des excuses.

Une nouvelle polémique autour de l'islam vient d'être soulevée, cette fois par le pape Benoît XVI.

Mardi, dans le cadre de son voyage en Allemagne, le souverain pontife a implicitement dénoncé le rapport de l'islam à la violence, notamment concernant le djihad, et fait une distinction entre le christianisme et l'islam dans leur rapport à la raison.

Lors d'une conférence devant des universitaires et des chercheurs à l'université de Ratisbonne, il a déclaré que la volonté du Dieu des musulmans n'était « liée à aucune de nos catégories, pas même celle de la raison », au contraire du christianisme, nourri de philosophie grecque.

Le pape a cité l'empereur byzantin Manuel II qui, au 14e siècle, accusait le prophète Mahomet d'avoir semé le Mal et l'inhumanité pour avoir prôné la diffusion de son enseignement par les armes.

Le souverain pontife a en outre appelé les musulmans à rejoindre un dialogue des cultures fondé sur l'idée que le concept de « guerre sainte » islamique est contraire à la raison et à la nature divine.

Des propos dénoncés

Ces propos du pape ont immédiatement provoqué une vive réaction de la part de nombreuses organisations et personnalités du monde musulman et d'ailleurs.

L'Organisation de la conférence islamique (OCI) a réclamé, jeudi, du Vatican d'exprimer « sa véritable position à l'égard de l'islam et de ses préceptes ». Elle a dit espérer que « cette campagne surprenante ne témoigne pas d'une nouvelle orientation du Vatican à l'égard de la religion musulmane, surtout après des décennies de dialogue entre des hommes du Vatican et des religieux et des penseurs du monde musulman ».

De son côté, le guide suprême des Frères musulmans, Mohamed Mahdi Akef, a appelé les pays musulmans à envisager la rupture de leurs liens avec le Vatican, si le pape ne se rétracte pas. Il a affirmé que Benoît XVI « a versé de l'huile sur le feu, ravivé la colère de l'ensemble du monde musulman et renforcé l'argument qui consiste à dire que l'Occident est hostile à tout ce qui est musulman ».

Aux États-Unis, Ingrid Mattson, présidente d'une organisation islamique américaine, a estimé mercredi que les critiques du pape Benoît XVI sur l'islam étaient « inexactes et opportunistes ». Le pape « prend avantage de l'actuel contexte politique pour tenter de marquer des points religieux », a-t-elle ajouté.

En Turquie, où Benoît XVI doit se rendre à la fin novembre, le chef de la Direction des affaires religieuses, Ali Bardakoglu, a qualifié ces déclarations de « haineuses et hostiles ». Il a demandé au pape de retirer ses propos, mettant même en cause sa visite en Turquie. « C'est une vision partielle et pleine de préjugés » envers l'islam et son prophète Mahomet, a-t-il déclaré.

Au Pakistan, plusieurs responsable et analystes ont critiqué les déclarations de Benoît XVI, les qualifiant d'irresponsables. « Il est vraiment malheureux qu'un responsable religieux de cette stature tienne des propos qui peuvent nourrir les désaccords religieux », a affirmé Khurshid Ahmed, chef d'un institut de recherches islamiques à Islamabad.

En France, Dalil Boubakeur, président du Conseil français du culte musulman, la plus haute instance de l'islam en France, a réclamé jeudi « une clarification » du Vatican. « Nous souhaitons que l'Église nous donne très rapidement son opinion et clarifie sa position, afin qu'elle ne confonde pas l'islam, qui est une religion révélée, et l'islamisme, qui n'est plus de la religion, mais une idéologie politique », a-t- déclaré.

De son côté, le secrétaire général du Conseil central des musulmans d'Allemagne, Aiman Mazyek, a estimé jeudi que le pape, au vu du passé de l'Église catholique, était mal placé pour critiquer les dérives extrémistes de l'islam. M. Mazyek a évoqué dans une entrevue « la sanglante christianisation forcée de l'Amérique du Sud, les croisades dans le monde islamique, le fait que l'Église se soit laissée récupérer par le régime nazi ».

Le Vatican se défend

Le porte-parole du Vatican, Federico Lombardi, a émis jeudi un communiqué dans lequel il expliquait que Benoît XVI respectait l'islam, et qu'il tenait à « une claire et radicale réfutation de la motivation religieuse de la violence ».

« Il n'était certainement pas dans l'intention du Saint-Père de se livrer à une étude approfondie sur le djihad et sur la pensée musulmane dans ce domaine, et encore moins d'offenser la sensibilité des croyants musulmans », a-t-il déclaré.

Le père Lombardi, qui est le directeur de la salle de presse du Vatican, a jouté que Benoît XVI « veut cultiver une attitude de respect et de dialogue envers les autres religions et cultures et, évidemment, également envers l'islam ».

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