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Entorse à la loi

Radio-Canada

Les 60 élèves du secondaire qui fréquentent l'institution ne reçoivent aucune éducation générale laïque, comme des cours de français, de biologie ou d'histoire, pour se consacrer à des cours de religion.

L'école juive Toldos Yakov Yosef, dans l'arrondissement Outremont, contrevient à la Loi sur l'instruction publique québécoise, a appris Radio-Canada. L'école est une institution hassidique qui abrite une école parallèle, où les élèves du secondaire ne reçoivent qu'une éducation religieuse.

Les 125 écoliers du primaire de l'institution reçoivent entre trois et quatre heures de cours religieux par jour, en plus du programme pédagogique du ministère de l'Éducation. Certains sujets scientifiques sont toutefois escamotés dans cette école Skver orthodoxe.

L'école a fait la manchette, à la fin de la semaine dernière, lorsqu'un individu a lancé un cocktail Molotov contre la porte d'entrée.

Un programme particulier

Le directeur pédagogique de l'école, Jacques Bensimhon, explique que les rabbins s'occupent d'enseigner les textes religieux qui sont clairs.

Ainsi, les 60 garçons qui fréquentent l'établissement ne reçoivent aucune éducation générale laïque, mais seulement des cours de religion. « La philosophie religieuse l'emporte sur toutes les autres philosophies, explique M. Bensimhon. C'est leur façon de vivre, de voir les événements. » Ces jeunes Québécois étudient l'ensemble de la tradition juive pendant cinq ans. Il s'agit d'études théologiques poussées, mais aucun cours de français, de biologie ou d'histoire canadienne n'y est dispensé.

Illégalité ne rime pas avec criminalité

M. Bensimhon estime que le programme est légal, puisque l'institution ne touche aucune subvention pour ces élèves. « Nous fonctionnons avec un permis du ministère, nous avons une visite tous les cinq ans », explique-t-il.

La loi sur l'instruction publique est pourtant formelle. Elle stipule que tout enfant résidant au Québec doit fréquenter l'école de 6 à 16 ans, ou recevoir un enseignement et vivre une expérience éducative équivalents à ce qui est dispensé ou vécu à l'école. Or, comme les 60 garçons du secondaire ne reçoivent que des cours de religion, l'école Toldos Yakov Yosef ne constitue pas une école au sens de la loi.

Marie-France Boulay, porte-parole du ministère de l'Éducation, explique que même si l'école n'est pas reconnue comme un établissement d'enseignement, elle n'est pas techniquement dans l'illégalité. « Le parent doit veiller à envoyer son jeune à l'école », indique-t-elle. « Le parent est peut-être dans une situation illégale au sens du terme, mais on ne parle pas d'une situation criminelle. Il n'y a pas de police qui forcera ces parents à envoyer leur jeune à l'école. D'où l'importance de la négociation. »

Afin d'éviter de heurter les sensibilités religieuses, le ministère a choisi d'entamer le dialogue avec les Skver. Il adopte d'ailleurs la même attitude conciliante avec une autre institution hassidique pour filles, Beth Esther, qui fonctionne sans aucun permis du ministère. L'essentiel, pour ces parents, c'est que leurs enfants connaissent la Torah avant de se marier à 18 ou 19 ans. Les autres sujets d'étude sont secondaires à leurs yeux.