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L'impact économique

Radio-Canada
Prenez note que cet article publié en 2006 pourrait contenir des informations qui ne sont plus à jour.
Gérald Fillion
L'impact économique



Gérald Fillion présente et analyse l'actualité économique à Radio-Canada. Il a été journaliste à la bourse de Toronto de 2001 à 2004 pour RDI et animateur de Capital actions à RDI de 2004 à 2006. Il est diplômé de l'Institut des valeurs mobilières du Canada et est titulaire d'un baccalauréat en communications de l'Université du Québec à Montréal.



L'économie mondiale a été secouée par les attentats du 11 septembre 2001. Cependant, tous les spécialistes s'entendent pour dire que l'impact a été beaucoup plus modeste que ce qu'on craignait. Ces événements ont accéléré la récession aux États-Unis, mais l'économie s'est rapidement redressée.


Une nouvelle tour est en construction pour remplacer les tours jumelles du World Trade Center. Des sociétés comme Cantor Fitzgerald, qui a perdu 658 employés dans la tragédie, font toujours des millions de dollars de profits. Et, plus que jamais, la mondialisation est en marche, ici, en Europe et en Asie.

De la peur à l'urgence

Pour les citoyens consommateurs, ce qui ressemblait à de la peur dans les jours suivant les attentats s'est transformé en une urgence de vivre. À l'américaine, bien sûr. L'économie d'un pays comme les États-Unis, ou même comme le Canada, repose en très grande partie sur la consommation.

Dans les heures qui ont suivi les attentats, les dirigeants - le maire de New York en tête - ont demandé aux citoyens de la ville et du pays de continuer à se rendre dans les supermarchés et dans les centres commerciaux. Ce message a été entendu. Après deux ou trois semaines de repli, les Américains ont repris leur portefeuille, sont retournés dans les magasins, ont dépensé, au point que leur endettement ne cesse d'augmenter depuis.

Prudence!

C'est le mot choisi par l'économiste Marc Lévesque, de la Banque TD, pour exprimer ce qui s'est vraiment transformé dans l'économie depuis 2001: « Ces événements ont contribué à rendre les entreprises beaucoup plus prudentes. Le taux d'investissement n'a pas été mauvais depuis 2001, mais il n'a certainement pas été à la hauteur de ce qu'on aurait pu croire. Les entreprises accumulent beaucoup de liquidités, par prudence... »

Le manque de confiance face aux incertitudes créées par les attentats et les guerres déclenchées en Afghanistan et en Irak ont poussé les entreprises à réduire leurs effectifs et à revoir leur plan de développement. Si bien que « l'embauche a été extrêmement faible pendant un bon bout de temps », ajoute Marc Lévesque.

Une économie ébranlée

New York a enregistré des pertes économiques de plus de 100 milliards de dollars américains, et plus de 125 000 personnes se sont retrouvées au chômage.


Le secteur de l'aviation a sans doute été le plus malmené. Des dizaines de milliers d'emplois dans le secteur aérien ont été supprimés dans les semaines suivant les attaques: des pilotes, des agents de bord, du personnel de bord, des mécaniciens, remerciés.


Le tourisme, l'hébergement et la restauration ont connu leur part de difficulté également. Le taux d'occupation des hôtels à New York est tombé sous les 40 % dans une ville où l'industrie touristique génère 25 milliards de dollars américains par année et donne du travail à 280 000 personnes.


L'économie américaine s'est repliée à la suite des attentats, mais cette baisse, il faut le dire, était déjà engagée avant les attaques. « On ne le savait pas sur le moment, mais l'économie américaine était déjà en récession », se rappelle Marc Lévesque. Et les attentats sont venus accentuer ce ralentissement.


Mais, cinq ans plus tard, il faut admettre que tout est revenu à la normale. « Je suis étonnée, mais c'est la réalité », s'exclame la professeure en stratégie Isabelle Dostaler, de l'Université Concordia. « Les transporteurs traditionnels se sont tous retrouvés sous la protection des tribunaux. Mais la restructuration de ces sociétés a fonctionné. On est parvenu à développer une véritable compétence en restructuration d'entreprises aériennes. » Les grandes sociétés américaines ont repris leur envol, tout comme Air Canada chez nous. Les taux d'occupation atteignent des records. Les compagnies se sont ajustées aux prix de l'énergie, et elles regardent avec un intérêt certain le développement des économies chinoise et indienne.

Une économie... galvanisée

Et puis, « tous les événements-catastrophes sont stimulants pour l'économie », selon le gestionnaire de placements Jean-Paul Giacometti de la firme Claret. Vraiment? N'est-ce pas une vision dépassée de l'économie? « Pas du tout, répond l'investisseur. L'impact du 11 septembre a engendré plus d'activités de guerre. Le président américain voulait sortir l'économie de son marasme en déclenchant une guerre. »

Les entreprises du secteur de l'énergie, les producteurs de matières premières, les sociétés pharmaceutiques et celles du secteur des télécommunications ont profité largement des attentats. Mais ce sont sans doute les sociétés oeuvrant pour le ministère de la Défense des États-Unis qui en ont profité le plus: Lockheed Martin, Raytheon, Boeing, mais aussi des entreprises québécoises comme CAE, qui fabrique des simulateurs de vols, et Héroux-Devtek, qui conçoit des trains d'atterrissage et des composantes de moteurs.

Depuis 2001, les dépenses liées à la défense aux États-Unis ont bondi de 70 %. En 2005, les dépenses militaires ont atteint 1118 milliards de dollars, un record, selon les données de l'Institut international de recherche pour la paix à Stockholm. La moitié de ces dépenses sont effectuées par les États-Unis.

Relations commerciales tendues


Cela dit, d'un point de vue canadien, c'est sans doute la relation commerciale avec les États-Unis qui s'est le plus complexifiée. Et, avec l'exigence prochaine de présenter un passeport aux postes douaniers, il y a fort à parier que le délai d'expédition de marchandises entre les deux pays va encore s'allonger.

Le Canada exporte plus de 85 % de sa production vers les États-Unis. Or, depuis le 11 septembre, passer à la frontière est devenu une tâche plus fastidieuse, et le concept du « juste à temps » a été écorché. Des retards de livraison sont apparus, surtout dans les semaines suivant les attentats. Aussi, des entreprises ont choisi d'ouvrir des entrepôts en sol américain pour être en mesure de répondre dans les délais prescrits aux demandes des entreprises. La situation n'est pas alarmante, toutefois. Le commerce entre les deux pays ne cesse de s'accroître.

Après les attentats, les records

Le président des États-Unis, George Bush, et, aujourd'hui, le premier ministre du Canada, Stephen Harper, répètent que les terroristes n'acceptent pas le mode de vie des Nord-Américains. Force est de constater que, cinq ans plus tard, les attentats n'ont pas ralenti le désir de consommation ni la progression du capitalisme américain. Les marchés boursiers atteignent des sommets, les entreprises enregistrent des profits records et la mondialisation fait la loi. De nombreuses fusions et acquisitions d'entreprises sont effectuées tous les jours.


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New York aujourd'hui

Marchez dans New York un jour de septembre, cinq ans après les attentats contre les tours du World Trade Center, et vous constatez que rien n'a vraiment changé. Le coeur de la ville bat toujours au rythme des excentricités de Time Square, des plaisirs raffinés de Tribeca, des branchés qui parlent fort dans les restos de Meat Packing District, des jeunes courtiers arrogants de Wall Street. Les gens marchent vite, ils sont affairés, parlent au téléphone, récupèrent un énième courriel sur leur Blackberry. Les taxis klaxonnent pour rien, comme toujours. Tout est comme avant... sauf peut-être un petit sentiment. Une petite bête intérieure, qui sait que tout est maintenant possible. Le meilleur comme le pire. Elle sait que le rêve américain peut se transformer à n'importe quel moment en cauchemar.

Ce qui a changé ne se voit pas. Certes, il y a le cratère où des centaines de travailleurs s'affairent à remonter une immense tour. Mais, quoiqu'on pense des causes et des conséquences de ce qui s'est passé en 2001, il y a une petite voix intérieure qui rappelle au travailleur et à son employeur que cette routine rassurante peut encore être chavirée.



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