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Le ton monte entre Ottawa et Téhéran

Radio-Canada

Alors que le premier ministre Stephen Harper voudrait voir traduit en justice le procureur de Téhéran jugé responsable de la mort de la photojournaliste, le ministre iranien de la Justice accuse le Canada de diffamation.

L'escalade verbale entre les gouvernements canadien et iranien au sujet de la présence du procureur de Téhéran à la réunion du Conseil des droits de l'homme de l'ONU à Genève a grimpé d'un cran vendredi.

En réunion avec son cabinet à Québec, le premier ministre Stephen Harper a appelé la communauté internationale à utiliser « tous les moyens juridiques disponibles pour arrêter » et juger le procureur de Téhéran, Saïd Mortazavi, qu'Ottawa estime responsable de la mort de la photojournaliste Zahra Kazemi.

Selon les autorités canadiennes, le procureur de Téhéran, qui a lui-même ordonné l'arrestation de la photojournaliste, aurait falsifié des documents pour camoufler son implication dans cette affaire.

« Le gouvernement du Canada veut manifester très clairement que la conduite du gouvernement iranien et l'affaire Kazemi sont absolument inacceptables » a dit M. Harper.

« Une citoyenne canadienne a été battue et torturée à mort [...] Nous avons des raisons de croire que l'individu en question devrait faire face à des accusations internationales très graves et nous appelons la communauté internationale à utiliser tous les moyens juridiques disponibles pour l'arrêter et le traduire en justice », a soutenu le premier ministre Harper.

« Je ne sais pas si la volonté ou la possibilité de faire cela existent, mais nous voulons dire très clairement que le gouvernement canadien n'a pas laissé tomber cette affaire », a-t-il ajouté.

Mercredi, le Canada avait dénoncé vertement la présence du procureur de Téhéran à la réunion du Conseil des droits de l'homme de l'ONU à Genève, en Suisse. Par voie de communiqué, le ministre des Affaires étrangères du Canada, Peter Mackay, avait déclaré que la présence de Saïd Mortazavi au sein de la délégation iranienne à Genève montre que le gouvernement iranien méprise totalement les principes des droits de la personne.

Le fils de Mme Kazemi, Stephan Hachémi, a demandé à Ottawa d'intervenir auprès des autorités allemandes pour qu'il soit arrêté et extradé au Canada afin de subir son procès.

Selon le ministre des Affaires étrangères, il ne sera pas possible de l'arrêter lors de son escale en Allemagne, ni de demander son extradition de la Suisse en raison d'une question d'immunité diplomatique.

Le ministre Mackay ne veut toutefois pas lâcher prise et affirme que l'extradition du procureur de Téhéran n'est que partie remise.

Pour leur part, les autorités iraniennes ont réagi à cette histoire en affirmant que le Canada violait le protocole international en demandant l'extradition du procureur de Téhéran. Le ministre de la Justice iranien est même allé jusqu'à qualifier les propos tenus par M. Mackay de diffamatoires. Ce à quoi le ministre a répondu : « Qu'il vienne me faire un procès au Canada, qu'il vienne ici plaider sa cause. »

Appui des États-Unis

Les États-Unis ont également protesté vendredi contre la présence du procureur de Téréhan à Genève. « Nous nous joignons au gouvernement canadien pour déplorer la présence du procureur de Téhéran Saïd Mortazavi à la séance inaugurale du Conseil des droits de l'homme », a déclaré un porte-parole du département d'État, Tom Casey.

« Il est déplacé qu'un responsable de ce type, quelqu'un que deux enquêtes officielles iraniennes ont rendu responsable de l'arrestation et de la détention illégales d'une journaliste canadienne, puisse participer à cet événement » a ajouté M. Casey.

La photojournaliste Zahra Kazemi est morte en juillet 2003, à l'âge de 54 ans, à peine quelques jours après son arrestation près de la prison Evine de Téhéran, où elle photographiait des manifestants. Transportée à hôpital dans un état grave, Mme Kazemi est morte, peu après, d'une hémorragie cérébrale provoquée par un traumatisme crânien durant sa détention.

Elle a été enterrée à la hâte en Iran. En juillet 2004, Téhéran a acquitté un agent des renseignements accusé du meurtre de Mme Kazemi.