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Réduire les impôts ou la TPS?

Radio-Canada

En décembre 2005, le chef du Parti conservateur Stephen Harper promet, durant la campagne électorale, d'abaisser la TPS d'un point de pourcentage pour la faire passer de 7 % à 6 % immédiatement après son élection. Au cours des 5 années suivantes, la TPS serait ensuite ramenée de 6 % à 5 %.

La première réduction d'un point de pourcentage de la TPS coûterait environ 4,5 milliards de dollars au gouvernement.

Cela dit, pour le contribuable, cette baisse de la TPS est-elle préférable aux réductions d'impôts proposées par l'ancien premier ministre libéral, Paul Martin? Et sur le plan du développement économique, quelle mesure est la plus souhaitable?

Comme la majorité des économistes, Nicolas Marceau, professeur à l'Université du Québec à Montréal estime qu'il est nettement préférable de baisser les impôts plutôt que les taxes à la consommation. Il rappelle que l'impôt sur le revenu des particuliers est un frein plus important à la croissance économique que les taxes à la consommation, car il décourage le travail et l'épargne.

« L'impôt réduit notre incitation à travailler, car si l'on fait des heures supplémentaires, on est imposé davantage. », explique M. Marceau. De plus, l'impôt élevé peut décourager les gens à entrer sur le marché du travail. Un citoyen peut, en effet, se demander pourquoi travailler si une grande partie de son salaire est envoyé au gouvernement. Enfin, il souligne que l'impôt peut également décourager les études, car le salaire plus élevé obtenu grâce aux études sera imposé plus lourdement.

Quant à l'épargne, elle est découragée par les impôts élevés qui amputent une trop grande partie des revenus.

L'économiste Filip Palda de l'ENAP va encore plus loin. Non seulement il s'oppose à une baisse de la TPS, mais il croit que le gouvernement devrait éliminer toutes les autres taxes et ne conserver que la TPS à un taux plus élevé.

« La TPS est une bonne taxe. Elle ne décourage pas le travail, ni l'épargne, et elle réduit l'évasion fiscale. Enfin, la TPS est visible et c'est d'ailleurs pour ça que les gens la détestent. Mais il faut savoir que le gouvernement fédéral n'a pas augmenté la TPS depuis son adoption en 1991, alors qu'il a augmenté toutes les autres taxes cachées, car justement elles sont plus difficiles à voir », nous a déclaré M. Palda.

L'économiste estime que les impôts sont trop élevés au pays. Réduire les impôts contribuerait, selon lui, à stimuler l'économie tout en encourageant le travail et l'investissement: « Les baisses de revenus du gouvernement provenant des réductions d'impôts seraient alors compensées par l'augmentation des revenus provenant de la croissance économique ».

Par contre, les associations de protection des consommateurs sont plutôt allergiques à la TPS. Charles Tanguay de l'Union des consommateurs du Québec affirme qu'il n'est pas très favorable aux taxes à la consommation en général parce qu'elles ont un effet régressif: « Elle affectent davantage les familles à faible et moyen revenu que les familles les plus riches. Cela dit, les ménages ne paient pas de TPS sur l'alimentation et le loyer qui accaparent une grande part des revenus des familles les moins bien nanties. »

M. Tanguay suggère donc une autre solution pour venir en aide aux familles démunies. « Nous, ce que l'on prône plutôt, c'est une bonification des crédits d'impôt pour la TPS [destinés aux familles à faible revenu] ». Il croit, par ailleurs, que les contribuables fortunés devraient payer davantage de TPS sur les produits de luxe: « On verrait mal qu'une baisse de 2 points de pourcentage de TPS soit appliquée sur les Jaguars, les BMW, etc. Alors, l'idée de moduler la TPS selon les biens que l'on achète nous apparaît très séduisante. Par exemple, on devrait enlever la TPS et les taxes à la consommation sur les couches pour bébés parce que ça fait mal aux familles à faibles revenus. » (1)

(1) Entrevue accordée à l'émission Maisonneuve en direct le 2 décembre 2005.