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Une poignée de femmes dans un univers masculin

Elles sont onze. Un club sélect de 11 femmes élues à la tête de leur pays respectif, sur les 191 pays membres de l'ONU, à marcher dans les traces des Margaret Thatcher, Indira Gandhi ou Golda Meir.

Certaines n'ont pratiquement que des pouvoirs honorifiques, d'autres sont parmi les femmes les plus puissantes du monde. Ces premières ministres ou présidentes se retrouvent à la tête de pays aux réalités divergentes, dont le nombre d'habitants s'échelonne de 157 000 à 142 millions d'habitants, le PIB de 245 millions à 2239 milliards de dollars américains et le PIB par habitant de 900 $US à près de 38 000 $US...

Même si les inégalités femmes/hommes sont en général moins marquées en Occident, ces pays n'ont pourtant pas tendance à choisir davantage de femmes pour les diriger, fait remarquer la professeure Chantal Maillé, de l'Institut Simone de Beauvoir de l'Université Concordia. Actuellement, les États européens ont quatre femmes élues à leur tête, l'Afrique en compte trois (toutes des économistes formées à l'étranger), l'Océanie une, et l'Amérique latine, pourtant considérée machiste, une également.

Fidèle à sa tradition des « dynasties politiques », l'Asie en compte deux. Depuis 1960, c'est en fait ce continent qui a le plus souvent porté des dirigeantes au pouvoir. La quasi-totalité du temps, ce sont les filles ou les épouses d'un ancien chef d'État ou de gouvernement, le plus souvent assassiné en cours de mandat.

Quant à l'Amérique du Nord, elle affiche un piètre bilan: au niveau fédéral, ni le Canada ni les États-Unis n'ont encore choisi une femme pour les diriger. Les Territoires du Nord-Ouest et l'Île-du-Prince-Édouard ont toutefois élu une première ministre à une reprise.

Fait à noter: alors que leurs homologues masculins veulent souvent projeter l'image d'un couple et d'une famille unis, quatre des onze dirigeantes actuelles sont divorcées et une autre voit le mariage comme un « mal nécessaire ».

Gant de velours ou main de fer?

On a longtemps dit que les femmes, une fois au pouvoir, seraient plus vertueuses ou, à tout le moins, moins agressives et plus progressistes. « Le mythe que le genre [laisse présager] une façon de gouverner ne tient plus la route », tranche Mme Maillé. « On ne peut plus avoir la naïveté [qu'on avait] il y a trente ans. On pouvait alors croire qu'une masse critique de femmes, ensemble, changeraient les choses et seraient porteuses de valeurs différentes, car il n'y en avait presque pas eu », fait-elle valoir.

« Aujourd'hui, on ne parle plus dans l'abstrait, mais dans le concret, car il y a eu une normalisation de la présence des femmes dans la sphère publique. L'expérience nous montre qu'il n'y a pas qu'une façon de faire propre aux femmes, mais qu'il existe plein de modèles différents. ».

Sur l'échiquier politique, les dirigeantes d'aujourd'hui sont de gauche ou de droite. Les unes consultent, les autres imposent. Si la Néo-Zélandaise Helen Glark s'est opposée à la guerre en Irak, la Philippine Gloria Macapagal-Arroyo s'est avérée l'une des plus fidèles alliées de George Bush dans sa lutte antiterroriste. Alors que d'autres s'entourent uniquement d'hommes, Michelle Bachelet a créé un gouvernement composé à moitié de femmes. Si cette dernière a obtenu le divorce avant même qu'il ne soit légalisé dans son pays, son homologue irlandaise y est farouchement opposée. Certaines ont une réputation irréprochable, d'autres sont accusées de corruption ou de fraudes électorales. En somme, elles ne semblent ni pires ni meilleures que les hommes...

Les pionnières

Il y eut un début: le droit de vote des femmes, que la Nouvelle-Zélande a été la première à accorder, en 1893. Il faudra cependant attendre 1960 pour qu'une femme soit élue première ministre, Sirimavo Bandaranaike, au Sri Lanka, et 1980, pour qu'une autre, Vigdis Finnbogadottir, en Islande, devienne présidente par les urnes.

  • Sri Lanka: Sirimavo Bandaranaike, première ministre (1960-1965, 1970-1977 et 1994-2000). Elle est la conjointe de Salomom Badarankaike, assassiné en 1959 lorsqu'il était premier ministre. Elle quitte définitivement le pouvoir à 84 ans, à la demande de sa fille, la présidente Chandrika Kumaratunga, deux mois avant l'échéance.
  • Inde: Indira Gandhi, première ministre (1967-1984). Elle est assassinée en cours de mandat. Elle est la fille de Nehru, premier premier ministre indien.
  • Israël: Golda Meir, première ministre (1969-1974)
  • Argentine: Isabel Peron, présidente (1974-1976). Elle succède à son mari, Juan Peron, à sa mort, sans toutefois être élue, puis est renversée.
  • Grande-Bretagne: Margaret Thatcher, première ministre (1979-1990)
  • Islande: Vigdis Finnbogadottir, présidente (1980-1992)
  • Norvège: Gro Harlem Brundtland, première ministre (1981-1996)
  • Irlande: Mary Robinson, présidente (1988-1997)
  • Pakistan: Benazir Bhutto, première ministre (1988-1990, 1993-1996). Première femme à diriger un pays musulman, est la fille de l'ex-premier ministre Ali Bhutto, qui a été exécuté.
  • Bangladesh: Khaleda Zia, première ministre (1991-1996). Elle est l'épouse de l'ex-président Ziaur Rahman, qui a été assassiné.
  • France: Edith Cresson, première ministre (1991-1992)
  • Turquie: Tansu Ciller, première ministre (1993-1996)
  • Sri Lanka: Chandrika Kumaratunga, présidente (1994-2005). Sa mère, Sirimavo Bandaranaike, et son père, Salomom Badarankaike, ont tous les deux été premiers ministres du pays. Son père a été assassiné.
  • Bangladesh: Hasina Wajed, première ministre (1996-2001) Elle est la fille du fondateur et premier chef d'État du pays, Mujibur Rahman, assassiné en 1975.
  • Panama: Mireya Moscoso, présidente (1999-2004)
  • Indonésie: Megawati Sukarnoputri, présidente (2001-2004). Elle est la fille de l'ex-président Sukarno, considéré comme le père de l'indépendance.
  • Sénégal: Mame Madior Boye, première ministre (2001-2002)