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Un journal français en rajoute

Radio-Canada

L'hebdomadaire satirique français Charlie Hebdo publie les caricatures du prophète Mahomet, des dessins qui continuent d'alimenter la colère, notamment en Afghanistan, où les émeutes ont fait de nouveaux morts.

Voilà qui pourrait jeter de l'huile sur le feu dans l'affaire des caricatures du prophète Mahomet.

En France, l'hebdomadaire satirique de gauche Charlie Hebdo a publié mercredi les 12 caricatures publiées en septembre par le quotidien danois Jyllands-Posten. Elles sont accompagnées de dizaines de nouvelles caricatures qui s'en prennent à l'islam et à d'autres religions, et de commentaires d'intellectuels musulmans favorables à leur publication.

L'hebdomadaire affirme vouloir analyser la polémique et ses conséquences et « montrer que la liberté d'expression doit être plus forte que l'intimidation ».

En entrevue à la télévision de Radio-Canada, mercredi matin, le rédacteur en chef de Charlie Hebdo, Philippe Val, a soutenu qu'il ne fallait jamais reculer devant le chantage et le terrorisme des groupes extrémistes, sous peine de faire mourir la démocratie.

Sous le titre « Mahomet débordé par les intégristes », le tirage de l'hebdomadaire, habituellement de 100 000 exemplaires, a été porté à 160 000 exemplaires, puis à 320 000.

Mardi, des organisations musulmanes, dont le Conseil français du culte musulman et l'Union des organisations islamiques de France, avaient saisi la justice pour demander l'interdiction de ce numéro, considérant que sa publication constituait une « injure raciale et religieuse ».

Elles ont cependant été déboutées pour vice de forme, les juges n'ayant pas statué sur le fond de la demande.

Les associations islamiques entendent cependant entamer de nouvelles procédures judiciaires contre l'hebdomadaire.

Les violences continuent

Les manifestations contre la publication des caricatures du prophète Mahomet par la presse européenne se sont poursuivies dans certains pays musulmans mercredi.

En Afghanistan, 4 personnes ont été tuées et 21 autres, dont 9 policiers et soldats, ont été blessées lors d'une marche de protestation à Qalat, dans le sud du pays, portant à 11 le nombre de morts afghans depuis lundi.

La police a ouvert le feu sur une foule d'environ 400 personnes qui a attaqué le quartier général des forces de l'ordre et se dirigeaient vers une base militaire américaine. Les manifestants ont en outre mis le feu à trois camions-citernes remplis de carburants qui étaient destinés à la base.

En Cisjordanie, dans les territoires palestiniens, la mission d'observation internationale à Hébron a décidé d'évacuer ses locaux, attaqués aux pierres par des centaines de manifestants palestiniens, dont de nombreux écoliers.

D'autres manifestations se sont déroulées sans incident majeur au Bengladesh, en Indonésie, aux Philippines, en Turquie, au Nigéria et dans le Cachemire indien.

Au Yémen, les autorités ont ordonné la fermeture du quotidien anglophone Yemen Observer et une poursuite contre son rédacteur en chef pour « offense à l'islam et au prophète » à la suite de la reproduction des caricatures incriminées. Une mesure semblable a été appliquée deux jours plus tôt contre l'hebdomadaire privé Al-Hourriya. Le Yémen emboîte ainsi le pas au Maroc et à la Jordanie, en sévissant contre certains organes de presse dans cette affaire.

Nouveaux appels au calme

Entre-temps, les dirigeants politiques et religieux ont poursuivi les appels à l'apaisement.

Réagissant notamment à la publication de caricatures par l'hebdomadaire satirique Charlie Hebdo, le président français a réagi mercredi en condamnant toutes les « provocations manifestes » susceptibles d'attiser les tensions. « Tout ce qui peut blesser les convictions d'autrui, en particulier les convictions religieuses, doit être évité. La liberté d'expression doit s'exercer dans un esprit de responsabilité », a-t-il déclaré.

Jacques Chirac a également condamné les violences perpétrées depuis quelques jours contre certaines missions diplomatiques étrangères au Moyen-Orient.

L'Organisation de la conférence islamique (OCI), l'Union européenne et l'ONU ont exprimé de concert la nécessité du dialogue, estimant que les attaques contre les missions diplomatiques étrangères « ne peuvent que nuire à l'image d'un islam pacifique ».

« Nous estimons que la liberté de la presse implique responsabilité et jugement et doit respecter les croyances et les principes de toutes les religions », ont-elles déclaré dans un communiqué commun.

De leur côté, la Cour suprême et le Conseil religieux des oulémas d'Afghanistan ont pressé les Afghans à mettre fin aux manifestations. Les deux instances ont par ailleurs accusé « des mains étrangères » d'infiltrer ces protestations et de « les utiliser à d'autres fins », montrant du doigt les talibans et leurs alliés d'Al-Qaïda.

Enfin, le premier ministre du Danemark a mis en garde les pays musulmans contre une escalade potentiellement dangereuse de la crise provoquée par cette affaire des caricatures et a condamné les attaques perpétrées contre les représentations diplomatiques danoises en Syrie, au Liban et en Iran.

Anders Fogh Rasmussen a aussi accusé des éléments extrémistes d'attiser la colère musulmane et a réitéré son appel au dialogue.