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Levée de boucliers contre la réforme des CPE

Radio-Canada

Le Parti québécois et l'Action démocratique demandent le report de la réforme défendue par la ministre Carole Théberge, pendant que les responsables des garderies s'entre-déchirent sur la place publique à ce sujet.

À Québec, l'opposition à l'Assemblée nationale veut empêcher l'adoption du projet de réforme des Centres de la petite enfance (CPE) proposé par le gouvernement Charest, actuellement étudié en commission parlementaire.

En point de presse, mardi, le nouveau chef du Parti québécois, André Boisclair, a dénoncé le projet de loi 124 défendu par la ministre Carole Théberge.

Tout en reconnaissant que tout n'est pas mauvais dans ce projet, il demande le retrait de certaines dispositions prévoyant la création de bureaux de coordination pour gérer la garde en milieu familial. Le gouvernement propose en fait de retirer la gestion des garderies en milieu familial aux CPE pour les confier à ces bureaux coordonnateurs.

M. Boisclair avance qu'avec la réforme du gouvernement, 1 bureau coordonnateur aura la responsabilité de 715 enfants, alors que dans le système actuel, 1 CPE s'occupe de 100 enfants. De plus, la réforme proposée ferait passer le nombre de conseillers pédagogiques de 1 pour 15 enfants à 1 pour 30 enfants.

André Boisclair voit dans le projet « une machine infernale » pour écarter les parents du processus.

Le chef du PQ estime aussi que le gouvernement agit de façon précipitée, avec une consultation « à la va-vite », et qu'il s'arroge le pouvoir exceptionnel de faire adopter des règlements sans avis et sans publication.

Pour sa part, le chef de l'Action démocratique, Mario Dumont, demande l'abandon pur et simple du projet de loi 124 dans sa forme actuelle.

M. Dumont dit ne pas croire la ministre lorsqu'elle affirme que la création des 130 bureaux coordonnateurs permettra des économies de 50 millions de dollars par année. Selon lui, cela se traduira par davantage d'argent dans les bureaux et moins de ressources dans le milieu familial.

Il trouve enfin que le projet de réforme provoque une démobilisation du milieu.

Le milieu des services de garde est divisé

Les dirigeants de 700 des 1000 CPE sont opposés au projet de loi. L'Association québécoise des CPE, qui les représente, lance une campagne publicitaire de 300 000 $ pour lutter contre la réforme.

L'argent ne serait pas puisé à même le budget de fonctionnement des CPE, mais dans les poches des parents et de sympathisants ainsi que dans les surplus de certains CPE. L'AQCPE précise d'ailleurs avoir reçu une promesse de don anonyme de 100 000 $ si elle ramasse 200 000 $.

De son côté, l'Association des éducatrices en milieu familial se dit favorable au projet et soutient être victime d'une campagne de peur de la part des CPE.

Québec se défend de vouloir transformer les CPE en Wal-Mart

La ministre Théberge a rejeté les accusations de l'AQCPE selon lesquelles l'article 9 du projet de loi 124 ouvrirait la voie à la « walmartisation » des CPE.

Cet article stipule en effet que le gouvernement peut délivrer un permis de garderie à quiconque s'engage à fournir des services « dans une ou plusieurs installations ».

Selon Carole Théberge, qui dénonce « la démagogie et la désinformation » de l'AQCPE, il n'a jamais été question d'ouvrir des chaînes de garderies. Elle souligne toutefois que l'article 9 devra être précisé.

Formation et diplômes des éducatrices

Par ailleurs, le ministère de la Famille a réfuté les informations de La Presse selon lesquelles il exigerait un diplôme d'études collégiales (DEC) pour toutes les éducatrices travaillant dans les CPE.

Actuellement, les CPE doivent s'assurer d'avoir au moins deux éducatrices sur trois qui détiennent des DEC. Québec souhaite simplement étendre cette exigence aux garderies privées, où le ratio est actuellement d'une éducatrice formée pour deux non formées. Selon le gouvernement, cette volonté a été entérinée par le conseil des ministres en novembre 2004.

On dénombre 512 garderies privées et 1002 CPE - desquels relèvent 14 000 services de garde en milieu familial - au Québec. Quelque 197 000 enfants bénéficient de services de garde dans la province, dont 40 000 dans des garderies privées.

En outre, Québec contredit aussi les informations du quotidien voulant qu'il crée une nouvelle sous-catégorie moins rémunérée, l'aide-éducatrice, pour celles qui n'auront pas de formation particulière. De fait, précise le gouvernement, le statut d'aide-éducatrice existe déjà dans les CPE depuis 1997.

L'aide-éducatrice a pour mission d'accompagner et de seconder l'éducatrice, et pourrait prendre sa place pour de courtes périodes. Elle doit aussi exécuter des tâches ménagères, comme nettoyer les jouets et faire la lessive.

Le projet de loi 124: rappel des faits

Annoncée le mois dernier, la réforme des CPE prévoit la création de 130 bureaux de coordination, constitués en organismes à but non lucratif, pour remplacer les 884 CPE dans la gestion du réseau. Québec croit ainsi pouvoir économiser 50 millions de dollars.

De plus, le projet de loi favorisera l'ouverture des CPE le soir et les week-ends pour aider les parents qui ont des horaires de travail irréguliers. Le gouvernement veut aussi instituer des listes d'attente régionales et ajouter des représentants gouvernementaux au sein des conseils d'administration des CPE, où les parents resteront majoritaires.

La nouvelle réglementation s'appliquera dès 2006 aux réseaux public et privé, qui comptent au total 200 000 places. L'AQCPE est convaincue que les mesures annoncées mèneront à une détérioration des services de garde en milieu familial, et rappelle qu'en deux ans, Québec a amputé 80 millions de dollars au budget des CPE.

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