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Le passé refait surface au Mississippi

Radio-Canada
Prenez note que cet article publié en 2005 pourrait contenir des informations qui ne sont plus à jour.

Le 10 juin 2005 - Journaliste: Ximena Sampson

Quarante et un ans jour pour jour après le meurtre de trois jeunes militants des droits civiques au Mississippi, le 21 juin 1964, un ancien leader du Ku Klux Klan a été reconnu coupable d'homicide involontaire. Edgar Ray Killen, âgé de 80 ans, devra purger 60 ans de prison. L'ancien pasteur et membre du Ku Klux Klan était la première personne jamais inculpée pour le meurtre de Michael Schwerner, James Chaney et Andrew Goodman. Cette affaire, qui avait bouleversé les États-Unis, a été rendue célèbre par le film Mississippi burning (1988), d'Alan Parker.

À l'été 1964, des milliers d'étudiants de niveau collégial sont arrivés dans le sud des États-Unis, à l'appel du Congress of racial equality (CORE), pour prendre part à l'enregistrement des Noirs sur les listes électorales. Même s'ils avaient le droit de vote depuis plus de 100 ans, une infime minorité de Noirs du Sud en faisait usage.

La situation était encore pire au Mississippi, où ils étaient souvent victimes d'intimidation, et où leurs commerces et maisons étaient parfois brûlés. Les activistes blancs qui travaillaient avec eux subissaient aussi toutes les formes de harcèlement.

La campagne Freedom summer, l'été de la liberté, luttait contre la ségrégation en encourageant les Noirs à affirmer leurs droits civiques.

Les faits

Andrew Goodman était originaire de New York. Il avait 20 ans. Il est arrivé à Meridian, au Mississippi, le 20 juin 1964, dans le cadre du Freedom Summer. Il y a rejoint Michael Schwerner, 24 ans, qui travaillait à Meridian depuis janvier 1964 avec sa femme, Rita. Il était responsable du travail de terrain. James Chaney, 21 ans, était bénévole pour CORE à Meridian, sa ville natale.

Le 21 juin, ils sont allés inspecter les ruines d'une église brûlée par le Ku Klux Klan et rencontrer des Noirs qui avaient été battus. Dans l'après-midi, ils ont été arrêtés par des policiers, prétendument pour excès de vitesse. Ils ont passé plusieurs heures au commissariat avant d'être relâchés. Selon des témoignages, le shérif adjoint, Cecil Price, a averti le Ku Klux Klan de l'arrestation de Michael Schwerner, dont le nom se trouvait sur une liste noire en raison de son travail acharné contre la ségrégation. Le chef local du KKK, Sam Bowers, avait ordonné son élimination.

Relâchés en pleine nuit, les trois militants ont été pris en chasse par deux autos remplies de membres du Ku Klux Klan. Ils ont été rattrapés et emmenés dans un endroit isolé. Michael Schwerner et Andrew Goodman ont été tués d'une balle dans la poitrine, James Chaney a été roué de coups avant d'être abattu.

Après six semaines de recherches intensives dans les marais, forêts et fermes environnantes, les agents du FBI ont finalement retrouvé les corps, enterrés sous une digue.

Le premier procès

Quelques mois plus tard, 19 membres du Ku Klux Klan ont été interpellés. Un des accusés a plaidé coupable, les 18 autres ont subi un procès, au terme duquel 7 d'entre eux ont été inculpés pour violation des droits civiques des militants. Ils ont été condamnés à des peines allant de 3 à 10 ans de prison.

Trois accusés ont été relâchés parce que le jury n'avait pas rendu un verdict unanime. Edgar Ray Killen était l'un d'entre eux. On l'accusait d'avoir coordonné les activités des assassins. Onze jurés étaient convaincus de sa culpabilité, mais une des membres du jury a déclaré qu'elle ne pouvait condamner un pasteur.

Aujourd'hui

Le département de la Justice de l'État du Mississippi a décidé de rouvrir le dossier en 1999, après la publication d'une entrevue avec Sam Bowers, condamné à la prison pour un autre meurtre. Il s'y disait ravi d'avoir déjoué la justice et permis au coordonnateur des meurtres des trois activistes de demeurer en liberté.

Edgar Ray Killen avait déclaré au même quotidien, The Clarion-Ledger de Jackson, qu'il n'était pas impliqué dans cette affaire, mais que les meurtriers n'avaient pas eu tort. Il avait aussi soutenu à plusieurs reprises que le mouvement des droits civiques faisait partie d'une conspiration communiste.

Certains estiment que c'est une erreur de revenir sur une histoire d'il y a 40 ans. C'est notamment le cas des anciens accusés.

Mais la famille de Michael Schwerner doute également du bien-fondé de la démarche. Sa veuve, Rita Bender, son frère et d'autres activistes craignent que ce procès ne vise en fait à réécrire l'histoire et à faire oublier le passé raciste du Mississippi. Ils soutiennent qu'Edgar Ray Killen n'est qu'un bouc émissaire, puisque le ségrégationnisme et le racisme faisaient partie intégrante de la culture sudiste de l'époque. Ils en tiennent pour preuve l'existence de la Mississippi State Sovereignty Commission (commission pour la souveraineté du Mississippi), dont les archives ont récemment été rendues publiques.

Cette commission, fondée en 1956 pour défendre l'État de « l'empiétement » des autorités fédérales, surveillait de près toutes les personnes soupçonnées de promouvoir l'intégration raciale. Dans ses archives, on trouve les fiches de milliers de personnes qualifiées de subversives à cause de leurs activités. Ces informations étaient transmises aux policiers, dont plusieurs étaient des membres du Ku Klux Klan. Michael Schwerner faisait partie des personnes fichées.

En outre, Rita Bender affirme que si le meurtre de son mari a attiré l'attention internationale, c'est parce qu'il était blanc. S'il s'était agi de trois activistes noirs, soutient-elle, on les aurait vite oubliés.

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