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Faut-il avoir peur de Karla Homolka?

juin 2005 - Journaliste: Nicolas Duguay

La seule évocation de son nom suffit à faire ressurgir une série d'images toutes plus terribles les unes que les autres. Qui est, en fait, cette jeune femme au sourire candide qu'on voit sur certaines photos d'archives? Qui est-elle, celle qui figure sur ces photos de mariage complètement surréalistes lorsque replacées dans leur contexte?

Toutes ces questions, un grand nombre de Canadiens se les posent, alors que Karla Homolka vient tout juste de retrouver sa liberté et que, derrière les sourires flamboyants d'Homolka et de son ancien mari, Paul Bernardo, se cache toujours un chapitre sanglant de l'histoire criminelle canadienne.

C'est au printemps 1993, lorsqu'elle apparaît dans un tribunal ontarien, que la jeune femme de 23 ans attire pour la première fois l'attention des médias. Karla Homolka, profitant d'un accord avec un système de justice pressé de clore cette histoire sordide, est ainsi rapidement condamnée à 12 ans de réclusion pour homicide involontaire de deux adolescentes.

Elle refera surface, deux ans plus tard, à l'été 1995, alors qu'elle est appelée à témoigner contre Paul Bernardo. Celui-ci, déclaré délinquant dangereux par la Cour, est condamné à la prison à perpétuité pour les meurtres des deux adolescentes et de la soeur cadette de Karla Homolka, Tammy.

Des bandes vidéo incriminantes

Mais, entre-temps, entre le moment où Karla Homolka signe une entente controversée avec les autorités et la condamnation de Bernardo, un nouvel élément fait surface.

En effet, des bandes vidéo sont retrouvées dans la maison du couple et tendent à prouver une implication beaucoup plus grande de Karla Homolka dans les événements.

Sur ces bandes, initialement cachées aux autorités par l'avocat de Paul Bernardo, on peut voir le couple Homolka-Bernardo droguer, violer et torturer longuement des jeunes filles.

On peut surtout constater que Karla Homolka jouait un rôle actif dans tout ceci et qu'elle n'était peut-être pas la victime qu'elle disait être.

La divulgation de ces bandes vidéo qui ont servi à sceller le sort de Paul Bernardo a aussi amené certaines personnes à se questionner sur la valeur et l'importance même du témoignage de Karla Homolka. Avec de telles preuves, la Couronne avait-elle vraiment besoin du témoignage de Karla Homolka? Avait-elle besoin de signer, avec elle, une promesse de clémence qui, aujourd'hui, soulève encore le débat? Et, finalement, la Couronne aurait-elle dû se servir des bandes vidéo pour revoir entièrement le procès de Karla Homolka?

Une figure atypique dans le monde carcéral

Douze ans après avoir été incarcérée, la plus célèbre criminelle au pays s'impose toujours comme une figure atypique de l'histoire carcérale.

Au Canada, lorsqu'une personne a purgé l'intégralité de sa peine, elle est remise en liberté avec tous les droits reconnus aux autres citoyens. Il n'y a que 5 % de détenus qui, comme Karla Homolka, purgent la totalité de leur peine, sans même avoir été remis en liberté partielle lorsqu'ils sont admissibles. Et pour une femme, c'est encore plus rare...

Si c'est si rare, c'est que les autorités estiment qu'il est généralement préférable de remettre un détenu en liberté avant terme et, ainsi, d'être en mesure de lui imposer de strictes conditions de réinsertion.

À moins, toutefois, que l'on n'invoque l'article 810.2 du Code criminel comme l'ont fait, avec succès, les procureurs du Québec et de l'Ontario. Cette démarche exceptionnelle prévoit l'imposition de strictes conditions de remise en liberté, et ce, même si la peine à été purgée jusqu'au bout. La plupart du temps, cet article est invoqué dans des cas relatifs aux criminels sexuels violents.

En Cour du Québec, les autorités ontariennes et québécoises ont plaidé avec succès, en juin 2005, que la détenue représenterait toujours un risque après sa remise en liberté, le même risque, en fait, qu'elle représentait alors qu'on lui refusait une quatrième requête en libération conditionnelle, en décembre dernier.

Une liberté surveillée

Le juge Jean R. Beaulieu a tranché en leur faveur, imposant à Karla Homolka une dizaine de conditions qu'elle devra respecter à sa sortie de prison.

Elle a ainsi dû fournir un échantillon d'ADN avant de quitter le pénitencier. Elle devra également suivre une thérapie et faire preuve de bonne conduite.

Il faudra qu'elle se soumette à un contrôle policier: elle devra communiquer ses coordonnées, tout comme le nom de la personne avec qui elle habitera, se rapporter aux policiers le premier vendredi de chaque mois, les aviser à l'avance d'un changement d'adresse et de tout déplacement de plus de 48 heures.

La cour lui impose en outre de nombreuses interdictions. Elle ne devra ni communiquer avec son ex-mari Paul Bernardo-Teale ni avec les familles des victimes. Elle ne pourra pas fréquenter quelqu'un ayant un casier judiciaire pour crimes violents (sauf en thérapie ou avec l'accord de sa thérapeute). Elle ne devra pas consommer de drogue ou de stupéfiants, sauf sous prescription.

Elle ne devra pas non plus occuper un emploi ou être bénévole dans un lieu où elle pourrait avoir accès à des benzodiazépines, des barbituriques ou des opiacés, ni dans un endroit où elle aurait un lien de confiance ou serait en situation d'autorité sur des personnes de moins de 16 ans.

Karla Homolka est passible d'emprisonnement si elle ne respecte pas les conditions prescrites par le tribunal.

Ces restrictions rassureront peut-être une population qui s'opposait massivement à sa remise en liberté. Mais suffiront-elles à venir à bout du syndrome « pas dans ma cour » autant en Ontario, d'où elle est originaire, qu'au Québec, où elle s'est installée?