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Une petite culotte intelligente pour repenser la santé sexuelle des femmes

Parnian Majd montre sa culotte intelligente dans son laboratoire.

L'entreprise Fibra Inc. fondée par Parnian Majd, développe sa culotte intelligente avec l'aide de plusieurs institutions telles que l'Université Métropolitaine de Toronto, l'Université York, le Collège Centennial et le Réseau universitaire de santé (UHN).

Photo : Radio-Canada / Ken Townsend

Devenir enceinte plus rapidement ou détecter un cancer du col de l’utérus grâce à une petite culotte intelligente, c’est l’objectif que s’est donné l’entreprise torontoise Fibra. Avec son sous-vêtement de l'avenir, elle souhaite donner aux femmes les rênes de leur santé reproductive et sexuelle, à l’heure où la recherche en la matière est toujours en retard par rapport celle sur les hommes.

Dans le laboratoire de l’entreprise Fibra Inc., au centre-ville de Toronto, une dizaine de scientifiques et d’ingénieurs s’affairent autour de patrons de couture et de fins câbles électriques.

Depuis deux ans, ils développent un sous-vêtement féminin réutilisable capable de recueillir, grâce à des capteurs connectés à une application mobile, toutes sortes d'informations sur le système reproducteur de la femme qui la porte.

Ce que nous faisons, c’est redonner le pouvoir aux femmes en leur permettant d’avoir accès aux données [concernant leur système reproducteur] simplement en portant notre produit, explique la fondatrice et PDG de Fibra, Parnian Majd.

Selon elle, son invention offrira bientôt un solution de rechange simple et efficace aux examens médicaux parfois invasifs et pénibles qui sont nécessaires pour évaluer l’état de santé intime des femmes.

Parnian Majd travaille avec ses collègues sur le prototype de sa culotte intelligente.

La culotte intelligentes Fibra Inc. est munie de capteurs qui permettent de recueillir des données sur la fertilité et l'appareil reproducteur féminin. Elles est lavable et réutilisable.

Photo : Radio-Canada / Ken Townsend

Pour le moment, l’entreprise se concentre surtout sur la fertilité en mettant au point un système capable de détecter l’ovulation, mais le sous-vêtement pourrait éventuellement aider à détecter des maladies telles que les infections transmises sexuellement et même le cancer du col de l’utérus.

Un sujet tabou

Mme Majd raconte s’être lancée dans ce projet pour briser les tabous entourant la santé sexuelle et reproductive des femmes.

Née en Iran à la fin des années 1990, cette ingénieure biomédicale dit n’avoir jamais compris pourquoi les femmes de son entourage, comme celles dans beaucoup d’autres pays, n’osaient pas parler des problèmes liés à leur système reproductif.

J’ai toujours su que les choses ne devraient pas être ainsi.

Une citation de Parnian Majd, fondatrice et PDG, Fibra Inc.

Convaincre les investisseurs de participer au projet n’a toutefois pas été de tout repos.

Certains investisseurs masculins ne comprenaient pas le problème auquel nous essayions de répondre, parce qu’ils n’y font pas face eux-mêmes. Cela a été un réel défi, parce qu’il a fallu les instruire sur l’ovulation, le cycle menstruel, le cancer du col de l’utérus et ses méthodes de détection, explique-t-elle.

Parfois, à la fin de notre réunion, ils me disaient : "Laisse-moi en parler à ma femme pour voir s’il s’agit d’un réel problème". C’était vraiment frustrant.

Une citation de Parnian Majd, fondatrice et PDG, Fibra Inc.
Parnian Majd travaille avec une collègue sur un modèle de culotte.

La culotte intelligente réutilisable Fibra Inc. sera vendue au prix de 80 $, affirme la fondatrice de l'entreprise.

Photo : Radio-Canada / Ken Townsend

20 ans de retard sur les hommes

Ce que rapporte Mme Majd n’a rien de surprenant pour la Dre Rachel Rubin, présidente du comité d'éducation de l'International Society for the Study of Women's Sexual Health, ou société internationale d’étude de la santé sexuelle des femmes. La santé sexuelle des femmes est vraiment au bas de l’échelle. [...] Nous n’avons pas beaucoup de financement ni de soutien académique, indique l'urologue de formation. La société est basée au Massachusetts.

Selon elle, l’exclusion historique des femmes de la médecine fait en sorte que l’étude et la compréhension des maladies féminines, comme l’endométriose ou le syndrome des ovaires polykystiques, a des dizaines d’années de retard par rapport aux maladies masculines.

Le domaine de la santé sexuelle des hommes a 20 ans d’avance sur celle des femmes à cause du développement du Viagra. C’est arrivé par hasard en 1998, mais cela a engrangé des milliards de dollars dans le domaine de la santé masculine, rapporte l'experte.

Elle fait aussi remarquer qu’aux États-Unis, les responsables des projets de recherche financés par les instituts nationaux de la santé (National Institutes of Health) ne sont obligés d’inclure des sujets féminins dans leurs essais cliniques que depuis 1993.

Au Canada, il a fallu attendre 1997 avant que Santé Canada publie une directive afin d’encourager l’inclusion des femmes, sans toutefois l’exiger.

Illustration d'un utérus.

Cela prend en moyenne cinq ans, au Canada, avant d'avoir un diagnostic d'endométriose, selon l'organisme Endométriose Québec.

Photo : getty images/istockphoto / wildpixel

Mme Majd est témoin des conséquences de ce retard au quotidien dans la conception de sa culotte intelligente. Souvent, lorsque nous créons les algorithmes pour prédire [l’apparition] de maladies ou la période d’ovulation, nous nous heurtons à des banques de données incomplètes ou même inexistantes, déplore-t-elle.

Pourtant, ces maladies ont des conséquences bien réelles dans la vie des femmes qui en souffrent.

Les douleurs pelviennes, les problèmes liés à la santé sexuelle affectent la santé mentale des femmes, leurs relations, leur mariage, leur capacité à entrer en contact avec les autres et même à rester sur le marché du travail.

Une citation de Rachel Rubin, présidente, International Society for the Study of Women's Sexual Health

De l’espoir

Même si elle reconnaît que les femmes et les personnes issues des minorités sexuelles et de genre font souvent face à un système de santé peu équipé pour leur donner des réponses, la directrice générale de l’organisme Action Canada pour la santé et les droits sexuels, Frédérique Chabot, croit que le Canada évolue dans la bonne direction.

Frédérique Chabot répond aux questions d'un journaliste.

Frédérique Chabot est la directrice générale d'Action Canada pour la santé et les droits sexuels.

Photo : Radio-Canada

La 20e édition de la semaine de sensibilisation à la santé reproductive et sexuelle au Canada se déroulera d’ailleurs du 12 au 16 février.

Il s'agit d'un anniversaire important, explique Mme Chabot, puisque plusieurs pays comme les États-Unis ont d’importants reculs en matière de droits sexuels et reproducteurs.

La conversation a évolué au Canada. C'est une situation qui est beaucoup plus visible, qu'on voit dans les médias et sur les réseaux sociaux. Il y a plus d'interactions sur le sujet, ce qui a bien sûr une influence sur les recherches qui sont faites et l'intérêt des étudiants dans les universités, explique-t-elle.

Une membre de l'équipe de Parnian Majd travaille sur des prototypes de culottes.

Parnian Majd soutient que la culotte intelligente Fibra Inc. sera aussi confortable que n'importe quelle autre culotte sur le marché.

Photo : Radio-Canada / Ken Townsend

La Dre Rubin et Mme Chabot croient toutefois que les écoles de médecine et de soins infirmiers doivent surtout mieux former leurs étudiants en incluant la santé sexuelle dans leurs programmes d'enseignement.

Mme Majd, elle, espère lancer sa culotte intelligente sur le marché d’ici la fin de l’année.

Environ 3000 femmes se sont déjà inscrites sur le site Internet de l’entreprise pour se la procurer.

La connaissance apporte le pouvoir. Nous voulons donc leur donner un maximum d'informations sur leur santé, dit-elle.

Aves des informations de Rozenn Nicolle

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