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Monia Mazigh écrit les autres pour s’enraciner

L’écrivaine Monia Mazigh qui tient son livre «Histoires de racines».

L’écrivaine Monia Mazigh, établie au Canada depuis plus de 30 ans, lance «Histoires de racines»

Photo : Radio-Canada / Valérie Lessard

Avec ses Histoires de racines, l’autrice ottavienne Monia Mazigh veut humaniser l’autre. Les autres. Son abécédaire reflète les nombreux visages de l’immigration, choisie ou forcée, dans un monde que la Tunisienne d'origine juge « très polarisé ».

On entend toujours – que ce soit dans les nouvelles, de la bouche des politiciens – que l’immigration dérange, soutient Monia Mazigh. Avec ce livre-là, je n’ai pas beaucoup de temps, parce que c’est urgent, ces histoires-là. Ça se passe aujourd’hui. Alors qu’on parle, il y a des gens qui vont traverser la Méditerranée, qui vont traverser des frontières, et qui vont mourir.

A pour Autre(s)

Une planche de Scrabble sur laquelle sont placées des lettres pour former la mention : « A pour Autres ».

L’autrice Monia Mazigh traite d’altérité en 26 courtes histoires dans son abécédaire.

Photo : Radio-Canada / Valérie Lessard

Monia Mazigh a puisé dans l’actualité, mais aussi dans ses propres souvenirs, tiraillements identitaires et émotions liées à son arrivée au Canada il y a plus de 30 ans maintenant, pour écrire 26 histoires courtes. Vingt-six histoires comme autant de lettres pour raconter ces personnes, jeunes ou plus âgées, qui se déracinent dans l’espoir d’un avenir meilleur.

Bref, elle raconte ces Autres qui lui ressemblent et nous ressemblent.

Cet autre, c’est peut-être aussi nous-mêmes. Et peut-être qu’on a peur de nous-mêmes. On a peur de perdre certains avantages. On a peur de perdre certains acquis, énumère l’écrivaine. C’est tellement facile de blâmer l’autre.

À son avis, c’est d’autant plus facile que le monde s’avère de plus en plus polarisé, regrette-t-elle, entre les milliardaires qui apparemment ne savent plus quoi faire de leur argent et ceux qui risquent tout, parce qu’ils n’avaient plus rien à perdre autre que leur vie.

F pour Français

Une planche de Scrabble sur laquelle sont placées des lettres pour former la mention : « F pour Français ».

Le français vient «très naturellement» à Monia Mazigh, au moment de l’écriture.

Photo : Radio-Canada / Valérie Lessard

De A pour Armada à Z pour Zouave, en passant par D pour Drone, R pour Retourner ou encore X pour Xéno/Xénon, Monia Mazigh témoigne des rêves et des joies de ces gens, comme des dangers et de l’intolérance auxquels ils sont confrontés.

Bien que sa langue maternelle soit l’arabe, Monia Mazigh a délibérément choisi le français pour raconter ses histoires, en prose ou en poésie. D’abord, pour être lue ici. Ensuite, parce que cette langue lui vient très naturellement quand vient le temps d’écrire.

Pourtant, cette langue française, qu'elle parle depuis l’âge d'environ quatre ans et qu’elle a appris à maîtriser au fil du temps, vient avec son lot de contradictions.

J’écris avec la langue du colonisateur, de celui qui ne m’aime pas, de celui qui se méfie de moi. C’est un peu comme si je ne m’aime pas, en faisant cela, évoque la Tunisienne d'origine. Ces histoires sont venues en français. [...] C’est ma façon de dire : "J’aime cette langue et je vais l’utiliser comme je veux."

R pour Rester

Une planche de Scrabble sur laquelle sont placées des lettres pour former la mention : « R pour Rester ».

Par-delà les manchettes et les images qui défilent, l’écrivaine croit qu’une histoire peut rester plus prégnante dans la mémoire des gens.

Photo : Radio-Canada / Valérie Lessard

En cette ère de réseaux sociaux où les nouvelles et les images de tragédies humaines disparaissent aussi vite qu’elles sont apparues sur les téléphones des gens, Monia Mazigh cherche à contrer l’oubli tout aussi rapide en se mettant dans la peau de ces gens.

Ces histoires-là, au lieu de les oublier, parce qu’on a vu la photo, les images, et au pire, on a laissé échapper une larme, au mieux, on a vraiment relégué ça dans un coin de notre mémoire. Moi, je me dis qu’une histoire, ça reste, explique-t-elle.

L’écrivaine est consciente de se glisser dans les souliers d’autres personnes qu’elle-même, qui voulait quitter sa terre natale. Elle le fait donc en toute humilité, dans l’espoir que la légitimité de son travail de création viendra des lecteurs et lectrices qui se retrouveront dans son livre.

Je me suis donné ce droit artistique littéraire, mais en même temps, je n’aurais pas voulu vraiment de ce droit-là, de cette appropriation-là, s’il n’y avait pas urgence. S’il n’y avait pas ces tragédies-là, précise-t-elle. Je ne prétends pas être celle qui va sauver le monde, mais je le fais dans un but [...] humanitaire.

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