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Des artistes dans le laboratoire, ou comment partager le savoir scientifique autrement

Un navire en mer, vue de haut, qui laisse une large trace orange derrière lui.

Le photographe et cinéaste Baptiste Grison a accompagné des chercheurs de l'ISMER à bord du Coriolis II lors d'une expérience visant à documenter le mouvement de polluants tombés en mer, en déversant un colorant dans le Saint-Laurent.

Photo : Baptiste Grison

Naviguer à bord d’un bateau de recherche, participer à des expériences et discuter de résultats obtenus en laboratoire : tout ça n’a rien d’inusité pour la communauté scientifique. Mais de plus en plus, c’est aussi la réalité d’artistes, qui sont invités à se joindre aux chercheurs tout au long de leurs démarches. Ce mariage entre arts et sciences facilite, bien souvent, la transmission des savoirs.

Cette semaine, des chercheurs de l’Institut des sciences de la mer de Rimouski (ISMER) et du Laboratoire de biologie des organismes et des écosystèmes aquatiques (BOREA), basé à Paris, seront rassemblés à Rimouski pour la réunion finale du projet AUdiTIF. Ils en profiteront pour présenter leur travail sur l’impact du trafic maritime sur les moules et les pétoncles.

Ces scientifiques seront accompagnés des musiciens Maxime Dangles et Tommy Rizzitelli qui offriront jeudi soir un concert à la Coop Paradis, lors duquel ils proposeront des compositions originales issues d’une étroite collaboration avec l'équipe de l’ISMER et du laboratoire BOREA.

Deux hommes dans un laboratoire.

Le musicien Tommy Rizzitelli observe le travail du chercheur Réjean Tremblay en laboratoire.

Photo : Institut des sciences de la mer de Rimouski

Les artistes sont vraiment venus travailler avec nous quand on faisait des expériences et on a beaucoup discuté avec eux des résultats obtenus, raconte Réjean Tremblay, professeur en écophysiologie et aquaculture à l’ISMER et co-coordonnateur du projet AudiTIF.

Ce n'est pas seulement une musique créée en fonction des sons captés pendant nos expérimentations. Ils essaient de transmettre un peu l'information tirée des discussions qu’on a eues.

Une citation de Réjean Tremblay, professeur en écophysiologie et aquaculture à l'ISMER

Ce concert permet ainsi de partager certains savoirs avec des gens qui ne se seraient peut-être pas déplacés pour assister à une conférence scientifique.

Il s’agit là, pour Réjean Tremblay, d’un important bénéfice de cette union entre les différentes disciplines. Nous, [les scientifiques], on travaille d'une façon assez cartésienne quand on fait notre recherche, tandis que les artistes travaillent d'une façon très différente, plus émotive. On peut ressentir des choses différemment, essayer d'ouvrir un peu les horizons de tout le monde et faciliter la communication, le transfert d'informations, affirme le professeur.

Faire sortir la science des laboratoires

Cette volonté de faire converger les arts et les sciences est présente depuis quelques années en Europe. Chez nous, les projets sont pour l’instant moins nombreux, mais le concept gagne en popularité.

Depuis la fin de l’été 2023, le photographe et cinéaste Baptiste Grison est commissaire aux arts et sciences à l’Université du Québec à Rimouski (UQAR), un poste créé dans le cadre du programme Transformer l’action pour le climat. Cette initiative réunit des équipes de quatre universités canadiennes dans de nombreuses disciplines comme l’océanographie, l’éducation, l’histoire et la santé, autour d’enjeux liés aux océans et à leur rôle dans l’évolution du climat.

Jeudi dernier, Baptiste Grison est monté à bord de l'Amundsen, le brise-glace de recherche de la Garde côtière canadienne, pour une expédition dans le Fjord du Saguenay. Il y accompagne une équipe de scientifiques et la photographe Joan Sullivan pour le projet Horizon glacée, la première mission liée à l'initiative Transformer l’action pour le climat.

Une navire entouré de plaques de glace sur un cours d'eau.

Le NGCC Amundsen est le seul brise-glace de recherche canadien.

Photo : Elie Dumas-Lefebvre / Résean Québec maritime

Ma spécialité est d’identifier les projets de recherche qui émergent de ce programme et de déterminer quel genre d’artistes peuvent y être associées. Est-ce que c’est de la danse contemporaine, du théâtre, de l’art visuel? Ensuite, on va faire des appels à projets auprès des artistes et les matcher avec des scientifiques, explique Baptiste Grison.

Avant d’entamer ce mandat, le nouveau commissaire aux arts et sciences de l'UQAR a lui-même collaboré, en tant qu’artiste, avec une équipe de chercheurs lors d’une expérience visant à documenter le mouvement de polluants tombés en mer, en déversant dans le Saint-Laurent un colorant inoffensif pour l’environnement.

Un nuage rougeâtre sur un fond rose.

Image tirée du court métrage Déversement de Baptiste Grison.

Photo : Baptiste Grison

Le court métrage produit dans le cadre de ce projet a notamment été présenté au Mexique, aux États-Unis et en Europe. Il a fait des festivals de films dédiés à la science, des festivals de films dédiés à la mer et des festivals en art contemporain super niché. Ça touche un très grand public, fait remarquer Baptiste Grison, qui indique que le film a suscité beaucoup de curiosité.

Quand j’ai accompagné le court métrage au Rendez-vous Québec Cinéma à Montréal, par exemple, il y avait énormément de questions du public. Pourquoi vous avez fait ça? Pourquoi vous avez foutu de la couleur dans l’eau? Donc là, on parle de science, souligne-t-il.

Tu es à la Cinémathèque québécoise, à un festival de films, et on parle de science. Pour les scientifiques, de voir ça, c’est du bonbon.

Une citation de Baptiste Grison, commissaire aux arts et sciences, UQAR

Baptiste Grison croit que c’est ce genre de résultats qui permettra de convaincre de plus en plus de chercheurs de miser sur ce type de démarche. C’est une grosse roue qu’il faut démarrer. Une fois qu’elle va être partie, elle va être partie, dit-il.

Commencer par l’humain

Pour obtenir les résultats escomptés, certains facteurs doivent toutefois être réunis, croit le commissaire aux arts et sciences de l’UQAR.

Je ne veux pas avoir des artistes qui regardent les scientifiques et qui font un projet sur eux, un documentaire. On veut que les idées se bousculent, dit-il. C’est vraiment une rencontre, mais ça implique du temps.

Je me rends compte que, souvent, les scientifiques sont un peu intimidés par les artistes que tu vois à la télé, que tu entends à la radio. Et les artistes sont intimidés par les scientifiques dans leurs labos, qui ont un doctorat, un postdoc, etc., indique-t-il.

Mais au fond, remarque Baptiste Grison, ce sont des gens qui ont de nombreux points communs. Ce sont des gens créatifs, qui ont recours à l’expérience pour trouver de nouvelles choses. Ce sont des gens qui veulent innover tout le temps.

Des tourbillons blancs sur un cours d'eau en hiver.

Cette image tirée du projet de doctorat du chercheur Jérôme Lemelin a été captée pour mesurer le mouvement des glaces. Baptiste Grison note que certaines images de recherche, comme celle-ci, ont le potentiel d'être exploitées d’un point de vue esthétique, même s'il n'y a pas, au départ, d'intention artistique.

Photo : Jérôme Lemelin

Il faut commencer par l’humain, par faire rencontrer les gens ensemble, et montrer toute la pertinence que ça a, toutes les retombées, considère-t-il.

Signe que l’essayer, c’est l’adopter, du moins pour certains, le professeur Réjean Tremblay espère répéter l’expérience vécue lors du projet AUdiTIF. Il explique qu’un deuxième volet, qui permettra d’étudier les effets du trafic maritime, cette fois sur le crabe, le homard et le bourgot, doit débuter sous peu. On essaie, dans les prochains mois, de débloquer du financement pour pouvoir intégrer un volet artistique à AUdiTIF 2, indique le chercheur de l’ISMER.

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