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AnalyseDanielle Smith et Justin Trudeau, les bons ennemis

Les politiques controversées de la première ministre de l'Alberta servent d'arme politique à Justin Trudeau.

Montage photo de leur visage.

L'adversité entre Danielle Smith et Justin Trudeau est payante pour les deux politiciens.

Photo : La Presse canadienne / montage

Selon nos informations, ni Justin Trudeau ni Danielle Smith n'ont réclamé de rencontre en tête-à-tête lors du passage de la première ministre albertaine à Ottawa lundi. Un signe de plus que dans cette relation entre les deux politiciens, l'adversité est mutuellement plus payante que la collaboration.

C'est une opération politique soigneusement planifiée. Danielle Smith en visite en plein cœur de la capitale canadienne pour rouvrir un bureau de l'Alberta. Sa mission : faire avancer les intérêts de la province auprès du gouvernement fédéral. Une sorte d’ambassade en territoire étranger.

L'image souhaitée : une première ministre qui va au front contre l'adversaire fédéral. À plusieurs reprises, Danielle Smith s'en est prise au ministre fédéral de l'Environnement, Steven Guilbeault, qu'elle accuse d'empoisonner la relation entre l'Alberta et Ottawa. C'est un idéologue. Il ne veut pas écouter. Il ne respecte pas la Constitution et continue à foncer même si ses actions sont illégales, a-t-elle déclaré en point de presse, réclamant encore une fois qu'il soit démis de ses fonctions.

La première ministre albertaine entretient soigneusement sa ligne d'attaque : les actions environnementales d'Ottawa nuisent aux Albertains et à leur économie. Elle dénonce notamment le modèle fédéral de tarification sur le carbone et ses objectifs en matière d'énergie propre. Une rhétorique payante aux yeux de la leader conservatrice, puisque le sentiment d’aliénation face à Ottawa demeure fort chez ses partisans.

Selon les dernières enquêtes annuelles de l’Institut Environnics (Nouvelle fenêtre)* de 2019 à 2023, plus de 80 % des répondants qui appuient le parti de Danielle Smith sont d’avis que la province n'est pas traitée avec le respect qu'elle mérite au Canada.

Les libéraux de Justin Trudeau ne sont pas en reste. Randy Boissonnault, le seul ministre albertain du gouvernement, attendait Danielle Smith de pied ferme. Dans sa ligne de mire, la nouvelle politique proposée par l’Alberta sur l'identité de genre.

Ce [que Danielle Smith] propose, interdire aux jeunes LGBTQ+ d’être ce qu’ils sont, va mettre des vies en danger , a affirmé le ministre Boissonnault. La semaine dernière, Justin Trudeau a accusé le gouvernement albertain d'avoir mis de l'avant les politiques les plus anti-LGBT de tout le pays.

Pour le premier ministre canadien, c'est une occasion à ne pas manquer. Danielle Smith devient pour lui l'incarnation parfaite de cette étiquette qu'il veut faire porter aux conservateurs fédéraux.

Justin Trudeau souhaite dépeindre un mouvement aux positions extrêmes inspiré de la droite républicaine aux États-Unis. Encore mieux quand la dirigeante albertaine se montre aux côtés du sulfureux Tucker Carlson (Nouvelle fenêtre), figure de proue de l’extrême droite américaine.

Justin Trudeau tend la main à Danielle Smith.

Danielle Smith avait envoyé une lettre à Justin Trudeau le 27 janvier dernier pour demander de le rencontrer en personne.

Photo : La Presse canadienne / Sean Kilpatrick

Dans cette optique, il est logique que les libéraux tentent de présenter Pierre Poilievre comme un complice de Danielle Smith. Le caucus entier de Pierre Poilievre, incluant tous ses députés de l’Alberta, a été muselé. On leur a instruit d’être silencieux là-dessus, a soutenu le ministre Boissonnault, en référence aux propositions du gouvernement albertain sur l’identité de genre.

Pas surprenant que le chef conservateur demeure prudent et se tienne loin de cet affrontement épineux. Interrogé à ce sujet lundi matin, il s’est contenté de déclarer qu’il faut laisser les parents élever leurs enfants et les provinces diriger les écoles et les hôpitaux. Pierre Poilievre n’a pas donné suite à une résolution non contraignante adoptée par ses militants en septembre dernier visant à interdire les transitions de genre chez les mineurs.

Il est plus difficile, donc, d’attaquer frontalement Pierre Poilievre à ce sujet. C’est peut-être à l’usure que les politiques de sa collègue albertaine pourraient le placer sur la défensive, surtout en contexte préélectoral.

Dans ce drôle de tango, Justin Trudeau et Danielle Smith ont quelque chose en commun : la possibilité de marquer des points politiques auprès de leur base aux dépens l’un de l’autre.

Un rappel que la prochaine élection va se jouer sur les contrastes.

Mais cette dynamique comporte aussi des risques. La politisation d’un enjeu aussi sensible que celui sur l'identité de genre peut rapidement déraper et accentuer les clivages dans la société canadienne.

Le fait de placer cette conversation au cœur de l’arène politique pourrait nuire à la tenue d'un débat serein sur une question très délicate.

* Méthodologie

L’enquête d’Environics a été réalisée auprès de 5300 Canadiens à l’aide d’un questionnaire en ligne, du 26 janvier au 9 février parmi les habitants des provinces, et au téléphone du 24 au 26 janvier pour les habitants des territoires.

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