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Les étrangers, « boucs émissaires » de la crise du logement pour des experts

Des tours d'habitations à Vancouver, avec des constructions en cours.

Le Canada vit une croissance démographique record, la plus forte des pays industrialisés.

Photo : La Presse canadienne / Darryl Dyck

Un sociologue de l’Université de la Colombie-Britannique (UBC) estime que la figure de l’étranger a été diabolisée pour le rendre responsable de la crise du logement au Canada. Selon lui, cette explication a des conséquences dans les politiques mises en place par le gouvernement fédéral.

En l'espace de quelques semaines, Ottawa a prolongé de deux ans l’interdiction pour les étrangers d'acheter des propriétés résidentielles au Canada et a établi un plafond temporaire de deux ans visant les étudiants étrangers pour réduire, notamment, la crise du logement.

Nathanael Lauster, professeur associé de sociologie à l'UBC, viser les étrangers n'est toutefois pas la solution. Il y a deux fois plus de [citoyens canadiens en Colombie-Britannique] qui possèdent un logement à l’étranger que d’étrangers ayant un bien en Colombie-Britannique, affirme-t-il d’emblée.

Dans un récent article (Nouvelle fenêtre) (en anglais) qu'il a publié, il développe le concept de nationalisme immobilier réactionnaire , qu’il définit comme une formulation des problèmes et de leurs solutions qui stigmatise l'étranger tout en valorisant l'appartenance à la nation.

Créer de la confusion

Une myriade de choses sont associées aux étrangers, alors qu'on devrait penser que c'est un problème que nous avons causé et que nous devons résoudre ici, au Canada, explique Nathanael Lauster.

Mais de quoi parle-t-on lorsqu’on parle d’étrangers? Le flou est entretenu pour créer la confusion et amalgamer des situations différentes, selon l’expert. L'assignation à être étranger est très flexible. Selon les cas, cela peut-être un non-citoyen ou alors un non-résident ou une personne dont l'argent vient de l'étranger, écrit-il dans son article.

Amplification médiatique

D’après Nathanael Lauster, les médias ont contribué à propager cette approche, notamment à partir de 2014, où les Chinois étaient dans le viseur.

Dans son article, M. Lauster donne l’exemple d’une recherche effectuée par un urbaniste de l’UBC et colligée par le premier ministre actuel de la Colombie-Britannique, David Eby, qui était alors député dans l’opposition. Cette recherche avait pour but de comptabiliser les personnes portant des noms chinois non anglicisés pour leur assigner une étiquette d’acheteurs immigrés plus récents.

M. Eby s'excusera plus tard pour son rôle dans l'étude, mais cette conception du problème s’est propagée. La menace que les étrangers sapent les logements de Vancouver a vraiment été amplifiée par les médias, estime le sociologue.

Étudiants étrangers

Si l'attention était principalement concentrée sur les personnes d’origine chinoise, c’est désormais au tour des étudiants d’être perçus comme responsables de la crise du logement, comme l'expliquent Leah Hamilton et Yvonne Su, auteures d'un article à ce sujet (Nouvelle fenêtre).

Or, beaucoup d'étudiants étrangers n'ont pas les moyens de rivaliser avec les Canadiens pour l'achat ou la location d'un logement , affirme Leah Hamilton, professeure à la Faculté d'études commerciales et de communication de l'Université Mount Royal, à Calgary.

Des étudiants qui marchent vers un bâtiment universitaire à la rentrée.

Le ministre de l'Immigration, Marc Miller, a annoncé qu'un plafond de 360 000 permis d'études serait mis en place en 2024 pour une période de deux ans, soit une baisse de 35 % par rapport à 2023.

Photo : Radio-Canada

Ils vivent dans des sous-sols surpeuplés et illégaux, ils partagent leur lit avec d’autres étudiants étrangers, ils vivent dans des voitures, ils font face à l'itinérance et à l'insécurité alimentaire, explique Yvonne Su, professeure adjointe au département des études sur l'équité à l'Université York de Toronto.

Mais, comme ce sont les plus vulnérables, c'est aussi pour cela qu'ils sont des boucs émissaires, parce qu'ils constituent un groupe qui ne peut pas se défendre, ajoute-t-elle.

Pas un grand effet

Nathanael Lauster se questionne sur les résultats des politiques mises en place par le gouvernement fédéral. Dans l'ensemble, ces politiques ne semblent pas avoir un grand effet et ne semblent pas beaucoup améliorer l'accessibilité, estime le sociologue.

Les experts du logement affirment que cette bulle a été causée par une confluence de facteurs très complexes, notamment les politiques au niveau fédéral, provincial et municipal, en particulier les lois de zonage municipal, mais aussi les promoteurs et les politiques de la Banque centrale.

Une citation de Leah Hamilton, professeure à la faculté d'études commerciales et de communication de l'Université Mount Royal, à Calgary

Si le nationalisme immobilier semble avoir échoué à fournir des solutions à l'inabordabilité du logement, il est toutefois resté gagnant sur le plan politique, selon Nathanael Lauster. En 2021, les personnes sondées en Colombie-Britannique (Nouvelle fenêtre) étaient relativement favorables, soit à 72 %, à l’interdiction pour la plupart des étrangers d'acheter des biens immobiliers dans le pays.

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