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Northvolt pourrait recréer des milieux humides dans la zone agricole

L'entreprise n'utilisera pas de terres cultivées, mais n'exclut pas d'employer des terres cultivables.

Une batterie de Northvolt est exposée à l'endroit où se tiendra une conférence de presse.

En donnant le feu vert aux travaux de l'entreprise suédoise à Saint-Basile-le-Grand et à McMasterville, en Montérégie, le ministère de l'Environnement du Québec a exigé de Northvolt de « créer, restaurer ou conserver des milieux naturels sur une superficie à déterminer, qui sera d'égale valeur écologique ».

Photo : Radio-Canada / Ivanoh Demers

Pour compenser les milieux humides détruits par son projet d'usine de batteries, Northvolt analyse l'utilisation potentielle de plusieurs terrains, dont certains situés dans le territoire agricole, a appris Radio-Canada. L'entreprise assure qu'il ne s'agit pas de terres en culture, mais l'Union des producteurs agricoles du Québec (UPA) s'inquiète de « dommages collatéraux ».

En donnant le feu vert aux travaux de l'entreprise suédoise à Saint-Basile-le-Grand et McMasterville, en Montérégie, le ministère de l'Environnement du Québec a exigé de Northvolt de créer, restaurer ou conserver des milieux naturels sur une superficie à déterminer, qui sera d'égale valeur écologique.

Le ministère évoque un seul milieu naturel de 30 à 50 hectares [...] à l'extérieur du site. L'entreprise a jusqu'à janvier 2027 pour déposer sa proposition au gouvernement.

Ce projet s'ajoute aux 4,7 millions de dollars de compensation financière que Northvolt doit verser au gouvernement pour la perte de 13 hectares de milieux humides, comme le révélait Radio-Canada en novembre.

De la machinerie lourde est au repos dans une forêt clairsemée.

Le site du projet de la méga-usine de Northvolt ne touche pas à la zone agricole, mais son projet de compensation environnementale, lui, pourrait être en territoire agricole.

Photo : La Presse canadienne / Christinne Muschi

À la suite des communications autour de la compensation à réaliser, nous avons reçu plusieurs propositions que nous sommes en train d'analyser, explique la porte-parole de Northvolt, Emmanuelle Rouillard-Moreau. Les terrains qui sont sous analyse par nos équipes ne sont pas des terres agricoles.

Invitée à préciser ce qu'elle entend par terres agricoles, elle écrit : Nous faisons bien référence à des terres en culture. Donc, ça pourrait être des terres non cultivées, mais zonées agricoles? Oui, exact.

L'UPA « grandement préoccupée »

Le président de la Fédération de l'Union des producteurs agricoles de la Montérégie, Jérémie Letellier, est persuadé que ce milieu humide de remplacement de 30 à 50 hectares d’un seul tenant se trouvera en zone agricole.

On ne voit pas où d'autre ça pourrait être. Ça ne sera pas sur le boulevard Taschereau, ça ne sera pas sur la route 116.

Une citation de Jérémie Letellier, président de la Fédération de l’UPA de la Montérégie

Grandement préoccupée, l'UPA a publié un communiqué affirmant que ce projet compensatoire viendrait donc amputer la zone agricole de manière inacceptable.

Dans la zone agricole, il peut y avoir des terres cultivées, des terres en friche ou encore des érablières. L'UPA rappelle que c'est au sud de Montréal que les terres agricoles sont le plus fertiles et que les pressions d’urbanisation sont parmi les plus importantes.

Image aérienne d'un champ près d'une ville en Montérégie.

Si toutes les régions urbaines souffrent d'un manque de milieux naturels au Québec, la région la plus touchée est la Montérégie.

Photo : Radio-Canada

Selon l'UPA, il aurait été préférable d'interdire à Northvolt de détruire les milieux humides du site de Saint-Basile-le-Grand, mais c'est trop tard, puisque l'autorisation a été donnée sans recourir à un examen du Bureau d'audiences publiques sur l'environnement (BAPE).

La loi québécoise préconise d'éviter de détruire des milieux humides, en premier lieu, puis, en second lieu, d'atténuer ces impacts environnementaux et, en dernier recours, de les compenser.

Au même titre que le territoire agricole ne peut être considéré comme un espace en attente de développement urbain, il ne doit pas non plus devenir le site de création de milieux humides anthropiques de remplacement pour les riches entreprises!

Une citation de Jérémie Letellier, président de la Fédération de l’UPA de la Montérégie

Cet automne, un document rédigé par le ministère de l'Agriculture, des Pêcheries et de l'Alimentation du Québec concluait que le développement de la filière batterie menace le territoire agricole.

Nous sommes bien au fait des enjeux d'aménagement du territoire en Montérégie, assure Northvolt, qui a obtenu son autorisation ministérielle en 4 mois, alors que le délai moyen dans la région est de 15 mois.

Jusqu'à maintenant, le gouvernement a réussi à by-passer beaucoup d'étapes, donc je me demande comment il va gérer ce projet-là, ajoute M. Letellier. Il doit faire preuve d'exemplarité, et il fait exactement le contraire.

Selon l'alliance SaluTERRE, regroupement d'organismes qui vise à protéger les terres agricoles, on a encore de mauvais réflexes en matière d'aménagement du territoire au Québec.

Il ne faut pas créer de nouveaux problèmes en tentant d’en régler un autre. Il ne faut pas déshabiller Pierre pour habiller Paul.

Une citation de Carole-Anne Lapierre, porte-parole de l'alliance SaluTERRE

Un examen de la CPTAQ?

Le gouvernement Legault mène une grande consultation sur la protection du territoire et des activités agricoles, dans le but de revoir la législation.

En juin dernier, en entrevue avec Radio-Canada, le président de la Commission de protection du territoire agricole du Québec (CPTAQ), Stéphane Labrie, expliquait que selon le projet de compensation, ça va requérir une demande d'autorisation de la Commission si ça se situe en zone agricole.

Il évoquait des cas récents où le terrain agricole visé par un projet de compensation ne permettait plus qu'il serve à autre chose qu'à la préservation de la faune, alors que la loi demande à la Commission de favoriser la préservation des activités agricoles.

Le président de la CPTAQ rappelait que la définition d'agriculture dans notre loi est assez large. Laisser un terrain en friche, c'est de l'agriculture, au sens de la loi.

Donnez quelques semaines à un producteur agricole et il va remettre en culture la terre en friche, conclut le président de la Fédération de l'UPA de la Montérégie.

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