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Un an après, la décriminalisation des drogues dures donne des résultats en demi-teinte

Du fentanyl dans la main d'un usager en janvier 2023.

La crise des opioïdes est un phénomène documenté au Canada depuis longtemps.

Photo : Radio-Canada / Ben Nelms

Le gouvernement de Colombie-Britannique a décriminalisé la possession de drogues dures en petites quantités le 31 janvier 2023. Même si cette politique a fait passer les toxicomanes du statut de criminels à celui de victimes nécessitant des soins, elle contient des angles morts, dont celui de l’approvisionnement sécurisé.

Je pense que l'un des éléments les plus importants de réussite sera le sentiment que nous contribuons à faire évoluer le débat public sur la stigmatisation et que davantage de personnes se présentent pour recevoir des soins et un traitement, déclarait, il y a un an, Jennifer Whiteside, ministre de la Santé mentale et des Dépendances de la Colombie-Britannique.

Hausse de surdoses mortelles

Or, un an plus tard, les chiffres n’invitent pas à l’optimisme, car 2511 personnes sont mortes à cause d’une surdose l'année dernière en Colombie-Britannique. Il s'agit d'un record et d'une hausse de 5 % par rapport à 2022.

Si le gouvernement ne s’attendait pas à une solution miracle, son souhait d'assurer la sécurité des usagers de drogues dures ne s’est pas concrétisé pour l’instant.

L’objectif de réduire les stigmates est plus compliqué à mesurer. Le gouvernement provincial table néanmoins sur une baisse des condamnations liées à la possession de drogues entre -15 % et -40 %, en se basant sur une étude réalisée au Portugal où une mesure similaire a été mise en place.

Il s'agit d'un processus de changement à très long terme. Ainsi, même si nous ne constatons pas de changements mesurables à court terme, cela ne signifie pas que nous ne sommes pas en train de faire bouger les choses, explique Kora Debeck, chercheuse au Centre de consommation des substances de Colombie-Britannique.

À l'heure actuelle, les adultes en possession de moins de 2,5 g de drogues dures ne sont ni arrêtés ni accusés. Leurs drogues ne sont pas saisies.

Quatre types de drogues qui font l’objet d’une exemption fédérale :

  • les opioïdes (tels que l'héroïne, la morphine et le fentanyl);

  • le crack et la cocaïne en poudre;

  • la méthamphétamine (méthamphétamine en cristaux)

  • la MDMA (ecstasy).

Un système hautement criminalisé

Décriminalisation n’est pas légalisation. Celle-ci n’intervient qu’en fin de chaîne, alors que l’essentiel du circuit de circulation de la drogue est toujours illégal.

Même si les gens peuvent posséder de petites quantités de drogues, ils se trouvent dans un système hautement criminalisé, confirme l’experte.

Un coupable est connu depuis longtemps : le fentanyl, opioïde surpuissant responsable de la majorité des surdoses, se dissimule dans certaines substances psychotropes comme l’héroïne ou la cocaïne. Les trafiquants coupent ces drogues avec du fentanyl pour en augmenter les effets.

Des mains préparent une solution de drogue dure sur le trottoir.

Dans la province, chaque jour, six personnes perdent la vie en raison d'une surdose.

Photo : Radio-Canada / Patrick André Perron

La drogue est toxique parce que nous avons laissé au crime organisé et aux cartels de la drogue le soin de produire, de fabriquer et de distribuer les drogues. Dans ce contexte, les gens vont malheureusement continuer à mourir à un rythme effrayant.

Une citation de Kora Debeck, Centre de consommation des substances de Colombie-Britannique

Un approvisionnement incertain

Jason Hein est à la tête d’un laboratoire qui fournit des tests pour l’industrie pharmaceutique. Il souhaite pouvoir donner la possibilité aux consommateurs de drogue de tester eux-mêmes leurs produits pour en connaître la composition, et notamment la présence ou non de fentanyl.

Toutefois, selon lui, ce volet est cruellement manquant dans la politique de décriminalisation du gouvernement.

Dans un environnement où nous n’avons pas un plan et un appui consacrés à ces centres de test, c’est un gros problème. Les personnes avec lesquelles nous avons travaillé au sein de la communauté font ce qu’elles peuvent avec très peu de moyens, déplore-t-il.

La décriminalisation était une sorte de pansement. Il ne s'agissait pas d'un programme ou d'un plan complet comprenant tous les éléments nécessaires. Ce n'était qu'une sorte de palliatif, un élément d’un plan qui doit être beaucoup plus vaste.

Une citation de Jason Hein, professeur de chimie à l’Université de Colombie-Britannique

Un rétropédalage

Par ailleurs, si certains experts doutent de l’efficacité de cette mesure, des partis politiques souhaitent l’abolir. C’est le cas de BC United, qui souhaite bannir cette mesure en cas de victoire électorale, invoquant le sentiment d'insécurité qui s'accroît dans la population.

Le gouvernement a également amorcé un tournant en prenant cette peur en considération.

Avoir de la compassion [et] de la compréhension parce que le système [de justice pénale] ne fonctionne pas pour traiter les problèmes de dépendance, cela ne signifie pas que nous devons tolérer la consommation de drogues en public dans nos communautés, en particulier dans les zones utilisées par les enfants, les terrains de jeux [et les] parcs , a déclaré David Eby en octobre 2023.

Ce rétropédalage a pris la forme d’une nouvelle loi pour interdire la consommation de drogue dans certains lieux publics, comme les parcs provinciaux et municipaux. La loi a été suspendue depuis par la Cour suprême de la Colombie-Britannique.

Le projet pilote de décriminalisation prendra fin dans deux ans, en janvier 2026.

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