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Financement des partis : « On a scoré avec ça », dit un élu municipal

Un préfet du Bas-Saint-Laurent vante les avantages de rencontrer des ministres lors de soirées de financement, même au prix de 100 $.

Bertin Denis.

Le préfet de la MRC des Basques, Bertin Denis (Photo d'archives)

Photo : Radio-Canada / François Gagnon

Le préfet de la MRC des Basques ne voit aucun problème à payer 100 $ au parti au pouvoir pour rencontrer un ministre. Qualifiant ces rencontres de « belles occasions », Bertin Denis juge que le débat actuel sur la participation des élus municipaux au financement de la Coalition avenir Québec (CAQ) est « futile et superficiel ».

Alors que les activités de financement de la CAQ soulèvent des questions éthiques dans la classe politique et qu'un malaise est exprimé chez certains élus, Bertin Denis, lui, ne voit aucun problème éthique à délier les cordons de la bourse pour rencontrer un ministre de passage dans la région. Ces pratiques de financement lui servent, se défend-il, à remplir son mandat de représentation de la région auprès du Conseil des ministres.

Il n'y a pas de contorsion éthique là-dedans! Chacun y trouve son compte! Ils veulent financer un parti politique, nous, on a des dossiers à faire avancer, fait valoir le préfet et ex-maire de Saint-Éloi, qui soutient que ces rencontres sont tout à fait optionnelles. Ils nous offrent une occasion d'y aller, t'es pas obligé d'y aller! Tu peux refuser, tu peux y aller, mais on est libre!

La présence de ministres à des soirées de financement est permise, mais le Directeur général des élections (DGE) mentionne que leur présence ne doit pas constituer un avantage fourni en échange d’une contribution.

C'est une belle occasion qui nous est offerte, je trouve. Et nous, on en profite, résume Bertin Denis, qui souligne au passage avoir lui-même rencontré plusieurs ministres par le passé lors de soirées de financement, activités qui lui ont été profitables, reconnaît-il candidement. À quelques reprises, je te dirais qu'on a, en bon français, scoré avec ça.

Une affiche de la CAQ.

Deux députés de la CAQ sont visés par des enquêtes de la commissaire à l'éthique en matière de financement politique.

Photo : Radio-Canada / Roby St-Gelais

L'élu cite en exemple la période où les libéraux étaient au pouvoir dans les années 2000, particulièrement lorsque Nathalie Normandeau était ministre des Ressources naturelles et de la Faune. Il dit avoir effectué à l'époque des démarches pour que Québec se positionne sur le dossier du Club Appalaches, dernier club privé de chasse et de pêche dans la province. Même si ce dossier est, de nombreuses années plus tard, toujours en attente d'un dénouement, Bertin Denis considère avoir marqué des points à ce sujet en rencontrant la ministre à l'époque.

Pour le préfet de la MRC des Basques, qui a contribué à la cagnotte caquiste chaque année depuis 2019, débourser 100 $ pour rencontrer un ministre représente une très faible somme à investir dans l'avancement [des] projets. Bertin Denis rappelle que le montant maximal annuel qu'un citoyen peut donner chaque année est passé de 3000 $ à 1000 $, puis à 100 $ dans les dernières années.

Tu peux rencontrer un ministre, tu payes 100 $. Mais deux semaines plus tard, tu peux en rencontrer un autre, et tu ne payes plus... T'as payé!

Une citation de Bertin Denis, préfet de la MRC des Basques

Un débat simplet

Au bout du compte, Bertin Denis dit ne pas comprendre le brouhaha médiatique causé par ces maires et citoyens qui disent se sentir obligés de payer pour rencontrer un ministre. Je me demande qui peut s'émouvoir de ça médiatiquement. C'est sûrement pas les oppositions [à Québec] : ils l'ont fait mur à mur, lance le politicien.

Bertin Denis.

Bertin Denis, en politique depuis les années 1980, soutient que de contribuer à la cagnotte d'un parti est une pratique courante. (Photo d'archives)

Photo : Radio-Canada / François Gagnon

D'autant plus, souligne Bertin Denis, que de contribuer au parti au pouvoir en tant qu'élu, entre autres pour serrer la pince d'un ministre, est une pratique qui se fait depuis que le monde est monde. Depuis que j'ai connaissance, ça se fait comme ça.

Dans les derniers mois, plusieurs maires ont dénoncé cette pratique de débourser pour faire connaître ou progresser un dossier auprès d'un ministre. La CAQ a rétorqué que personne ne force qui que ce soit à rencontrer des membres du cabinet du gouvernement.

N'empêche, la commissaire à l'éthique a ouvert deux enquêtes sur deux députés caquistes différents, précisément pour avoir invité des élus ou citoyens à participer à un cocktail de financement en échange d'une somme de 100 $.

Ce qu'on espère, c'est que nos dossiers remontent sur le dessus de la pile, se défend Bertin Denis. Est-ce que c'est un retour d'ascenseur, ça? Je pense qu'on travaille pour notre population, pour les mandats qui nous ont été confiés comme élus municipaux. C'est ça qu'on veut faire avancer, on ne veut pas se faire avancer personnellement.

C'est peut-être une question de vision, simplement, mais moi, je trouve que c'est futile et superficiel, ce débat-là.

Une citation de Bertin Denis, préfet de la MRC des Basques

De la politique « d'une autre époque »

Ces propos ne trouvent toutefois pas écho auprès de la présidence de la Table régionale des élus municipaux du Bas-Saint-Laurent (TREMBSL). J'ai l'impression que c'est peut-être une façon de faire de la politique qui est d'une autre époque, laisse tomber Bruno Paradis, aussi préfet de la MRC de La Mitis.

 Un homme avec une barbe.

« J'imagine qu'à une autre époque, ça fonctionnait très bien », illustre le préfet de la MRC de La Mitis, Bruno Paradis. (Photo d'archives)

Photo : Radio-Canada / François Gagnon

Je n'ai pas l'impression qu'il y a un avantage quelconque [à] y aller, mais je peux comprendre que certains s'imaginent qu'ils veulent prendre toutes les chances possibles pour faire avancer un dossier, nuance l'élu, qui jure ne jamais avoir senti une pression ou un besoin de rencontrer des ministres à ces occasions.

La grandeur du territoire ne permet pas non plus au ministre en visite de s'arrêter dans chaque municipalité, évoque Bruno Paradis, disant ainsi comprendre que certains de ses collègues voient ces cocktails comme une occasion de sensibiliser des décideurs.

Même s'il qualifie le Québec de leader mondial en matière de financement des partis politiques, Bruno Paradis appelle à une réflexion sur les règles en vigueur, chose que la CAQ s'est dite ouverte à faire. Tant mieux s'il y a une ouverture, parce qu'il faut se diriger encore plus vers des normes éthiques élevées au plus haut point.

Appelée à réagir, Élections Québec a fait savoir qu'elle serait prête à collaborer afin de préciser l’application des règles en matière de financement politique ou d’actualiser les dispositions de la Loi électorale en la matière.

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