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Vente privée d’électricité : des voix s’élèvent pour demander plus de consultations

Des éoliennes devant un soleil couchant.

À l'heure actuelle, Hydro-Québec a le monopole de la vente et de la distribution d'électricité, mais cela pourrait changer.

Photo : La Presse canadienne / Frank Gunn

Radio-Canada

Trop gros, trop rapide et plutôt risqué : l’intérêt du gouvernement Legault à remettre en cause le monopole d’Hydro-Québec sur la distribution d’électricité mériterait un débat public, affirment plusieurs élus et experts, qui déplorent que la CAQ n'ait jamais présenté une telle idée dans sa plateforme électorale.

En raison de la forte demande d'électricité des entreprises et aux limites du réseau, le gouvernement Legault songe à déposer, le mois prochain, un projet de loi qui légaliserait la vente directe d'électricité d'une entreprise privée à une autre, ce qui est pour le moment interdit. Sauf exception (Hydro-Sherbrooke et Hydro-Joliette, etc.), Hydro-Québec dispose en effet du monopole de la distribution de ce type d'énergie.

Hydro-Québec n’appartient pas à M. Legault mais bien aux Québécois [...]. Cette privatisation n’était pas dans la plateforme électorale de la CAQ et 60 % des Québécois n’ont pas voté pour la CAQ, a souligné Gregory Kelley, porte-parole du Parti libéral du Québec en matière d’énergie.

À l'heure actuelle, la loi permet à des entreprises de produire leur propre électricité (éolien, solaire, petit barrage, etc.), mais ces entreprises ne peuvent l'utiliser que pour leurs propres besoins. Elles n'ont pas le droit de la distribuer à d’autres entreprises, sauf dans le cas de l'électricité produite à partir de la biomasse forestière.

Selon les trois partis d'opposition, modifier la Loi sur la Régie de l'énergie pour créer un marché privé de la vente d’électricité équivaudrait à remettre en cause le legs des premiers ministres du Québec à l’origine de la nationalisation et du développement de l’hydroélectricité. À l'heure actuelle, celle-ci génère environ trois milliards de dollars de dividendes par année dans les coffres de l’État.

Le ministre [de l’Économie, de l'Innovation, et de l’Énergie] Pierre Fitzgibbon veut nous transformer en Far West énergétique pour les multinationales étrangères.

Une citation de Haroun Bouazzi, porte-parole de Québec solidaire en matière d’énergie

Québec solidaire craint que cela ne déclenche une concurrence pour accaparer la main-d'œuvre spécialisée et les matériaux nécessaires à la construction d’éoliennes ou de barrages et que, au bout du compte, Hydro-Québec se voie obligée de créer un réseau de distribution qu’elle n'aurait pas planifié.

Cet avis est en partie partagé par Normand Mousseau, professeur à l’Université de Montréal, qui a coprésidé la Commission sur les enjeux énergétiques du Québec. Ce n’est pas vrai que les compagnies vont venir s’installer en autarcie [énergétique] au Québec. Ça ne se passera pas parce que du vent, il n'y en a pas tout le temps, a-t-il souligné en entrevue à l’émission Midi info, sur ICI Première.

Économie c. environnement

En outre, cette brèche dans le monopole public de la production et la distribution d’électricité privera Hydro-Québec et le gouvernement de la possibilité d’écarter les projets trop énergivores qui ne cadrent pas avec la décarbonation de l’économie québécoise. Si on fait un projet de loi qui ouvre la porte sans cadre et sans vision, ça va devenir difficile de remplir les objectifs environnementaux du Québec, a ajouté M. Mousseau.

Au cabinet du ministre Fitzgibbon, on se fait rassurant. Les projets privés d'électricité évitent d’utiliser les ressources limitées d’Hydro-Québec et [se font] sans contribution financière du gouvernement et d'Hydro-Québec.

C’est vrai qu’il y a une réflexion au gouvernement sur la production privée, a admis M. Fitzgibbon sur le réseau X vendredi. Je suis ouvert, mais la décision n’est pas prise. Si on ouvre [la porte] à la production privée, elle sera balisée par Hydro-Québec et limitée sur le territoire. Devant l’ampleur du défi de la transition énergétique, il faut être créatif.

Plusieurs spécialistes de l’énergie sont de cet avis, notamment Pierre-Olivier Pineau et Sylvain Audette, de HEC Montréal, qui soulignent toutefois l'importance de bien en baliser les règles.

Pour le Parti québécois (PQ), l’autoproduction destinée à être vendue à Hydro-Québec peut être acceptable à certaines conditions, mais la vente à des tiers doit demeurer proscrite. Selon le chef du PQ, Paul St-Pierre Plamondon, si la CAQ avait l’idée de réduire en miettes la nationalisation de notre électricité, elle devait le mentionner en campagne électorale.

Paul St-Pierre Plamondon en point de presse.

Le chef péquiste Paul St-Pierre Plamondon

Photo : Radio-Canada / Sylvain Roy Roussel

Pour le Bloc québécois, cette réflexion doit être québécoise, seulement québécoise, et engager toute la société québécoise. Le Nouveau Parti démocratique juge cette nouvelle très préoccupante.

De son côté, le Syndicat canadien de la fonction publique, qui représente une partie des syndiqués d’Hydro-Québec, promet de s’opposer par tous les moyens légaux possibles à cette réforme conservatrice rétrograde. Il y a deux semaines, sept syndicats d'Hydro-Québec avaient lancé une campagne publicitaire pour faire connaître leurs craintes à propos d'une éventuelle privatisation de cette société d'État.

Rappelons que pour répondre à la demande future, Hydro-Québec veut ajouter de 8000 à 9000 MW en énergie additionnelle d'ici 2035, soit l'équivalent d'au moins cinq complexes de la Romaine.

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