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Érudit, joyau québécois à l’avant-garde en sciences depuis 25 ans

Capture d'écran d'un site web dans les années 1990.

Lancé en 1998, Érudit compte aujourd'hui 5 millions de visiteurs et visiteuses par an, s’appuie sur des partenariats avec quelque 1200 bibliothèques et rend accessible plus de 300 revues scientifiques et culturelles.

Photo : Érudit

La plateforme Érudit accompagne depuis 25 ans les scientifiques et les universitaires en leur offrant un accès en ligne gratuit à une foule de publications en français, principalement dans les domaines des sciences humaines et sociales. Rencontre avec Frédéric Bouchard, le président de ce « trésor national ».

Quelle était l’idée de départ de la plateforme Érudit?

C’étaient des rêveurs fous, les fondateurs de la plateforme. Dans les années 1990, on était très loin des technologies qu’on a aujourd’hui, mais on était à la confluence de deux réalités, avec la démocratisation d’Internet. On se doutait que les revues savantes allaient être de plus en plus numériques.

C’était visionnaire que, dès les années 1990, des Québécois se soient dit que l’avenir des revues était en ligne.

Une citation de Frédéric Bouchard, président du conseil d'administration d'Érudit

À cette époque, la recherche en sciences humaines et sociales n'était pas la priorité des éditeurs privés. Pourtant, elle devait aussi participer à cette révolution. C'est là que s’explique l’apport d’Érudit.

Le point de départ est un partenariat entre trois universités : l'Université Laval (ULaval), l’Université du Québec à Montréal (UQAM), et l’Université de Montréal (UdeM).

Un homme en complet-cravate prend la pose, en affichant un sourire.

Frédéric Bouchard, doyen de la Faculté des arts et des sciences et professeur au Département de philosophie de l'Université de Montréal, ainsi que président du conseil d’administration d’Érudit.

Photo : Érudit

Maintenant, on travaille sur la science ouverte, plus accessible et démocratisée, et pas seulement en français, mais aussi en allemand et en portugais brésilien, et on doit être extrêmement fiers de ça. Ça s’ajoute au fait qu’on a une capacité de recherche ancrée dans notre société et pertinente dans notre langue.

Érudit a-t-elle joué un rôle clé pour les sciences francophones, d’après vous?

La science en français n'avait pas les moyens de faire cette transition numérique. Au début, la question était québécoise : comment s’assurer que les sciences humaines en français soient à la fine pointe de la technologie? C’était profondément ambitieux, voire subversif!

Si les sciences humaines en français ne trouvaient pas les moyens d’être aussi avant-gardistes que celles dans d'autres langues, elles n'auraient pas autant d’importance aujourd’hui.

C’est une question de souveraineté scientifique, de s’assurer que la recherche dans tous les domaines soit prise au sérieux et accessible pour tout le monde.

On ne parlait pas autant de science ouverte à l’époque, mais dès le début d'Érudit, il y avait ce désir de transmission large et généreuse de la connaissance. Dès le début, les valeurs de l’Internet public – gratuit et ouvert – étaient constitutives du projet.

Toutefois, avant de transmettre quelque chose, il faut avoir du contenu. Donc, l’idée était d’abord de s’assurer que les sciences humaines en français fassent partie des sujets de la discussion.

En quoi est-ce important d’avoir des revues scientifiques québécoises?

C’est vraiment important pour chaque société d’avoir sa propre capacité de recherche nationale. Prenons le décrochage scolaire. Au Québec et au Japon, ce ne sont pas les mêmes causes ni les mêmes remèdes.

Un chercheur qui souhaite comparer le décrochage scolaire à Montréal et à Chicoutimi, s’il publie ses recherches dans une revue francophone, il n’a pas à justifier le fait qu’il se penche sur ces questions en français. S’il soumet sa recherche à une revue internationale, une bonne partie de son texte expliquera pourquoi il s’y penche en français.

On collabore avec fierté avec des chercheurs français, mais il faut qu’il y ait des revues québécoises.

De plus, de tout centraliser, vers une seule langue, l’anglais par exemple, ça nous nuirait. La domination de l’anglais en sciences, ce n’est pas mal en soi, car ça a permis à beaucoup de scientifiques de transmettre leur savoir au-delà des frontières, mais je suis convaincu qu’on se dirige vers une plus grande diversité linguistique, grâce à la science ouverte.

Je serais très surpris que dans 40 ans, ou même 20 ans, la science ne soit qu’anglophone. La technologie de traduction automatisée et la démocratisation de la science vont réduire l’emprise de l’uniformisation linguistique. Toutefois, pour que ça se concrétise, il faut des plateformes comme Érudit.

Quel rôle jouent les articles scientifiques en accès libre?

Un savoir qui n’est pas transmis est un savoir mort. On ne peut pas prédire quelle utilisation du savoir sera la plus pertinente, mais si on garde le savoir dans un petit cercle de personnes initiées, on limite son potentiel.

Avec Érudit, il y a plein d’élèves du secondaire qui découvrent ce qu’est l’université à travers leurs recherches pour des devoirs. Ils découvrent que tel chercheur est à l’UQAM, que cette sociologue est de Trois-Rivières, etc.

La science ouverte participe à montrer que tout le monde peut participer à la recherche. Ça nourrit aussi la curiosité dans ce monde fait de passions et de passe-temps.

Une citation de Frédéric Bouchard, président du C. A. d'Érudit

Évidemment, c’est bénéfique pour les chercheurs, et pas qu’ici, aussi dans des pays moins privilégiés qui n’ont pas les moyens de se payer des abonnements à des revues.

Ça me fascine, toutes ces personnes que je croise et qui bénéficient d'Érudit : des journalistes, des recherchistes, des gens dans divers ministères, etc.

Érudit est utilisée tous les jours par des gens dans le monde entier. En ce moment, il y a quelqu’un en Tunisie qui lit de la recherche qui s’est faite ici. Ça fait connaître nos chercheurs à l’international.

Quel héritage et quel avenir pour Érudit?

Érudit est un acte de subversion heureux. On essaie juste de changer le monde, et on le fait. C’est crucial que chaque pays ait sa capacité de recherche internationale. Ce serait un gros risque que le Canada se dise : On va seulement se fier aux plateformes américaines. Imaginez si elles coupent l’accès au serveur, comme Meta le fait en ce moment avec les nouvelles sur ses plateformes.

Les recherches québécoises et canadiennes ont mené à de grandes réalisations depuis longtemps. Quand Érudit a été lancée, on savait qu’on allait être capables d'avoir un gros impact par la qualité de nos recherches.

Le Québec et le Canada occupent une position particulière sur l’échiquier mondial, avec notre ouverture et notre crédibilité. On n’essaie pas de prendre le contrôle ou de dominer l’autre. On a vraiment quelque chose à apporter dans le monde. Il faut se donner la permission d’être fiers de ce qu’on a fait, et se donner la permission d’élargir nos ambitions.

C’est un trésor national, je le crois vraiment.

Une citation de Frédéric Bouchard, président du C. A. d'Érudit

Je suis convaincu que nos grands succès collectifs commencent par des rêves fous, puis se poursuivent grâce à du monde qui travaille tous les jours pour prouver que ce n’est pas fou, finalement. Érudit va fêter un jour son centenaire, j’en suis convaincu. Je pense qu’on peut en être très fiers.

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