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Studios d’enregistrement : entre héritage et adaptation

Vue d'une grande console audio dans une salle de mixage son en bois.

La console audio de marque Neve des studios Greenhouse.

Photo : Fournie par les studios Greenhouse

L’industrie des studios d’enregistrement a considérablement évolué depuis l’âge d’or connu dans les années 1980. Dans le Grand Vancouver, des studios mythiques, comme Little Mountain Sound Studios, aux plus petits lieux de création, tels Crew Studio ou TrebleFive, arrivent, à travers vents et marées, à tirer leur épingle du jeu.

Little Mountain Sound Studios n’est pas seulement un studio, c’est un symbole de la crédibilité et de l’audace de Vancouver dans le monde de la musique!, a lancé le mois dernier le maire de Vancouver, Ken Sim, faisant du 19 décembre 2023 une journée officielle des studios Little Mountain Sound.

La Ville, qui rend périodiquement hommage à ses héros des arts et de la culture, souhaitait ainsi souligner la contribution de ce légendaire studio à l’histoire mondiale de la musique, et tout particulièrement à la scène rock’n’roll des années 1980.

Fondé en 1972, Little Mountain Sound a été au cœur des plus grandes aventures musicales de l’époque.

En 1980, le premier album du groupe Loverboy de Calgary y a été produit avec le concours du talentueux réalisateur Bruce Fairbairn, dont la rigueur et la créativité auront été par la suite très influentes.

Un placard rempli de microphones de diverses tailles et formes.

Les microphones, éléments essentiels d'une bonne prise de son.

Photo : Fournie par les studios Greenhouse

Attiré par les succès de Loverboy, le célèbre groupe de glam rock américain Bon Jovi a aussi enregistré, en 1986, son troisième album, Slippery When Wet, aux studios Little Mountain Sound.

Le disque deviendra un classique, avec des titres comme Livin’ on a prayer qui résonnent encore dans la musique populaire, presque 40 ans plus tard.

Fort de ces succès et du talent de ses réalisateurs Bob Rock et le regretté Bruce Fairbairn, le studio enchaîne alors la production d’albums de groupes désormais mythiques tels que Aerosmith, AC/DC, Metallica, Mötley Crüe.

Des années fastes

Au-delà des succès commerciaux des grandes vedettes, cette faste période est aussi très riche pour de nombreux artistes locaux. Les besoins de sessions d’enregistrement pour les musiciens sont importants, ce qui stimule grandement la communauté musicale.

Aujourd’hui musicien à succès et directeur général des studios TrebleFive à Vancouver, Malcolm Aiken était dans les années 1990 un jeune trompettiste en début de carrière. Les belles années des studios d’enregistrement auront été marquantes pour l’artiste.

J'ai eu la chance d'arriver à la fin de cette époque où Vancouver était une scène musicale incroyablement active. Les studios étaient occupés par de grands artistes, mais employaient également de nombreux musiciens de studio. C'est en quelque sorte de là que je viens. Il y avait une abondance de sessions d'enregistrement de musique pop. 

Une salle de studio d'enregistrement, avec des dispositifs acoustiques sur les murs et une batterie au centre de la pièce.

Les studios Greenhouse.

Photo : Fournie par les studios Greenhouse

Une page se tourne

Si la démocratisation du CD dans les années 1990 ne perturbe pas une industrie musicale toujours florissante, au début des années 2000, une autre transformation est en marche.

On est encore loin des services de musique à la demande, mais les habitudes d’écoute du public commencent à changer, se rappelle Andy Warren, musicien, réalisateur et ingénieur du son. Il a aussi travaillé chez le disquaire High Life Records à Vancouver.

Parallèlement à l'évolution technologique, la façon dont les gens consomment la musique a changé. À l'époque où je travaillais encore chez High Life Records, les ventes de CD étaient encore importantes, mais nous sentions que les jeunes n'écoutaient plus ou n'achetaient plus autant de CD.

La production musicale en prend alors un coup. Non seulement les ventes diminuent, mais les technologies de production sonore se développent pour le grand public.

Un homme est installé devant une console audio, dans une salle de mixage son.

Andy Warren a travaillé sept ans au studio Crew de North Vancouver. (Photo d’archives)

Photo : Fournie par Andy Warren

À la fin des années 1990, dans le domaine de l'enregistrement, les réalisateurs ont commencé à acheter leurs propres ordinateurs au lieu de venir dans un grand studio. À mesure que les prix baissaient, les producteurs et ingénieurs plus modestes avaient également leurs propres systèmes, dit Roger Levens, propriétaire des studios Little Mountain Sound.

En 2005, presque tous les ingénieurs du son et réalisateurs possédaient leur propre équipement de studio.

Une citation de Roger Levens, propriétaire des studios Little Mountain Sound

Selon Jesse Creed, copropriétaire des studios Canmarc, spécialisés dans la production de musique électronique, c'est à cette époque que les gens ont cessé de s’intéresser aux grands studios. Il n'était pas logique de dépenser cet argent alors qu'il suffisait d'acheter un peu plus d'équipement pour obtenir vraisemblablement le même son. 

Cette avancée permet à une bien plus grande gamme d’artistes de se lancer dans l’aventure de l’enregistrement musical, mais pose la question de la place des studios professionnels dans le monde de la musique.

Les studios modifient leur offre

Afin de poursuivre leurs activités, les studios peaufinent leur discours et misent davantage sur leurs spécificités et leur fine expertise pour séduire la clientèle, car selon Andy Warren, il y a une certaine limite à ce qu'il est possible d'enregistrer à la maison.

Le traitement acoustique d'un vrai studio d'enregistrement, ses micros, son matériel, tous les petits éléments d'un studio s'ajoutent pour donner un son plus riche, plus grand, plus volumineux. Et c’est juste impossible d’enregistrer une batterie dans votre chambre, dit Andy Warren.

Les studios misent aussi sur un autre incitatif pour attirer les artistes : l’expérience humaine.

Être en groupe, dans un espace extérieur à celui de notre quotidien, stimule la concentration et la créativité.

Une citation de Malcom Aiken, directeur général des studios TrebleFive

Cet environnement se concentre uniquement sur l'espace créatif, ce qui est difficile à reproduire dans un studio à la maison. Quand il y a la cuisine, les colocataires, d'autres bruits, c'est beaucoup plus distrayant, souligne Malcom Aiken.

Cinq artistes jouent de la musique, clavier, batterie, basse et trompettes accompagnent une chanteuse, dans un studio d'enregistrement.

Des artistes de Northburn Records en enregistrement au studio TrebleFive.

Photo : Fournie par Malcolm Aiken

D’ailleurs, certains studios font même de leur emplacement géographique leur principal attrait. Andy Warren appelle cela des studios de destination  : un endroit sans distraction, en dehors de la ville, où l'on peut se concentrer sur la musique.

Ç'a toujours existé, dit Andy Warren, et je pense que c'est une façon vraiment intéressante et judicieuse de travailler. 

Certains studios insistent aussi sur la spécialisation de leur offre. C’était le cas du studio Canmarc, où les artistes pouvaient accéder à toute une collection de synthétiseurs vintage très recherchés.

Jesse Creed, cofondateur du studio Canmarc, reconnaît qu’il s’agit là souvent d’un besoin nostalgique, non nécessaire à la qualité sonore finale.

Tout ce que vous utilisez en gardant à l’esprit la créativité et la musique vous donnera un meilleur résultat que le matériel nostalgique que vous pensez vouloir utiliser. À moins que vous ne passiez énormément de temps avec ce matériel, il ne vous inspirera pas de la même manière, dit Jesse Creed.

Une salle remplie d’instruments électroniques, un homme est debout dans le fond.

Les studios Canmarc étaient spécialisés en synthétiseurs vintage. (Photo d’archives)

Photo : Fournie par Jesse Creed

La résilience des passionnés de l’enregistrement

Victime de l’augmentation des prix de l'immobilier, le studio Canmarc a été forcé de fermer ses portes au début de la pandémie de Covid-19, mais continue de louer sa collection de synthétiseurs.

C’est aussi une hausse de loyer qui a provoqué le départ des studios Little Mountain Sound de Vancouver en 1994. Après une tentative de déménagement à Burnaby, Roger Levens décide finalement de concentrer les activités d’enregistrement dans une autre de ses structures, Greenhouse studios, elle aussi emblématique dans l’histoire de la musique locale.

Il y aura toujours de l'argent dans ce secteur, mais l'époque où quelqu'un gagnait 5 millions par an en tant que réalisateur de musique est révolue. [...] Mais, il y aura toujours de la musique, des producteurs, des ingénieurs qui adorent ce qu’ils font et qui travaillent dur pour y arriver.

Une citation de Roger Levens, propriétaire de Little Mountain Sound studios
Photo de nuit du bâtiment de Science World.

Science World, à Vancouver, a été illuminé aux couleurs or et platine en hommage aux studios Little Mountain Sound.

Photo : Radio-Canada / Clément Llobet

Malgré tous ces défis, les studios d’enregistrement restent essentiels dans le monde de la musique, sous réserve qu'ils puissent trouver leur place dans un monde où ils n’ont plus le monopole de la création musicale.

Et le soir du 19 décembre dernier, des lieux emblématiques comme l’hôtel de ville, le pont Burrard, le conservatoire Bloedel, BC Place et Science World ont reconnu leurs efforts.

Ils se sont illuminés d’or et de platine le temps d’une soirée afin de rappeler leur contribution et de rendre hommage aux producteurs qui ont donné à Vancouver ses lettres de noblesse dans l’industrie musicale.

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