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Mot d’ordre de souplesse lancé par la CSN pour l’accès au fonds de grève

La centrale syndicale a envoyé une lettre à ses syndicats membres pour leur rappeler de faire preuve de « flexibilité » dans la distribution des prestations de son fonds de grève national. Des membres de la CSN ont critiqué ces dernières semaines la rigidité des critères imposés afin d'avoir accès à ces prestations pour perte de salaire.

Trois pancartes portent le logo de la C S N.

Au cours des dernières semaines, des membres ont critiqué la rigidité des critères afin d'avoir accès aux prestations pour perte de salaire. (Photo d'archives)

Photo : Radio-Canada / Jean-Claude Taliana

On a souvent répété au cours des dernières semaines que les professeurs du réseau scolaire en grève ne recevraient pas de compensation financière parce que leur syndicat, la Fédération autonome de l’enseignement (FAE), n’avait pas de fonds de grève.

Toutefois, on parle moins de ceux qui peuvent bénéficier d’une telle réserve financière. C’est le cas des membres de la Confédération des syndicats nationaux (CSN) qui a mis sur pied le Fonds de défense professionnelle (FDP) il y a plusieurs décennies.

Ces syndiqués en grève sont chanceux à première vue. Cependant, pour avoir accès à ce fonds, ils doivent se conformer à une série de règles que certains jugent complexes et restrictives.

Pour avoir droit à une somme de 315 $ du FDP, chaque membre en grève doit respecter deux critères.

Il doit faire du piquetage pendant environ six heures par journée de grève ou bien pendant le nombre d’heures quotidiennes travaillées ordinairement. De plus, il doit le faire pour l’ensemble d’une séquence de cinq jours de grève (ou d’au moins trois jours en cas de règlement avec la partie patronale).

Grèves dans le secteur public au Québec

Consulter le dossier complet

Des manifestants sont massés devant l'Assemblée nationale et brandissent pancartes et banderoles.

Autrement dit, un gréviste qui n’aura complété que partiellement ces exigences, qui aura par exemple fait du piquetage pendant trois ou quatre jours d’un bloc de cinq jours, ne touchera pas de prestation du fonds de grève de la CSN à la fin de l’exercice. Il devra se contenter du montant quotidien prévu par son syndicat local si celui-ci s’est doté d’un tel fonds de grève.

Ces règles semblent trop contraignantes de l’avis de certains syndiqués du secteur collégial qui ont fait part de leur témoignage auprès de Radio-Canada.

Accès trop restreint au fonds de grève, selon certains

Déraisonnable, exagéré : voilà les termes qu’utilise Matthew Leslie, professeur de littérature anglaise au Collège Champlain Saint-Lambert, pour qualifier les six heures de piquetage quotidien exigées lors des premières journées de grève en novembre. Six heures, c’est simplement trop!

Il juge cette exigence irréaliste, non seulement parce que nous sommes en période hivernale mais surtout parce qu’il doit composer, comme bien d’autres, avec un enfant d’âge primaire dont l’école est fermée en raison de la grève de la Fédération autonome de l’enseignement (FAE).

Je ne pouvais pas emmener ma fille de six ans avec moi, c’était impensable, dit-il.

Je veux montrer mon soutien à la cause et faire du piquetage, mais ça ne se gérait tout simplement pas.

Une citation de Matthew Leslie, professeur de littérature anglaise au Collège Champlain Saint-Lambert

Marianne Di Croce, professeure de philosophie au Cégep de Saint-Jérôme, confirme que plusieurs membres ont trouvé cette obligation très exigeante, surtout pour ce qui est de la conciliation travail-famille, et qu’une certaine grogne s'est manifestée parmi les grévistes.

Une enseignante parle à une journaliste.

Marianne Di Croce, professeure de philosophie au Cégep de Saint-Jérôme, en entrevue avec Radio-Canada à l'été 2023.

Photo : Radio-Canada / Hugo Boivin

C’était très difficile, pour les professeurs plus âgés ou à mobilité réduite aussi, comme pour les parents, explique Mme Di Croce, qui fait partie du comité organisateur de la mobilisation locale.

D’autres critiquent le fait que les journées de piquetage ne sont pas cumulables.

C’est tout ou rien, c’est un peu absurde, lance un professeur d’un cégep de Montréal qui préfère conserver l’anonymat. C’est une politique qui ne pardonne pas et qui ne montre aucune compréhension pour les parents, renchérit-il.

Un professeur qui enseigne au Cégep régional de Lanaudière abonde dans ce sens. La formule est très décourageante. C’est démotivant. On n’a pas envie d’aller piqueter en voyant ces règles-là, dit-il. Il préfère lui aussi ne pas parler publiquement à visage découvert par crainte d’une perception de manque de solidarité et de représailles de son syndicat.

Effet contre-productif?

Paradoxalement, si ces restrictions ont pour but de maximiser la participation des grévistes aux activités de grève, comme l’indique la CSN, force est de constater que les critères d’admissibilité ont plutôt l’effet contraire chez certains.

Pourtant très mobilisé d'habitude, le professeur d’un cégep de Montréal dont nous avons parlé ci-dessus a tout simplement pris la décision de ne pas participer aux activités de piquetage, d’autant plus qu’il estime que cet exercice est futile, voire inutile, son cégep se trouvant dans un secteur assez isolé qui offre peu de visibilité aux grévistes qui font du piquetage devant l’établissement.

Je trouve que le fonds de grève est presque inaccessible. J’ai l’impression qu’on utilise mes contributions syndicales à mauvais escient, confie-t-il, assez frustré.

Ça ne nous donne pas le goût de participer, résume Matthew Leslie dans le même esprit. Trouvant lui aussi les règles trop compliquées à respecter, il a décidé de rester à la maison avec sa fille plutôt que de se rendre sur les lignes de piquetage.

Quant au professeur de Lanaudière, après avoir complété le premier bloc de piquetage, il en est venu à hésiter avant de poursuivre l’expérience. J’en suis rendu à un point où je me dis que je ne continuerai pas le piquetage, nous a-t-il dit au début de la semaine dernière. Mais il a changé d’avis au cours des jours suivants en raison d’un changement de ton de son syndicat local. Il se trouve donc ce matin sur les lignes de piquetage.

Après les critiques, un appel à la souplesse

De manière presque unanime, les professeurs de cégep consultés par Radio-Canada ont trouvé leur syndicat local assez sévère et plutôt intransigeant sur le plan du respect des règles de piquetage lors de la période de grève du 21 au 23 novembre.

Certains ont par exemple déploré la prise de présences répétitive ou encore le contrôle serré de l’accès aux salles de bains ou à un endroit où on pouvait se réchauffer.

Christian Bernier, président du Syndicat des enseignantes et des enseignants du Cégep de l'Outaouais, en convient lui-même. C’est vrai, le message [à ce moment-là], c’était de respecter de façon plutôt rigide les règles du FDP.

Mais maintenant, étant donné ce qu’on a entendu sur les lignes [de piquetage], un mot d’ordre de flexibilité [a été envoyé], s’empresse-t-il d’ajouter tout en rappelant que la majorité de ses membres se trouvent privilégiés qu’un tel fonds de grève existe.

En effet, lundi dernier, la CSN a fait parvenir une lettre à l’ensemble des comités directeurs de ses syndicats en grève en prévision de la nouvelle période de grève prévue du 8 au 14 décembre. Radio-Canada a obtenu une copie de cette missive.

Celle-ci indique qu’il sera important d’être solidaires entre vous, d’exercer une certaine souplesse dans vos décisions locales et, surtout, d’encourager tous les membres de votre syndicat pour qu’il participent activement, au maximum de leur capacité, à leur conflit.

L’objectif n’est pas les six heures [de piquetage] en soi mais plutôt de maximiser ces prochaines journées pour organiser des activités et faire parler de nous.

Une citation de Extrait de la lettre envoyée par la CSN aux comités directeurs de ses syndicats membres le 4 décembre

On y mentionne que des activités de grève d’une durée de quatre à six heures seront envisagées.

Une autre ambiance sur les lignes de piquetage

La semaine actuelle de débrayage augure donc différemment. Ces derniers jours, les grévistes de plusieurs cégeps ont d’ailleurs reçu un message de leur syndicat local qui indiquait que les périodes de piquetage avaient été réduites de six à quatre heures.

C’est notamment le cas au Cégep de Saint-Jérôme. La réduction des exigences a soulagé plusieurs membres, relate Marianne Di Croce. Selon ses informations, des démarches avaient été faites auprès de la CSN pour assouplir les règles de piquetage à la suite de certaines critiques formulées par des membres.

Le professeur d’un cégep de Montréal, lui, a finalement pris la décision de maintenir sa mobilisation à la lumière de ces nouvelles directives. Ils semblent avoir compris que c’était grandement exagéré. De ce que j’ai compris, ils avaient reçu beaucoup de plaintes et craignaient une démobilisation.

Dans les faits, ça peut vouloir dire accepter qu’un prof qui doit piqueter avec ses enfants fasse un peu moins d’heures, parce qu’on comprend les situations familiales difficiles, interprète de son côté Christian Bernier, du Cégep de l’Outaouais.

Portrait de Christian Bernier.

En plus d'être président du Syndicat des enseignantes et enseignants du Cégep de l'Outaouais, Christian Bernier y enseigne aussi la littérature. (Photo d'archives)

Photo : Radio-Canada / Matéo Garcia-Tremblay

À la CSN, on assure que les règles d’accès au FDP n’ont pas changé mais qu’elles ont été rappelées et qu'elles ont d’ailleurs été adoptées démocratiquement en assemblée générale par chacun des syndicats de la CSN lors des votes de grève tenus à l’automne dernier.

On reconnait qu’il est inévitable que la compréhension précise des règles d’admissibilité au FDP puisse varier légèrement d’un syndicat à l’autre vu le nombre de syndicats impliqués. C’est pourquoi […] nous avons réitéré les balises applicables en matière d’admissibilité, écrit Yvan Duceppe, trésorier de la CSN.

Questionnée à savoir quelles sont les justifications valables qui permettent à un membre d’avoir droit à un assouplissement, la CSN préfère s'en remettre à l’autonomie de ses syndicats locaux. Nous leur laissons le soin de [le] déterminer.

Le trésorier de la CSN rappelle que son organisation syndicale est la seule à disposer d’un fonds de grève de l’envergure du FDP.

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